Astana

DECLARATION D’ASTANA,

Au 21ème Congrès Mondial de l’’IPPNW, 30 août  2014

 

 

Depuis plus de 50 ans, les médecins intéressés par les conséquences médicales, environnementales et humanitaires de l’emploi des armes nucléaires, ont accumulé les informations sur les conséquences extrêmes et inacceptables de leur emploi.
L’évidence accumulée au cours des décennies qui ont suivi le bombardement atomique américain de Hiroshima et Nagasaki nous a convaincus que seule l’élimination complète et rapide de cet armement sur toute la terre peut assurer un certain futur à notre espèce.
Même dans un monde sans armes nucléaires, nous sommes confrontés à  des défis complexes, depuis des modes de vie insupportables, un réchauffement climatique généralisé, le militarisme et la violence armée, les inégalités économiques, l’épuisement des ressources et la pauvreté inexcusable qui affecte plusieurs milliards d’êtres humains.
Ce n’est que dans un monde sans armes nucléaires que nous aurons une chance de résoudre ces problèmes.
Le renouveau d’intérêt pour l’impact humain des armes nucléaires, qui mène aujourd’hui à des initiatives politiques pour leur abolition, est le développement le plus heureux depuis plus de 20 ans, depuis la fin de la guerre froide.

 

 

 

Photo N° 11

 

 

 

 

 

 

L’IPPNW ( International Physicians for the Prevention of Nuclear War) a assemblé son 21ème Congrès mondial à Astana , Kazakhstan. Les habitants de ce pays ont l’expérience directe des horreurs liées aux armes nucléaires. De 1949 à 1989, le régime soviétique qui dominait alors la région,  conduisit 467 tests nucléaires au « Polygone » de Semipalatinsk, sans tenir compte de la santé et de la sécurité de ceux qui vivaient et travaillaient aux environs du site des tests. Le Polygone ferma en 1991, et les programmes d’essais, tant aux USA qu’en URSS, furent interrompus, en grande partie  à cause des courageuses protestations publiques du Mouvement commun Américano-Russe Nevada-Semipalatinsk, dans lequel l’IPPNW joua un important rôle moteur. Les victimes  kazakhes  des tests nucléaires souffrent terriblement jusqu’à ce jour d’une longue série de pathologies liées à l’irradiation et ces troubles s’étendent à plusieurs générations de gens vivant dans les zones contaminées. Ils sont les témoins des dangers auxquels nous devrions tous faire face tant que les armes nucléaires existent. Nous insistons auprès du gouvernement  Kazakh de continuer à fournir soins médicaux et protection sociale pour les besoins continués de ceux qui sont exposés aux retombées radioactives. Nous sommes solidaires de nos amis kazakhs  dans l’exigence commune de l’abolition des armes nucléaires, et nous soutenons le président Nazarbayev pour la part prépondérante qu’il prend dans la poursuite de ce but.

 

Nous appelons tous les gouvernements du monde à considérer les dangereuses implications  de la chaîne nucléaire. L’extraction minière, la purification des minerais et la séparation  du plutonium, ainsi que les transports des produits intermédiaires, posent de lourds problèmes pour l’hygiène, pour l’environnement et pour le risque de prolifération. Ce sont des obstacles sérieux au désarmement nucléaire. Nous insistons auprès des gouvernements pour qu’ils hâtent, à la fois l’établissement d’un monde sans armes nucléaires et la transition vers un système de production d’énergie renouvelable et permanent.

 

Photo n° 12

 

 

La région dans laquelle nous tenons ce 21ème Congrès est actuellement ravagée par la violence armée. La tragédie ukrainienne menace des siècles de progrès dans les relations entre la Russie et les Etats-Unis, les deux plus importants possesseurs d’armes nucléaires, et la situation pourrait se détériorer jusqu’à une guerre civile, ce qui créerait une situation où ces deux grandes puissances s’opposeraient l’une à l’autre, comme auparavant, à moins qu’une diplomatie forte et efficace remplace de part et d’autre la violence des armes. L’Ukraine  prit  une décision historique durant les années ‘90 – en parallèle avec celles du Kazakhstan et de la Biélorussie,  à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide - de renvoyer à la Russie les armes nucléaires qu’elle avait basées sur leurs territoires respectifs. La sagesse de cette décision est aujourd’hui évidente, étant donné la catastrophe qui pourrait surgir de l’introduction d’armes nucléaires  dans le présent conflit. Néanmoins, la Russie et les USA possédant la plus grande part des 17 000 armes nucléaires actuellement présentes dans le monde, et dont des milliers sont en alerte et prêtes à être lancées sans délai, la possibilité de leur emploi, si le conflit ukrainien devait prendre  une tournure dramatique, ne peut être écartée. La seule façon d’éviter une rechute dans le dangereux antagonisme entre ces grandes puissances, que le monde espérait avoir abandonné, serait, de part et d’autre, de faire  de bonne foi un effort pour trouver des solutions diplomatiques respectant le besoin de Paix et de Sécurité pour tous les peuples de la région. Avant tout, les Présidents des Etats Unis et de la Russie devraient prendre en commun la décision de s’abstenir de menaces atomiques -explicites ou implicites – pendant cette crise.

 

En 2007, l’IPPNW a lancé le mouvement ICAN (la Campagne Internationale pour   Abolir les Armes Nucléaires), qui est maintenant la principale organisation médicale, et qui est suivie par 360 organisations partenaires dans 93 pays. Nous avons apporté le message médical de l’IPPNW à propos des armes atomiques et de la guerre nucléaire – y compris nos plus récentes découvertes au sujet de la famine qui s’ensuivrait - à des Conférences internationales sur l’Impact Humanitaire des Armes nucléaires (HINW) à Oslo et à Nayarit. Plus récemment, cette année, nous participerons à la troisième Conférence HINW à Vienne, où nous serons rejoints par nos partenaires ICAN dans un appel pour un traité bannissant les armes nucléaires et établir les bases de leur élimination. Les pays nucléaires s’opposent à un tel traité parce que, une fois adopté, il leur dira sans ambiguïté que, continuer à posséder, tester, fabriquer, stocker, transporter et utiliser des armes nucléaires est illégal, qu’ils doivent en négocier une complète élimination de leurs arsenaux nucléaires, sans excuses ni  délai. Le traité interdisant ces armes, réfute la notion que seuls les pays possédant des armes nucléaires peuvent décider  comment, quand et sous quelles conditions, réduire et compléter la tâche d’un total désarmement nucléaire, alors que la Cour Internationale de Justice a confirmé qu’ils y sont obligés. Le processus d’un pas-à-pas, mis en avant par les pays nucléaires, est inadéquat et, couplé avec les programmes de modernisation dans lesquels ils investissent tous des centaines de milliards de dollars, est une formule qui maintiendrait des armes nucléaires pendant tout le présent siècle et au-delà. Avec assez de courage et de détermination, le traité d’élimination, soutenu par ICAN et l’IPPNW, peut être conclu en fort peu de temps et hâter l’émergence d’un monde libéré de ses  armes nucléaires.

 

 

Photo n° 10

 

 

 

 

Nous reconnaissons qu’un monde sans armes nucléaires n’est pas un monde en paix, libre des carnages et de toutes les autres formes de violence armée. Pour cette raison, nous avons travaillé depuis plus d’une décennie, par l’intermédiaire de nos programmes de Lutte pour la prévention, et de nous adresser au problème de la violence armée. Nombre de conflits majeurs en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, les uns récents, d’autres depuis des décennies, ont pour résultat, chaque année, la mort violente de dizaines de milliers d’êtres humains. Des milliers d’autres vies  sont perdues par la violence armée dans des douzaines de conflits mineurs, mais néanmoins tragiques, tout autour du monde. Tout en reconnaissant le tribut  inacceptable, ainsi donné à la violence armée sous toutes ses formes, ce Congrès en appelle au cessez-le-feu tant en Ukraine et autour du territoire de Gaza, comme ses premières priorités. Nous réitérons notre APPEL URGENT pour une solution diplomatique à la complexe et délicate situation ukrainienne. Aucun effort ne doit être épargné pour amener les parties en présence à se parler et terminer le tragique et violent conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens, et atteindre une paix générale dans cette partie du Moyen-Orient.

 

Comme médecins, nous sommes bien conscients de l’effet de la violence armée sur des individus, des familles et des communautés entières, et en même temps, conscients de notre capacité de servir la santé publique. Les dépenses militaires mondiales  en 2013  sont montées à 1,75 trillions de dollars, soit 2,4 % de la production globale du monde entier (selon le SIPRI).

 

Ces obscènes niveaux de dépenses pour l’armement, la préparation à la guerre et les dépenses de  combat elles-mêmes, nourissent non seulement le carnage que nous observons tout autour du monde, mais drainent aussi des ressources essentielles dans les domaines de l’hygiène, de l’éducation, des besoins humains essentiels, de la protection de l’environnement, ainsi que d’autres investissement sociaux, essentiels pour le développement et une réelle sécurité.

 

 

Photo N° 9

 

 

 

Un pas, limité, mais réel dans la bonne direction a été fait l’an dernier quand l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le traité sur les ventes d’armements (ATT). A  ce jour, 118 Etats ont signé cet ATT, mais seuls 44  l’ont ratifié. Il faut arriver à 50 ratifications de ce traité pour qu’il puisse entrer en vigueur. Nous insistons avec urgence auprès des pays qui ne l’ont pas encore fait, pour qu’ils ratifient au plus tôt ce traité, et ainsi assurer que le flux incontrôlé d’armements vers les zones de conflit et dans les mains d’abuseurs des droits de l’homme, puisse être empêché.

 

Nous vivons une période  dangereuse, entourés de défis qui paraissent impossibles à maîtriser. Mais nous observons aussi des signes d’espoir.  Nous quittons Astana renforcés dans notre objectif de créer un monde sans armes nucléaires et sans guerre, mais qui assurerait la santé et la sécurité de tous.

Les Armes Nucléaires. C'est elles ou nous ! Exposition d'affiches 24-28 mars 2009

Nouvelle page 3

Les Armes Nucléaires.

C’est elles ou nous !

Exposition d’affiches (réalisées par les étudiants de Saint Luc, de l’ERG et du 75

Le Mardi 24 au samedi 28 mars 2009

Maison du Livre. Rue de Rome  24-28.  1060 Saint Gilles

 

http://www.cnapd.be/index.php?page=armes-nucleaires-cest-elles-ou-nous

Une campagne de la CNAPD, en collaboration avec le MIR IRG et Etopia

 

Editorial AEMPGN <html>

Nouvelle page 7

Non à la guerre et à ses crimes contre l’humanité, oui à la paix, au désarmement,       à l’aide au développement et à la réconciliation.

 

Barack Obama doit mettre fin à la nouvelle guerre froide.

 

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5 ème Conférence pour la paix : Défense sans frontières? Samedi 28 février 2009 de 10hà 17h30 au Centre communautaire "DE Markten" Place du vieux Marché aux grains 1000 Bruxelles

Nouvelle page 5

Inscriptions 3 euros

Inscription via arnau.ghys@cnapd.be ou au 02 240 52 62

 La conférence sur la paix est une initiative du Vredesnetwerk  avec le CNAPD

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GÉORGIE

Complexité extrême d’un conflit qui peut devenir dangereux. L’Europe se doit de calmer le jeu. Lorsqu’un nouveau conflit se déclenche dans une région du monde mal connue, le lecteur de journaux et l’auditeur de télévision aiment qu’on leur indique qui est le méchant et qui est le gentil pour pouvoir s’indigner ou s’apitoyer à bon escient. Le conflit russo-géorgien actuel nous a surpris tous en pleines vacances et jeux olympiques. Les journalistes en donnent des versions très orientées et nous imposent des partis pris opposés et injustifiés. L’ethnographie et l’Histoire politique du Caucase est d’une extrême complexité que seule une lecture attentive des meilleures encyclopédies permet d’aborder,… avec précautions. Par comparaison, le conflit qui oppose les Flamands aux Wallons et Francophones est d’une biblique simplicité

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VERS UN MONDE LIBÉRÉ DES ARMES NUCLÉAIRES par G. Schultze, W. Perry, H. Kissinger et

On se souvient de l’article du 4 janvier 2007 où ces quatre anciens responsables républicains des Etats-Unis, expliquant que la seule manière d’échapper à la prolifération nucléaire, par l’Iran et d’autres, est, pour les USA, de réduire substantiellement son propre arsenal entraînant les autres puissances nucléaires dans la même voie. Ce n’était pas original, mais les responsabilités que ces messieurs avaient assumées et leur connaissance des méandres diplomatiques donnait un énorme poids à ce message.

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COMBATS POUR LA PAIX par Maurice Errera

On était en pleine guerre froide. En dépit de cela, deux cardiologues, Evgueni Chazov, russe, et Bernard Lown, américain, collaboraient à des études sur la conduite à tenir en cas d’arrêt cardiaque entraînant une mort subite. Ils se dirent un jour qu’ils pourraient aussi collaborer à des problèmes intéressant leurs deux pays, notamment le risque de guerre nucléaire.

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La DISSUASION n'est pas une réalité implacable

Réponse à l’article du Gén. Briquemont «La dissuasion: une implacable réalité», paru dans La Libre Belgique du 23 mai 2007. LA DISSUASION, COMME POUR LA DECLARATION PEREMPTOIRE «SI TU VEUX LA PAIX PREPARE LA GUERRE», N’EST PAS UNE REALITE IMPLACABLE. 1.- La dissuasion nucléaire a commencé en 1942 avec le programme Manhattan, qui a été proposé par la lettre de L. Szilard, signée par Einstein lui-même et adressée au Président Roosevelt. Il fallait se munir d’une arme atomique pour dissuader les Allemands dans l’hypothèse où ceux-ci seraient parvenus à la fabriquer. Cette dissuasion n’a pas fonctionné puisque cette arme de dissuasion est devenue une arme offensive pour, soi-disant, accélérer la fin de la guerre avec les Japonais, alors qu’en réalité elle a été une arme d’intimidation qui a abrégé la guerre de quelques semaines et empêché l’armée soviétique d’envahir le Japon.

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PLAIDOYER POUR L’ABOLITION DES ARMES NUCLÉAIRES

Cet article, publié le 4 janvier 2007  dans le Wall  Street Journal (dangereuse feuille gauchiste, comme on sait), part d’une autre analyse, mais arrive à des conclusions singulièrement proches de celles que nous répétons à l’envi. Ce sont ses auteurs qui sont importants. Les trois premiers ont été successivement Secrétaires d’Etat (ministres des Affaires étrangères) des USA. Le dernier a présidé la Commission des forces armées au Sénat. Ces « combattants de la guerre froide », comme on les a qualifiés, issus des milieux officiels des États-Unis, se rendent enfin compte qu’il faudrait changer de politique.

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ELECTIONS

À l’occasion des prochaines élections, des organisations pacifistes ont demandé aux partis politiques, quelle sera leur attitude lors de la prochaine législature sur les problèmes de désarmement qui nous intéressent au premier chef.

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Jimmy Carter


Solving the Korean Stalemate, One Step at a Time By JIMMY CARTER ATLANTA

IN 1994 the North Koreans expelled inspectors of the International Atomic Energy Agency and were threatening to process spent nuclear fuel into plutonium, giving them the ability to produce nuclear weapons.

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ALLEMAGNE ET NORVÈGE DEMANDENT AUX USA ET À LA RUSSIE DE REMPLIR LEURS OBLIGATIONS DÉCOULANT DU TNP

Frank-Walter Steineman est le Ministre des Affaires étrangères d’Allemagne et Jonas  Gahr-Store est son homologue norvégien. Ils ont publié ce texte sous forme d’éditorial dans le Frankfurter Rundschau le 10 novembre dernier. Pourquoi aucun de nos médias n’a  jugé bon de nous faire part de cette prise de position européenne importante, qui appuie d’ailleurs du poids de leurs responsabilité politiques,, la déclaration précédente et nos prises de position habituelles ? Elle est formulée en termes très diplomatiques, acceptables pour ses destinataires. Et pourquoi, notre Ministre des Affaires étrangères ne s’y est-il pas associé ?

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Lettre envoyée le 27/7/2006 au principal représentant de l’IPPNW en Israël, le Dr Ernsesto Kahan, d'origine sud américaine.

Cher Ernesto,

J’ai longtemps hésite à vous écrire car il n’est pas dans la philosophie de l’IPPNW de prendre parti et de décider des responsabilités respectives de l’un ou l'autre dans un conflit armé. Ils sont souvent tous deux en faute. Ils n’acceptent pas assez l’idée que les différents doivent être résolus par des négociation et des concessions réciproques équilibrées. D’ailleurs, je sais combien vous êtes vous-même désireux d’une coexistence pacifique entre les deux peuples qui doivent, de toute façon vivre côte à côte sur le territoire limité de la Palestine.

Mais je me demande si même vous, qui vivez à Tel Aviv, vous vous rendez compte que l’actuelle action de votre armée a un impact terriblement négatif sur l’image internationale d’Israël. Envahir une pays voisin qui ne vous a pas attaqué, y créer un immense chaos, tuer ou blesser par milliers des gens qui n’ont pas participé aux attentats dont Israël se plaint, a un effet profond sur l’opinion publique européenne et peut éventuellement réveiller l’ancien antisémitisme (si odieux et absurde qu’il soit) qui était en train de lentement disparaître. Le prétexte pour la présente action (deux soldats kidnappés) est ridicule, quelque inconfortable que soit leur situation ; apparemment, ils n’ont pas été assassinés. Cela valait-il la peine de tuer des centaines, de blesser des milliers d’innocents et de détruire toute une nation convalescente d’une longue guerre civile ?

De plus, le bombardement aveugle de routes, de ponts, des services d’aéroports, etc. est toujours terriblement contreproductif et renforce la sympathie et le support hésitant que le peuple libanais donnait au Hezbollah. Ce genre d’actions est une erreur psychologique militaire qui n’est pas spéciale à Tsahal. La plupart des armées ont eu recours à de telles actions, cruelles et stupides. Depuis la seconde guerre mondiale et jusqu’aujourd’hui, le déroulement de tels faits a régulièrement prouvé que ces bombardements sans merci accroissent l’hostilité envers ceux qui les commettent et entraînent un désir, non de paix, mais de vengeance. Et aujourd’hui, nous apprenons à la TV le large emploi de bombes à fragmentation et d’autres mécanismes qui tueront encore plus de civils. Les armées, toutes les armées, doivent être tenues en main par des autorités civilisées. Manifestement, ce n’est pas le cas cette fois.

Vous-même et les autres Israéliens pacifiques ont le devoir d’avertir leurs compatriotes et d’essayer d’arrêter votre gouvernement dans cette folie. La sympathie pour votre pays s’effondre rapidement ici, même dans des milieux juifs. Et l’administration américaine, la seule qui supporte cette politique insensée, est forcée de nuancer sa position.

Fort peu de gens chez nous approuvent la violence aveugle des attentats que Hezbollah emploie pour la défense de la cause palestinienne. Cependant, nous nous souvenons aussi que vos gouvernements successifs ont affirmé leur bonne volonté à discuter de paix, mais pas avec Arafat lui-même, avec d’autres négociateurs. Et après sa mort et la défaite de son parti lors d’élections régulières, ils se déclarèrent de nouveau prêts à parler à n’importe qui, sauf aux vainqueurs de ces élections (Hamas). Quand vous voulez vraiment faire la paix, c’est avec l’ennemi comme il est qu’il faut parler, pas avec un interlocuteur choisi sur mesure.

Et pour faire la paix, il faut au moins montrer quelque bonne volonté et être prêt à abandonner quelques illusions auxquelles tient une partie de votre électorat (la "terre promise" à Israël de toute éternité, l’extension continue des  colonies depuis des décennies, etc.). Tout accord doit être équilibré. L’Europe ne soutiendrait pas un Israël qui déclancherait une guerre de civilisations.

H. Firket

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Dear Ernesto,

I have long hesitated to write to you for two reasons: It is not in the philosophy of IPPNW to take sides and pronounce on the responsibility of one or the other opponent in an armed conflict. They are usually both at fault because they have not been willing enough to solve their problems by negotiations and reasonable concessions. Second, I know you are personally dedicated to the peaceful coexistence of the two nations who have anyway to live side by side on the relatively small Palestine territory. 

But I wonder if even you, living in Tel Aviv, realize the terribly negative impact of the present military actions of your army has  on the international image of Israel. Invading a neighbouring country that has not attacked you, creating there an immense chaos, killing or wounding thousands of people who have not participated in the hostile acts Israel protests against, has a profound effect on public opinion in the whole of Europe and may eventually reawake the old anti-Semitism (odious and absurd as it is) that was slowly dying. The pretext for the present action (two kidnapped soldiers) is ridiculous, however uncomfortable it may be for them.  Apparently, they have not been murdered. Is it worth killing hundreds, wounding thousands, all innocents, and destroying a whole nation recovering from a long civil war ?

Further, the indiscriminate bombing of roads, bridges, airport services, etc. is counterproductive and reinforces the sympathy and half hearted support the Lebanese population gives to Hezbollah. This type of action is a psychological error that is not proper to Tsahal. Most armies resort to similar cruel stupidities. From the Second World War onwards, the analysis of the facts has repeatedly proved that such ruthless and indiscriminate bombings increase the hostility towards their perpetrator and produce an urge for revenge, not a desire for peace. And to-day, we hear on TV about a large use of fragmentation bombs and other devices killing civilians. Armies, all of them, must be kept in check by civilised authorities. Obviously, it does not seem to be the case in the present instance.

You and other Peace loving Israelis have a duty to warn your compatriots and try to stop your government in this folly. Support for your country,  (who had a considerable capital of sympathy at first) is rapidly waning, even among some of our Jewish friends. And the American administration, the only one supporting throughout your government mad policy, will be forced to change their stand.

Very few people in our public opinions approve of the violent acts Hezbollah uses in defence of the Palestinian cause. But we remember that your successive governments have repeatedly declared  their readiness to discuss peace, but only with negotiators of their own choice, not with Arafat; and after his death and the defeat of his party at reasonably fair elections, they again agreed to talk to anyone but the new victors .When you really want to make peace, you must talk with the enemy as he is, not with an adversary picked up for convenience. The official Israeli stance looks totally hypocritical.

To make peace, your authorities should at least show good will and, in order to reach a deal, abandon some illusions cherished by part of your electorate (God given “promised land”, expansion of colonies, etc). Any agreement has to be balanced. Europe will not support you in a war of civilizations.

H. Firket (AMPGN, Belgian branch of IPPNW)

Qui sont les « va-t-en guerre

Le Président français Jacques Chirac a déclaré la semaine dernière que la France n'hé­siterait pas à utiliser ses armes nu­cléaires contrer des « états terro­ristes ».Notre ministre des Affaires étrangères a déclaré deux jours plus tard au journal De Standard que les armes nucléaires françai­ses devaient recevoir une place au sein de la défense européen­ne.  Ces deux déclarations vont clai­rement à l'encontre du Traité de non-prolifération nucléaire (JNP), qui a posé dès 1968 les bases juri­diques d'un désarmement nu­cléaire total. Plus grave encore, ces déclarations renforcent les tendances au sein du pouvoir ira­nien qui utilisent la même logi­que pour promouvoir le dévelop­pement éventuel de leur propre arsenal nucléaire.

En effet, si la France, la Belgique et l'Europe toute entière peuvent baser leur politique de sécurité et de défense sur les armes nucléai­res, pourquoi Téhéran ne pourrait-il pas faire de même?
Ces dernières années, des trou­pes américaines se sont installées en nombre sur le territoire des quatre voisins directs de l'Iran, avec la création de dizaines de bases militaires en Afghanistan, en Irak, au Pakistan et en Turquie, Des armes nucléaires sont même stationnées sur la base de l'OTAN de Inçirlik, en Turquie.
On peut donc se poser La question : qui me­nace qui ? Le fait que la diploma­tie occidentale se taise sur Israël et son arsenal nucléaire secret n'aide en rien à résoudre ces pro­blèmes.
La dernière conférence de révision du TNP en mai 2005 s'est sol­dée par un échec inquiétant.

Pour­tant, une grande majorité des pays représentés à l'Assemblée générale des Nations Unies de­mandent toujours le lancement de négociations multilatérales en vue d'un désarmement nucléaire total. Cette demande a été confir­mée juridiquement le 8 juillet 1996 par la Cour internationale de justice de La Haye, qui a répété l'obligation de tous les pays signa­taires du TNP de négocier de bon­ne foi un désarmement nucléaire total.
En 1968, le Traité de non-prolifé­ration nous promettait une sortie de la folie de l'armement nucléai­re. Avec l'objectif d'empêcher d'autres pays de se doter égale­ment de l'arme nucléaire, les pays nucléaires officiels acceptèrent de négocier un traité interdisant toutes les armes nucléaires.
Le TNP a été aujourd'hui signé par ISS pays. Seuls Israël, le Pakis­tan et l'Inde n'ont pas signé ce traité. La Corée du Nord s'en est retirée. Dans ce cadre, ces résolu­tions visant à un désarmement nucléaire progressif et total sont déposées chaque année à l'Assemblée générale des Nations Unies, et sont approuvées par une grande majorité des pays membres. Malheureusement, la majorité des pays occidentaux, parmi lesquels La Belgique et la France, rejettent systématique­ment la plupart de ces résolu­tions. En effet, celles-ci s'oppo­sent diamétralement aux doctri­nes nucléaires défendues jusqu'à aujourd'hui par Bruxelles, Paris, Londres et Washington.
« Après la débâcle de la guerre contre l'Irak, le gouvernement belge ne veut plus contrarier Washington »
Il est essentiel aujourd'hui de ne pas oublier qu'une grande ma­jorité de la population mondiale souhaite une interdiction des ar­mes nucléaires et que 110 gouver­nements de pays du Sud se sont organisés en six zones officielle­ment sans armes nucléaires, couvrant ainsi presque tout l'hémis­phère sud. Créer une telle zone sans armes nucléaires au Proche-Orient pourrait fournir une solu­tion aux tensions croissantes en matière d'armement nucléaire dans la région. Mais nos diploma­tes devraient alors être prêts à aborder également la question des armes nucléaires israéliennes. Il faut ajouter que les médias de nos pays ignorent systématique­ment les voix des gouvernements du Sud.  La presse occidentale par­ticipe depuis des mois à la diaboli­sation de l'Iran sans dire un mot, par exemple, des 120 millions de dollars que les Etats-Unis dépensent quotidiennement pour l'en­tretien et la modernisation de leur arsenal nucléaire ou des refus américain, français ou britanni­que de satisfaire à leurs obliga­tions de désarmement. Pas un mot non plus sur le groupe de pla­nification nucléaire de l'OTAN ou sur le programme secret israélien en matière d'armes biologiques chimiques et nucléaires.

Le Parlement belge a approuvé en 2005 deux résolutions deman­dant entre autres le retrait d'Euro­pe des armes nucléaires américai­nes et une approche équilibrée du TNP. Les résolutions approu­vées insistent sur les engage­ments de désarmement de nos al­liés découlant de l'article VI du TNP. Malheureusement, ces réso­lutions restent jusqu'à présent let­tre morte. Après la débâcle de la guerre contre l'Irak, le gouverne­ment belge ne veut plus contra­rier Washington, expliquent diffé­rents cabinets ministériels. Il est clair que nous devons continuer à rappeler à notre gouvernement ses engagements et ses obliga­tions en matière de désarme­ment. Nous devons donc dénon­cer l'existence d'un fossé sépa­rant le gouvernement du parle­ment et des autres forces démo­cratiques.

Billet naïf de Lise Thiry

 

Billet naïf

de  Lise Thiry






Dès 1945, j’avais conçu dans ma petite tête la solution au sort des Juifs rescapés des crimes nazis : offrir aux survivants une belle partie de l’Allemagne comme nouvelle patrie. La langue yiddish pourrait les rapprocher des autochtones, qui amorçaient un virage rapide et louable vers la démocratie. Le lecteur trouvera sans nul doute cette proposition utopique. Moi, je trouve cette utopie plus jolie que celle qui fut adoptée : aller chasser des Palestiniens hors de leurs villages, autour de Jéricho, Nazareth, se battre pour Jérusalem, et tenter une cohabitation dominatrice avec les habitants de la Cisjordanie. Personnellement, et je vais encore choquer davantage, je comprends mal cette fascination pour la ville citadelle de Jérusalem, forteresse dont les murs épais entourent plusieurs temples voués à plusieurs cultes. Et ceux-ci me paraissent participer à des divisions sectaires plutôt qu’à l’amour universel. Moi, j’aime mieux les champs d’oliviers. Malheureusement, les colons les aiment aussi. 

  Lorsque je débarquai à Tel Aviv, en septembre 2005, c’était pour la quatrième fois.

  En 1959, je me trouvais en Grèce avec mon fils, au Club Méditerranée, lorsque celui-ci proposa à quelques uns de participer à l’exploration pour un site d’installation d’un club en Israël. Ce fut St Jean d’Acre qui fut choisi, et je me demandai si l’on n’allait pas priver les autochtones d’un de leurs sites les plus agréables. Nous passâmes une semaine dans un kibboutz, dont les idéaux communautaires m’attiraient et me plurent. J’étais pourtant très perturbée par la vue de ces très  jeunes gens, vissés pour trois ans dans un uniforme militaire, et l’arme à l’épaule. A ce sujet, j’eus de vives discussions avec un brillant journaliste français, juif, venu s’installer là et qui prônait le service militaire prolongé et féminisé, comme moyen d’unifier en un même moule tous ces Juifs venant de diverses parties du monde   Je répliquais que le charme des Juifs, c’était leur personnalité. Qu’il eut été dommage que Chagall se mette à peindre comme Delacroix, et qu’Einstein aie dû ânonner les règlements militaires. Il me semblait que jusqu’ici, les réussites civiles des Juifs  étaient plus évidentes que leurs performances militaires. C’était un compliment selon moi.

 Le deuxième séjour, en 1989, avec d’autres Belges travailleurs de la santé (dont Colette Moulaert) fut certainement le plus impressionnant. Nous partageâmes les affres et les espoirs de la première Intifada. Chaque journée nous apporta le plein d’émotions, que nous avons racontées. J’en retiens l’impression d’un peuple palestinien fier. Symbolisé par l’image d’une maman assise bien droite sur une chaise d’hôpital, au chevet de son fils blessé au cours d’une action héroïque et fanatique. Certes, le soutien inconditionnel des mères envers les actions si risquées de leurs jeunes fils nous déconcertait parfois. L’atmosphère tragique des hôpitaux vibrait d’une sorte d’enthousiasme collectif. Une ferveur pragmatique conduisait à jouer à qui se débrouillera le mieux, à faire de la bonne médecine avec des moyens qui parvenaient par soubresauts. Ferveur tendre, gestes de solidarité avec la cause des blessés.

Le troisième contingent auquel j’appartins, en 1997, sous l’égide de l’association belgo-palestinienne, était composé surtout de personnalités politiques. Alors que précédemment, j’avais surtout logé chez l’habitant, les contacts cette fois furent plus protocolaires. Ils donnèrent lieu, il est vrai, à des renseignements chiffrés et officiels, par exemple sur la proportion de Palestiniens qui devaient chaque jour passer un ou deux check points pour aller travailler chez les Israéliens, et surtout sur les conditions contraires au droit du travail. La  visite dans la bande de Gaza fut très palpitante. Après des heures d’expectative pour savoir si on allait nous laisser passer, on nous lança presque les passeports à la tête (les députés n’étaient pas habitués à cela). Puis ce furent les ruelles miséreuses de Gaza, les enfants aux larges yeux qui empiétaient sur leurs joues creuses, mais qui ne mendiaient pas. A l’hôpital on jonglait avec les difficultés comme si c’était devenu un sport national palestinien. L’apport d’eau dépendait de la guise des colons qui dominaient depuis les hauteurs, et parfois arrêtaient l’eau pendant les heures d’opérations chirurgicales. Pourtant, il y eut un épisode chargé d’espérance : la visite de l’aéroport de Gaza, pratiquement terminé, et qui allait délivrer les Palestiniens de leur dépendance à l’égard de Tel Aviv. Mais les modernes locaux de l’aéroport s’ensevelissent maintenant dans le sable : jamais l’autorisation de faire fonctionner l’aéroport ne fut accordée.

Mon dernier séjour (jusqu’ici), en 2005, a été commenté ici même par Colette Moulaert. Que pourrais-je ajouter si ce n’est ceci, en filigrane d’ailleurs de son texte ?

Comme dans d’autres nations, le peuple palestinien est hétérogène. Certes, la plupart sont de beaux bruns basanés, fiers, durs avec eux-mêmes, le cœur buriné comme l’est leur visage. Méridionaux aussi, un peu brouillés avec la notion d’un programme à heure fixe. Certes les incertitudes de trafic, agencées volontairement par « l’occupant » brouillent les cartes, mais parfois elles ont bon dos. Malgré les caractéristiques qui les relient, les Palestiniens sont soit chrétiens comme à Bethléem, ou musulmans rigides comme à Gaza. Leur résistance aux Israéliens se nuance de toute une gamme d’opinions politiques. On est pour deux Etats, l’un palestinien, l’autre israélien – ou bien pour une seule entité  tentant  de réussir la cohabitation de plusieurs peuples pour une même terre, une même eau, un même air. C’est très joliment dit, et me suggère à moi des mariages possibles. J’y reviendrai.

J’ai dit que le peuple palestinien est de nature fière, mais cette caractéristique, si évidente lors de mon séjour de 1989, est érodée aujourd’hui par les humiliations que leur assènent les Israéliens, avec un art consommé. Et c’est peut-être parce que les Palestiniens sont fiers que les Occupants se délectent à raffiner leurs humiliations. Le summum réside sans doute dans le mince croissant de Jérusalem qui reste concédé aux Palestiniens. Pour leur permettre d’aller faire des emplettes dans le grand Jérusalem, une brèche est encore ouverte dans le nouveau mur. Elle est de la largeur d’un homme pas très costaud. J’ai vu une grosse dame présenter son large derrière à la fente du mur et sortir à reculons, rouge de honte lorsqu’elle s’aperçut que nous la regardions. Puis il faut épousseter ses vêtements, teintés de la brique du mur. Eventuellement rajuster son voile. Le passage d’une poussette d’enfant requiert une connaissance de la géométrie.

Aux check points où nous cheminons en piétons côte à côte avec les Palestiniens, nous ressentons mieux cette humiliation commune. Entre les champs d’oliviers bien entretenus et les autoroutes ultramodernes réservées aux Israéliens, le check point est un  terrain  boueux encombré de vieux plastiques, parfois creusé en une tranchée de type 1914-18 où il faut défiler à la queue leu leu.  Nos manches nettoient les parois  Il m’a semblé que les militaires israéliens, femmes et hommes, plantés à ces  check points s’amusaient à humilier le troupeau. Tel celui qui lança sur mes chaussures son gobelet encore mi-plein de café. Et tel autre qui projeta vers moi son mégot de cigarette. Alors que, devant sa frimousse si jeunette, j’allais m’apitoyer sur son sort ! Je me souvins alors de ma discussion avec le journaliste français : est-ce forger une jeunesse, de lui apprendre à se conduire ainsi avec les citoyens ? On me dit que ce sont là des détails triviaux. Cet autre détail l’est-il aussi ? Je marchais derrière un homme qui se traînait sur des béquilles. L’issue du check point consistait en un étroit tourniquet en métal grillagé, et l’homme, élargi par ses béquilles, ne pouvait s’y  caser. Il m’en tendit une, que je serrai contre moi dans le tourniquet.

Problème palestinien mis à part, il me sembla que les Israéliens se divisaient en deux castes : les militaires et les autres. (une amie israélienne m’avait dit : lorsque nos enfants sont « renvoyés » dans le civil, ils se sentent amoindris).

Parmi les explications fournies par les diverses organisations qui nous reçurent, revenait souvent leur frustration de devoir renoncer à des stratégies pour la santé, si bien pensées pourtant. La planification scientifique d’un programme de santé éclate en miettes sous l’effet de rebuffades imprévisibles (certains parleront de tactique israélienne géniale – mais, plus on est malin, plus on est responsable.) Il ne faut pas, nous disent nos hôtes palestiniens, s’accommoder trop des rebuffades continuelles, sinon c’est les entériner.

J’ai dit plus haut le rôle des mères patriotiques dans l’engagement guerrier de leurs jeunes fils, en 1989. Mais aujourd’hui ce rôle, qui était encore entaché de modération, leur a échappé. Les jeunes, filles et garçons, sans avenir, sans perspective, coincés dans les injustices, n’y voient comme porte de sortie que l’acte de désespoir, celui du kamikase.  Nous avons peine à le comprendre ? Chacun de nous s’accorde pourtant sur le remède à tenter : réinoculer de l’espoir. Durant ces incursions que nous tentons auprès de ce peuple, notre chaud contact avec l’un ou l’autre réussit-il à jouer le rôle d’une goutte d’huile sur cette houle de malheurs ?

En parcourant ce beau pays, quel touriste, quel ami des Palestiniens, quel admirateur du génie juif (aujourd’hui emprisonné dans des uniformes militaires), ne s’arrête pas un instant pour faire un voeu : voir, sous ces oliviers, pique-niquer des familles palestino-israéliennes.

Au cours du présent voyage, chacune de nous a rencontré l’un ou l’autre couple mixte, israélo-palestinien, fier de sa réussite. Ils sont perles rares, hélas ! Pourtant, la solution n’est-elle pas là ? Plusieurs instances sanitaires nous ont signalé l’augmentation des maladies consanguines, dans les enclaves de familles palestiniennes isolées  par les entraves à la circulation. Mais les Juifs ont aussi leurs problèmes de consanguinité. Que l’on mélange donc tous ces gènes ! Et que l’on mélange les religions, si celles-ci continuent à avoir hélas la vie dure. Car dans ce pays aujourd’hui, elles contribuent davantage à la guerre qu’à la paix. Qui sait, peut-être que dans les générations mixtes, des coutumes et des religions fusionneraient en une bénéfique philosophie de la vie.

Du chocolat pour demander à Bush le retrait des armes nucléaires

Une délégation de « Bourgmestres pour la Paix »de  parlementaires et d’associations membres d’ « Abolition 2000 » a remis jeudi des pralines et du chocolat en forme de petites bombes nucléaires, destinés au président américain, au porte-parole du premier ministre, pour qu’il aborde la question du retrait des armes nucléaires américaines en Europe lors de son entretien avec George W. Bush le 17 janvier prochain à Washington.

Les participants ont remis au porte-parole des boîtes de chocolats belges portant l’inscription « Say it with chocolates to President Bush : US Nukes out of Europe ! ». La délégation a demandé au porte-parole de remettre les douceurs au premier ministre, afin qu’il puisse les remettre à son tour au président américain et ainsi entamer de façon ludique le débat sur les armes nucléaires.

La délégation demande que le gouvernement belge mette à l’agenda politique belge et à l’ordre du jour de l’OTAN le retrait des armes nucléaires américaines en Europe, estimées à 480. Ce retrait a d’ailleurs été demandé par deux résolutions approuvées récemment par la Chambre et le Sénat.

Guy Verhofstadt part lundi pour les Etats-Unis avec une délégation de chefs d’entreprises belges afin de promouvoir les entreprises belges.

Joseph ROTBLAT, un scientifique pacifiste.

Joseph Rotblat est né à Varsovie en 1908 et nous a quittés dans la nuit du 31 août de cette année, après une courte maladie.

Comme physicien il participa à la découverte de la fission de l’uranium dans les années 1938-39. Très conscient de l’importance de cette découverte il quitta son pays pour participer à des recherches sur l’arme atomique à l’université de Liverpool parce qu’il craignait de voir l’Allemagne se doter de cette arme de destruction massive. Il gagna ensuite les Etats-Unis pour se joindre à l’équipe des chercheurs de Los Alamos, chargée de la mise au point d’une bombe de dissuasion dans l’hypothèse où l’Allemagne l’aurait elle-même produite. Fin 1944 il était évident que l’Allemagne n’avait pas eu les moyens de mettre son projet à exécution. Dès ce moment-là Joseph Rotblat prend la décision de quitter Los Alamos pour la raison qu’une arme de dissuasion n’avait plus aucune raison d’exister.

Il est le seul scientifique à avoir quitté Los Alamos afin de ne pas être complice du «Projet Manhattan» dont l’objet était complètement dévié pour en faire un acte d’intimidation criminel. Pour Joseph Rotblat il était évident que les Américains voulaient utiliser la bombe contre l’URSS, un peuple qui avait consenti les plus lourds sacrifices pour écraser les nazis. Il regagna la Grande Bretagne et fut interdit de séjour aux Etats-Unis pendant une vingtaine d’années et considéré comme un traître, voire un espion potentiel.

Conscient du danger de la prolifération nucléaire Joseph Rotblat participa activement aux travaux de l’Association Pugwash qui militait pour le désarmement nucléaire. Il fut secrétaire de l’association pendant de longues années et termina sa carrière comme président de la même association.

En 1995 Joseph Rotblat et l’Association Pugwash furent honorés du prix Nobel de la Paix. Quelques semaines auparavant il avait participé au colloque «Hiroshima sans amour», organisé à l’université de Mons-Hainaut les 15 et 16 septembre. Dans son allocution il insista fortement sur l’importance de l’harmonie qui doit régner entre la science et la morale et démontra une fois de plus l’inutilité des armes nucléaires pour assurer la sécurité. De plus il dénonça le danger de ce type d’armement qui, malgré la fin de la guerre froide, constituait une menace pour la paix et pour l’espèce humaine. Lors de la remise du prix Nobel il termina son allocution en rappelant le devoir pour tout scientifique de dénoncer les côtés pervers que peut avoir la recherche scientifique; à cette occasion il lança aussi un vibrant appel pour la libération de Mordechai Vanunu et pour une société humaine.

Joseph Rotblat doit être considéré comme un scientifique exceptionnel et conscient des dangers de la science et de la nécessité d’une réglementation pour protéger non seulement le statut des chercheurs mais aussi celui des dénonciateurs indispensables pour soutenir la volonté politique de désarmement qui est toujours absente dans nos sociétés.

En guise de conclusion nous ne pouvons que réclamer un serment «Joseph Rotblat» (à l’instar de celui d’Hippocrate) qui engagerait les chercheurs scientifiques à ne travailler que pour un développement durable et pacifique de l’humanité. Un vœu utopique et pourtant indispensable qui nécessitera une mobilisation de la société civile pour assurer la survie de l’espèce humaine.


Pierre Piérart

Commentaires de COULMAS, le directeur allemand des études japonaises de Duisbourg. (nov. 2005)

0510 Hiroshima  Horizons et Debats

www.horizons-et-debats.ch

Hiroshima

infos

par Heinz Loquai, général de la Bundeswehr à la retraite




“Les 6 et 9 août, les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki ont fait d’un coup plusieurs centaines de milliers de morts. Les raisons de cette attaque posent une question à laquelle il n’existe toujours pas de réponse simple. L’ampleur inimaginable de cet anéantissement de masse par les armes, inédit à l’époque et qui ne s’est jamais reproduit, pourrait en être l’explication. L’holocauste nucléaire est unique dans l’histoire et c’est ce qui rend difficile son évaluation. […] Au cours des 6 décennies qui se sont écoulées depuis la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki, les points de vue ne se sont pas rapprochés; au contraire, on continue à raconter l’histoire d’Hiroshima de diverses manières […] Ainsi, l’histoire s’insère dans le présent, elle en fait partie.”

C’est par ces mots que commence un ouvrage remarquable sur Hiroshima. Son auteur est le directeur de l’Institut allemand d’études japonaises de Tokyo et enseigne la japonologie à Duisburg.

Coulmas considère l’événement Hiroshima sous divers angles. Il en étudie la problématique à différents niveaux et aborde avant tout l’aspect humain de cette catastrophe humanitaire.

La Seconde Guerre mondiale en Asie de l’Est

“C’était la guerre. Sans la guerre, jamais Hiroshima et Nagasaki n’auraient été bombardées.” Le largage des bombes atomiques constitua l’atroce point culminant de cette guerre. Mais jusqu’où faut-il remonter pour se prononcer sur cette histoire?

“Du point de vue américain, le 7 décembre 1941 fut la date décisive. C’est ce jour-là que les forces aériennes japonaises attaquèrent la base navale de Pearl Harbor à Hawaï et anéantirent une partie de la flotte américaine du Pacifique. Pour les USA, cet événement est resté longtemps un traumatisme. Il constitue un tournant politique. Les allusions à cette attaque dans les médias et chez les politiciens américains jusqu’après le 11 septembre 2001 montrent combien cette date est présente dans les esprits. Selon Coulmas, Pearl Harbor représente l’infâme trahison et l’agressivité dangereuse d’une autre race, c’est devenu le “symbole de la légitimité morale de toutes les opérations militaires américaines”.

Dans l’optique japonaise, Pearl Harbor était une opération désespérée de libération, dans la terminologie néo-conservatrice une défense préventive. En tant que puissance en pleine expansion dans le Pacifique, le Japon avait l’impression d’être empêchée par les USA de poursuivre les objectifs dictés par ses intérêts. Dès l’été 1940, les Etats-Unis accentuèrent un embargo économique qui coupait le Japon des réserves de matières premières vitales, en particulier le pétrole et le caoutchouc. Il est manifeste qu’avant le déclenchement de la guerre proprement dite, une guerre était en cours pour étrangler économiquement le pays. Il s’agissait, au sens large, d’établir un nouvel ordre dans l’espace asiatico-pacifique et de savoir qui aurait la suprématie.

Ou doit-on remonter plus loin, jusqu’au XIXe siècle, lorsque le Japon “qui vivait en paix avec ses voisins, dans un isolement volontaire, loin des événements mondiaux et qui fut amené de force sur la scène internationale par les canonnières américaines, se mit à imiter les Etats impérialistes et devint rapidement une puissance capable d’imposer ses revendications par des moyens militaires? (p. 10)”? Ou bien l’expérience que le Japon avait vécue lors de la conférence de paix de Versailles en tant qu’unique participant de race non-blanche joua-t-elle un rôle? La proposition du Japon d’introduire dans les statuts de la Société des nations un paragraphe contre la discrimination raciale fut repoussée catégoriquement par les puissances occidentales.

Après 60 ans, on continue de revendiquer la légitimité de ces différents points de vue. Il est toujours difficile d’évaluer vraiment objectivement cet événement clé et peut-être n’y arrivera-t-on jamais. Coulmas pense qu’au moins quatre aspects d’Hiroshima méritent notre attention: l’aspect technologique, l’aspect militaire, l’aspect politique et l’aspect humain.

L’aspect technologique

Le programme atomique américain a démarré en 1939. Il visait à prévenir les efforts supposés de l’Allemagne dans ce domaine. Albert Einstein avait, dans une lettre, mis en garde le président américain Roosevelt contre le programme atomique allemand. D’autres scientifiques qui avaient fui l’Europe participaient à la mise au point de la bombe atomique américaine. Le premier essai réussi eut lieu le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique.

La première bombe atomique fut larguée le 6 août 1945 sur l’hôpital Shima dans le centre d’Hiroshima. Elle produisit une température au sol de 6000°Celsius. 35% de l’énergie libérée était constituée de chaleur, 50% de pression et 15% de rayonnement radioactif.

Mais qu’est-ce qui se cache derrière ces chiffres? Quels furent les dommages?

La chaleur provoqua de très graves brûlures dans un rayon de 3,5 kilomètres à partir de l’hypocentre. L’onde de choc de plusieurs centaines de milliers d’hectopascals écrasa pratiquement tout ce qui était debout. Le feu gigantesque qui éclata tout de suite après l’explosion brûla tout dans un rayon de 2 kilomètres. Il détruisit en tout 70’000 maisons, dont 80% des hôpitaux de la ville. Les radiations provoquèrent chez toutes les personnes situées dans un rayon de 900 mètres qui ne furent pas carbonisées des blessures dont elles moururent au bout de quelques jours. De nombreuses personnes qui se trouvaient plus loin souffrirent de maladies dont elles moururent plus tard. Le nombre total de morts est de 250’000.

Ces chiffres permettent-ils de se rendre compte de l’horreur, des souffrances, des terreurs éprouvées? Peut-on vraiment se représenter ce qui s’est passé ici? Selon Coulmas, “le travail des meilleurs physiciens, techniciens et logisticiens militaires et un investissement colossal de deux milliards de dollars d’avant guerre avaient rendu la chose possible. Cela prouvait les énormes performances de la science et de l’industrie américaine qui, à longue échéance, allaient faire la fierté du pays.” (pp. 12–13)

L’aspect militaire

Dès le début, le “projet Manhattan” – tel était le nom de code du programme atomique américain – visait à mettre au point une nouvelle arme. Mais on ne sait pas exactement si son utilisation était militairement nécessaire. Se fondant sur de nombreuses sources, Coulmas estime qu’“aujourd’hui la plupart des scientifiques le contestent”.

A l’été 1945, le Japon était militairement à bout de souffle. En outre, Staline, à la conférence de Yalta, avait confirmé à Roosevelt qu’il entrerait en guerre avec le Japon trois mois après la victoire sur l’Allemagne.

Truman, qui était devenu président des Etats-Unis après la mort de Roosevelt en avril 1945, se justifia après la guerre en disant que la bombe atomique avait épargné une invasion au Japon et avait sauvé la vie de centaines de milliers de soldats américains. Par la suite, ce nombre fut gonflé à 2 millions mais il ne repose manifestement sur rien de concret. En outre, on ajoutait un certain nombre de Japonais prétendument sauvés.

Naturellement, ces quantités de soldats américains prétendument sauvés constituaient la meilleure justification de l’utilisation de la bombe. Ce nombre fictif devint un argument jamais remis en question.

Certes, certains militaires de haut rang n’étaient pas convaincus de la nécessité de la bombe. Coulmas cite le général Dwight D. Eisenhower, commandant en chef des forces américaines en Europe, devenu plus tard président des Etats-Unis: “Je croyais que notre pays devait éviter de choquer l’opinion mondiale en utilisant une arme qui, à mon avis, n’était plus nécessaire pour sauver des vies américaines.

L’amiral William Leahy résuma plus tard son opinion de la manière suivante: “Les Japonais étaient déjà battus et prêts à capituler. L’utilisation de cette arme barbare contre Hiroshima et Nagasaki n’a servi en rien nos efforts de guerre contre le Japon. En l’utilisant pour la première fois, nous nous sommes approprié les normes barbares du moyen âge le plus sombre. Je n’ai pas appris à faire la guerre de cette manière et on ne gagne pas les guerres en tuant des femmes et des enfants.” Coulmas résume les recherches des historiens de la manière suivante: “Les spécialistes sont d’accord pour affirmer que la bombe n’était pas nécessaire pour éviter l’invasion du Japon. Il est évident qu’il y avait des alternatives et que Truman le savait.”

L’aspect politique

Alors, quelles étaient les vraies raisons de ce crime contre l’humanité? “Les historiens sont enclins à penser aujourd’hui que les raisons politiques ont prévalu.” La suite d’événements évoqués par Coulmas vient appuyer cette thèse.

Roosevelt donna l’ordre de construire une bombe atomique le 6 décembre 1941, un jour avant l’attaque japonaise contre Pearl Harbor. Le président Truman apprit l’existence du projet Manhattan le 25 avril 1945, donc peu avant la capitulation de l’Allemagne. A cette époque, la politique américaine dominait déjà le nouvel ordre européen et les rapports avec l’Union soviétique, encore son alliée.

La Conférence de Potsdam (17 juillet au 2 août 1945), au cours de laquelle les puissances victorieuses allaient se concerter sur le futur ordre européen avait, à l’origine, été prévue pour juin 1945. A l’initiative de Truman, elle fut renvoyée à la fin juillet. Alors, la bombe atomique pourrait être prête.

Cette arme avait une double signification pour la politique américaine; premièrement, elle semblait promettre une victoire prochaine de l’Amérique sur le Japon sans la participation de l’Union soviétique, et deuxièmement, elle pouvait renforcer la position de l’Amérique en Europe par rapport à l’Union soviétique.

Les manœuvres politiques américaines laissent supposer que les Etats-Unis différèrent volontairement l’armistice avec le Japon afin de pouvoir utiliser la bombe. A l’époque, les rapports avec l’Union soviétique, qui avait déjà été identifiée comme un nouvel adversaire, revêtaient une très grande importance. Coulmas évoque les événements dramatiques de l’été 1945 de manière très réaliste

“En tant qu’unique puissance atomique, l’Amérique pouvait s’opposer aux visées expansionnistes de l’Union soviétique. Mais il fallait apporter la preuve que la bombe fonctionnait et que les Etats-Unis étaient prêts à l’utiliser. C’était la raison principale pour laquelle Truman abandonna l’idée de pourparlers de paix avec le Japon.

A la Conférence de Potsdam, Staline déclara que l’URSS entrerait en guerre contre le Japon le 8 août. Or le 26 juillet, le Japon fut, sous la menace d’une “destruction immédiate et complète”, contraint de capituler.

Washington ne voulait plus que Moscou entre en guerre contre le Japon car cela aurait incité les Russes à vouloir participer à l’organisation de l’Asie de l’Est après la guerre. Après que le gouvernement japonais, qui ne pouvait pas savoir ce que la menace d’utiliser la force signifiait concrètement, eut ignoré l’ultimatum américain, Hiroshima fut bombardée le 6 août, immédiatement après l’échéance du délai fixé par l’ultimatum. Le 8 août, comme il fallait s’y attendre, l’URSS déclara la guerre au Japon. Le lendemain, la seconde bombe détruisit Nagasaki. Il s’agissait entre autres, si ce n’est avant tout, de montrer à Staline et au monde que la première bombe n’était pas la seule.”

L’aspect humain

On ne saura sans doute jamais exactement quel fut le nombre des victimes de la bombe atomique. Différents chiffres ont été publiés. Dans un rapport destiné aux Nations unies, la ville d’Hiroshima avance le chiffre de 140’000 morts jusqu’à la fin décembre 1945. Le nombre correspondant pour Nagasaki est de 70 à 80’000 morts. Le nombre des victimes ultérieures est de 350’000 pour Hiroshima et de 270’000 pour Nagasaki. A propos, si Nagasaki, où les victimes furent presque exclusivement des civils, fut frappée, c’est parce que l’objectif prévu, la ville de Kokura, était recouverte d’une épaisse couche de nuages.

Citons à nouveau Coulmas:

“Les souffrances humaines infligées étaient intentionnelles. Les propositions de larguer la bombe sur des installations militaires ou sur une région inhabitée, pour montrer ses effets furent repoussées. Après la guerre, les autorités d’occupation empêchèrent toute communication entre les survivants des villes bombardées et en particulier l’échange d’expériences entre les rares hôpitaux encore en service. Les dossiers médicaux, les échantillons de sang et de tissus furent confisqués et l’administration japonaise fut contrainte de refuser l’aide médicale offerte par la Croix-Rouge internationale.

En conséquence, le reproche souvent avancé selon lequel l’utilisation de la bombe avait des motivations racistes est difficile à réfuter. […] Harry Truman reconnut publiquement qu’il détestait les “Japs” et qu’il écoutait pour cette raison ceux de ses conseillers qui insistaient pour utiliser la bombe afin de mener à bien le projet Manhattan. Selon l’historien réputé John Dower, en Amérique, on présentait les Japonais comme des sous-hommes. C’était préparer le terrain à une attitude favorable au bombardement qui fut celle de la totalité des médias, quelle que fût leur tendance politique.”

Les souffrances des victimes de la bombe furent encore augmentées par la discrimination dont elles furent l’objet au Japon. “Elles furent stigmatisées et marginalisées. La peur, l’ignorance et une certaine dureté à l’égard des plus faibles […] en furent la cause. Vu la politique d’information des autorités d’occupation, les connaissances de la population sur les effets de la bombe reposaient essentiellement sur des rumeurs. Après l’occupation, le gouvernement japonais fit peu de choses pour l’informer. Les maladies engendrées par les radiations furent longtemps considérées comme contagieuses. Nombreux furent ceux qui évitèrent tout contact avec les hibakusha (les survivants à la bombe) dont la détresse physique devint un stigmate social.”

Il y a une dimension de la souffrance humaine que l’on ne met généralement pas en rapport avec Hiroshima, c’est celle des victimes coréennes. On comptait entre 20’000 et 30’000 Coréens qui se trouvaient parmi les morts des deux villes bombardées. Et des milliers parmi les blessés. Il s’agissait de travailleurs forcés déplacés par les Japonais qui avaient annexé le pays. Pendant longtemps, ces victimes ne furent pas mentionnées lors des commémorations annuelles et les Coréens voyaient là, ainsi que dans le fait que, pendant longtemps, il n’y eut pas de monument à leur mémoire, la persistance de la discrimination qu’ils avaient subie à l’époque coloniale. Ces travailleurs forcés sont la preuve que le Japon a également une faute à réparer. Longtemps, le gouvernement japonais refusa de le faire. Actuellement, dans la situation tendue entre le Japon et la Corée du Sud, ce passé non assumé rejaillit.

La question du “pourquoi?”

A la question de savoir pourquoi les bombes atomiques furent larguées, Coulmas apporte une réponse nuancée.

“Il reste difficile de donner une réponse objective à la question de savoir pourquoi Hiroshima et Nagasaki ont été anéanties. Seule la tentative d’évaluer l’importance relative des différents facteurs a du sens. Alors que les raisons militaires n’ont guère de poids, le mobile politique – montrer au gouvernement soviétique la force de l’Amérique – est très important. A cela s’ajoutait la nécessité de justifier le coût colossal de l’entreprise et la propension à déshumaniser une autre race. Le fait que le Japon n’ait pas mis fin à cette guerre qui était déjà perdue avant la bombe atomique rendit possible la catastrophe qui frappa Hiroshima et Nagasaki.”

Hiroshima après la guerre

La première partie du livre était consacrée aux événements qui ont conduit à la destruction d’Hiroshima. La seconde est consacrée à ce qui s’est passé après. Ici, Coulmas évoque des lieux de mémoire, le rôle des médias, les réactions des intellectuels qui furent témoins de la catastrophe et ce qui a été écrit au sujet de la bombe; il fait parler les survivants et examine comment les manuels d’histoire américains et japonais présentent Hiroshima. Il manifeste dans cette partie sa grande empathie et sa profonde connaissance de la question. Nous nous contenterons ici d’en mentionner quelques aspects.

Hiroshima et les médias

“La censure américaine fut systématique. On ne parla pas d’Hiroshima et de Nagasaki.” Jusqu’à la fin de l’occupation, en 1952, il fut interdit de montrer des photos des deux villes. Au Japon, on ne pouvait même pas mentionner le fait que des bombes atomiques avaient été larguées, et à plus forte raison ce qu’elles avaient causé.

La très stricte censure américaine, qui ne pouvait pas être mentionnée dans les médias, s’est exercée pendant sept ans et elle les influença certainement longtemps après la fin de l’occupation, jusqu’à aujourd’hui.

La presse américaine fut toute disposée à légitimer l’utilisation du bombardement de la population civile japonaise. Et il ne fallait pas attendre autre chose des journaux allemands également censurés. La presse propagea la légende selon laquelle les deux bombes auraient conduit à la fin de la guerre et sauvé la vie de millions de soldats américains. On ne s’intéressa pas à l’ampleur des souffrances infligées à la population. Pour les journaux, Hiroshima était une “base militaire” et les bombes avaient détruit des “usines d’armement et des installations portuaires militaires”.

“La revendication des Américains d’avoir, contrairement à ses adversaires, mené une guerre morale et de pouvoir en parler à la postérité comme d’un combat contre le Mal” aurait été ruinée par des évocations objectives. Les médias se révélèrent des instruments dociles de la propagande gouvernementale.

Mots-clés

Le discours officiel est souvent caractérisé par des mots-clés qui doivent résumer toute une question et qui ont une fonction de signal pour la compréhension individuelle et de clé pour la mémoire collective. Coulmas donne des exemples de ces mots qui “sont symptomatiques de l’incorporation d’Hiroshima dans le patrimoine national américain”.

Ground Zero

Le terme fut utilisé pour la première fois lors de l’essai de la première bombe à Alamagordo. Il désignait le point à partir duquel se mesurait le rayonnement radioactif libéré par l’explosion. Ensuite, on désigna ainsi également l’épicentre de l’explosion à Hiroshima. Enfin, après l’attaque du 11 septembre 2001, le terme fut utilisé métaphoriquement pour désigner le champ de ruines de la pointe sud de Manhattan. De tels changements sémantiques sont irréversibles. Ainsi, pour les générations futures, Ground Zero évoquera toujours un endroit de New York et non pas d’Hiroshima, des victimes américaines et non japonaises.”

Shock and Awe

C’est le nom donné par les Américains aux bombardements de Bagdad au printemps 2003. La première utilisation de ce couple de mots est attribuée à Hans Bethe, physicien allemand qui travailla au projet Manhattan. Ce fut sa réaction à l’explosion réussie de la première bombe atomique. Les collaborateurs du Pentagone reconnurent qu’Hiroshima devait être en quelque sorte un prototype pour Bagdad. “Pour eux, Bagdad était, comme Hiroshima, un projet noble réalisé pour le bien de l’humanité. La rhétorique a créé un lien que peu de personnes ont remarqué. Dans le discours officiel de l’Amérique, Hiroshima n’a pas mauvaise réputation car “choc et effroi mêlé d’admiration” symbolise plus que jamais une chose: la salutaire supériorité militaire des Etats-Unis.” Elle doit manifestement inspirer le respect que l’on éprouve sans cela uniquement pour une divinité.

Manuels scolaires

Les événements actuels montrent l’importance politique des manuels scolaires et l’image qu’ils donnent du passé. Les manifestations antijaponaises des étudiants chinois auraient été provoquées par le fait que les manuels japonais minimisaient les crimes de guerre des Japonais à l’encontre de la population chinoise avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. On peut supposer que ces manifestations ont été sinon déclenchées du moins tolérées avec bienveillance par les autorités.

Coulmas résume son analyse sur les manuels américains et japonais de la manière suivante:

La comparaison des textes qui informent les élèves japonais et américains sur le massacre collectif d’Hiroshima et de Nagasaki révèle les points de vue nationaux. Même après six décennies, les événements sont présentés très différemment. […] Les différences ne concernent pas seulement vainqueurs et vaincus, elles concernent surtout les enseignements que les manuels invitent à tirer. Les ouvrages japonais, à part quelques exceptions, insistent sur les conséquences catastrophiques du militarisme et d’une politique qui considère la guerre comme un moyen légitime.  […] L’enseignement d’Hiroshima est le refus de la guerre en tant que telle. En revanche, la leçon que tirent les manuels américains est que l’usage de moyens militaires n’est pas seulement légitime mais souvent nécessaire. Les soldats américains ne sont pas morts pour rien mais au service d’une cause juste et pour un monde meilleur. Les bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki ne sont pas considérées comme une exception: elles faisaient partie d’une guerre juste et par conséquent achevée avec succès.”

Il ne reste plus qu’à mentionner ici que Coulmas parvient à la conclusion que ce que l’on présente aux écoliers allemands, c’est le point de vue américain. Sur les motifs qui ont amené à utiliser la bombe atomique, on leur apprend uniquement ce que le président Truman a déclaré après. Les manuels allemands n’abordent guère le problème moral posé par le recours à des armes de destruction massive.

Différences dans le traitement de l’histoire

La dernière partie du livre est plus qu’un résumé. Elle établit un pont avec le présent et nous en reproduisons ici des extraits sans les commenter.

“L’Etat américain a activement dissimulé des informations sur les victimes des bombes atomiques et, en même temps, il a fait en sorte qu’on les garde en mémoire comme faisant partie intégrante du triomphe américain. L’Etat japonais a toujours adopté une attitude opportuniste et n’a jamais osé risquer un conflit avec Washington en abordant la question d’Hiroshima. Les principes paci-fistes de la politique japonaise qui furent longtemps justifiés par la référence à Hiroshima perdent de leur force. Maintenant, on discute ouvertement de la possibilité d’un armement nucléaire.

Les leçons que les populations tirent d’Hiroshima font également apparaître des différences nationales caractéristiques. Au Japon, le caractère illégitime et la barbarie de la politique expansionniste du pays à la fin des années 30 et au début des années 40 de même que l’horreur des destructions d’Hiroshima et de Nagasaki sont ancrés dans la conscience collective. Une majorité de personnes partagent le refus de la guerre. Aux Etats-Unis, on se souvient de la guerre du Pacifique comme d’un sacrifice nécessaire imposé aux Américains, point de vue incompatible, dans la mémoire collective, avec le fait de reconnaître que le recours à la bombe atomique représentait une énorme injustice. […]

Il ne s’agit pas d’histoire mais de temps présent, d’identité, de fierté et de légitimité de l’action politique. Depuis Hiroshima, les Etats-Unis ont été impliqués dans plus de guerres que n’importe quelle autre nation. Leur Constitution démocratique les contraint, pour chacune de ces guerres – de celle de Corée à celle en Irak – d’obtenir le soutien de la population et cela n’est possible qu’en ancrant solidement l’idéologie de la guerre juste dans l’identité collective. C’est cette idéologie que l’on a fait jouer pour justifier le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki, avant et surtout après celui-ci. Elle est extrêmement importante pour les Etats-Unis […] parce qu’ils ont toujours ressenti le besoin de justifier moralement la guerre. En effet, la communauté américaine repose […] sur la revendication d’une supériorité morale du “Nouveau monde”. Pour elle, la guerre n’est pas un conflit entre deux adversaires qui ont tous les deux le même droit de gagner, mais entre le Bien et le Mal, comme une croisade. Le Bien doit l’emporter, sinon l’ordre du monde est bouleversé. Et le Bien est incarné par les Etats-Unis. Ils ne font pas la guerre pour défendre, par la force, leurs droits contre ceux de l’adversaire mais pour mettre fin à la guerre et servir le bien commun, c’est-à-dire le bien de l’humanité […].

La croyance que l’Amérique poursuit ce but et qu’elle a toujours pu justifier ainsi les guerres qu’elle menait est une des illusions les plus étonnantes qui ont fait l’histoire du XXe siècle. C’est parce qu’elle repose sur l’idée solidement ancrée que l’Amérique représente le meilleur des mondes possibles que l’idéologie de la guerre juste a pu justifier des meurtres collectifs comme celui d’Hiroshima et de Nagasaki. En effet, si de l’autre côté, on se trouve face au Mal absolu, le but de la guerre n’est pas de faire le moins possible de victimes en général mais seulement de réduire au maximum le nombre de morts chez soi. […] Martin Shaw […] écrit: “Epargner la vie de ses propres soldats, même s’il faut tuer un beaucoup plus grand nombre de civils chez l’adversaire a toujours été, en occident, une des principales raisons de tuer – d’Hiroshima au Kosovo.”

En Amérique, on se souvient d’Hiroshima comme d’un élément regrettable d’une guerre juste. C’est possible, car la notion de guerre juste efface la différence entre la raison invoquée pour la faire et son exécution. La justification – par exemple l’attaque japonaise de Pearl Harbor – peut ainsi dissimuler, dans la mémoire collective, les crimes commis par la force des armes, comme à Hiroshima et Nagasaki. Dans leur “guerre” historique, les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ont ainsi, également en ce qui concerne la destruction des deux villes japonaises, remporté la victoire, en tout cas aux Etats-Unis. Mais, à la différence des guerres matérielles, les guerres spirituelles ne se terminent pas avec le dernier coup de feu. Hiroshima reste un sujet de controverses, même après six décennies.”    •

(Horizons et débats, numéro 33, octobre 2005)

mise à jour  le 03.11.05

ACTES ILLEGAUX DU MINISTRE DE L'INTERIEUR A PROPOS DES ARRESTATIONS DE MELSELE PRES DE ZWIJNDRECHT

Le ministre de l'Intérieur avec l'accord du gouvernement pense être
dans la légalité en autorisant le transport de matériel militaire pour
une guerre qui n'a pas encore reçu l'aval du Conseil de Sécurité.
En outre le gouvernement pense que le traité de Washington de
1949, qui a créé l'OTAN, l'autorise à ce type de transit alors que
ce traité ne le permet qu'au sein de la zone des pays membres de
l'Alliance mais pas au delà. Les accords de l'OTAN respectent
explicitement la charte de l'ONU qui interdit clairement le soutien à
toute agression. A notre connaissance le gouvernement arc-en-ciel
n'a jamais donné cette autorisation qui d'ailleurs aurait été
contraire à l'article 5 strictement défensif.

Le ministre de l'Intérieur a autorisé la police fédérale à violer, le 1er
mars, une propriété privée, à savoir le local paroissial de Melsele.
La loi du 5 août 1992 permet aux forces de police de contrôler
exclusivement les lieux publics.

Le ministre de l'Intérieur a fait procéder à l'arrestation de 130
manifestants pour la paix qui devaient décider des modalités de la
promenade prévue aux environs des voies de chemin de fer. La
décision d'occuper les voies ferrées n'avait pas encore été prise et
devant un tel déploiement des forces de police il est peu probable
qu'elle aurait été programmée. La police s'est comportée vis à vis
des manifestants comme s'ils étaient des terroristes qui
menaçaient la sécurité publique. La loi de 1999 sur
les organisations criminelles accorde toute liberté à l'appareil
policier pour étouffer dans l'ouf la liberté d'expression des
associations et des syndicats. L'accord entre Duquesnes et
Flahaut va permettre l'intervention de l'armée sur la voie publique
et nous prépare un régime de plus en plus sévère surtout si la
guerre soutenue par la Belgique devait éclater.

Pierre Piérart
Comité Surveillance OTAN

L ' ASSOMMOIR GOUVERNEMENTAL

La Turquie refuse ( pour combien de temps?) l'accès de son
territoire aux troupes américaines prévues pour envahir le Nord
de l'Iraq.

En attendant les soldats belges vont relever les Américains en
Afghanistan et le gouvernement arc-en-ciel de Belgique prend des
dispositions pour étouffer dans l'ouf toute velléité des pacifistes
qui voudraient s'opposer aux préparatifs de guerre.

Ce samedi 1er mars, le ministre de l'intérieur avait bien préparé un
guet-apens pour appréhender au village de Melsele (près de
Zwijndrecht sur la rive gauche du port d'Anvers ) les 200
pacifistes qui se préparaient à occuper les voies ferrées par où
doivent passer les trains chargés de matériel militaire pour la
guerre préventive en Iraq.

Notre groupe est arrivé vers 15 heures au local paroissial de
Melsele où devait se tenir une réunion sous l'égide de Forum voor
Vredesactie et de Oxfam. A ce moment nous constatons que les
locaux sont occupés par une vingtaine de policiers fédéraux. Ces
derniers occupent principalement la cour intérieure où ils
menottent quelques jeunes tandis que la majorité reste confinée et
entassée à l'intérieur des bâtiments. Petit à petit et gentiment les
policiers obligent les jeunes gens à sortir et procèdent à leur
arrestation administrative ( de 12 heures selon nos informations ).
Plusieurs fonctionnaires en civil filment longuement les personnes
présentes et invitent les plus âgés à vider les lieux. Environ 150
personnes seront arrêtées dans le local paroissial.

Toute cette mascarade de la police du ministre de l'Intérieur, s'est
faite avec un certain sourire, un peu celui que Monsieur Duquesne
arbore quand il explique l'expulsion des étrangers ou qu'il pourrait
peut-être rectifier sa circulaire illégale autorisant la police à
procéder à des enquêtes sur la vie privée des enseignants soumis
à un certificat spécial de bonne vie et mours pour pouvoir
continuer à exercer leur profession.

En bref la grande récréation du 15 février où présidents et
secrétaires fédéraux de partis, au coude à coude, manifestaient
contre la guerre est bel et bien terminée. Il faut rentrer dans le
rang. A Melsele, hélicoptères, camions, voitures, pompes à eau et
policiers harnachés en tenue de combat occupaient le village en
état de siége.

Le gouvernement prépare manifestement un régime d'état de
guerre sur tout le territoire qui ne pourra que s'intensifier quand la
machine militaire va déferler sur le peuple irakien. Louis Michel et
Guy Verhoofdstadt lâchent la bride au tandem Flahaut et
Duquesne pour mater les récalcitrants et la jeunesse imprégnée
de plus en plus d'une conscience opérante.

Après ce «muselage» de la liberté d'expression l'on peut se
demander ce que nous réservent les prochains jours? La
complicité du gouvernement belge devient de plus en plus
évidente. Comme Colin Powell ( dénoncé par le professeur Pierre
Michel dans une carte blanche du Soir, le 28 février) les Verts,
Socialistes et Libéraux changent de ton, de colombes ils se
transforment en faucons. L'électorat pacifiste en tiendra compte.

Un telle guerre aura des conséquences considérables pour la
société civile. Les budgets militaires des pays complices, comme
la Belgique, vont sérieusement augmenter par la force des choses.
Avec comme conséquence une accélération de la dualisation de la
société (logement, sécurité sociale, enseignement etc.) Le
monde du travail doit en prendre conscience et se mobiliser afin
d'organiser dans tous les secteurs la résistance contre la guerre.
Les jeunes aussi se mobilisent et ne lâchent pas le morceau.

Pierre Piérart
Pour le Comité Surveillance OTAN (CSO).