La guerre nucléaire, pfft. Même plus peur

La menace d’un conflit atomique s’amplifie, la prolifération nucléaire gagne du terrain, la tension grimpe entre les USA et la Russie, la violence, partout présente, banalise et la course aux armements a redémarré , tout cela sans faire grand bruit.
Que sont devenues ces millions de personnes des années 80 qui réclamaient le retrait des missiles en Europe et le désarmement atomique au niveau planétaire ?
Qu’on laisse à certains dirigeants, dont l’équilibre mental pose question, le droit de déclencher le feu nucléaire devrait provoquer la plus vive inquiétude. Mais non, rien. C’est quoi cette apathie? La population est-elle fatiguée de manifester ?
Oh que non, on n’a jamais autant manifesté que maintenant.
Que ce soit pour le climat, contre la pollution, pour la liberté d’expression, les marches blanches, jaunes, vertes, rouges se succèdent à tour de bras. Cela étant dit, pourquoi une menace urgente, prioritaire, concernant le sort de toute l’humanité, n’a pas sa place au concert des protestations. La disparition de notre civilisation est-elle à ce point moins importante qu’une réduction de vitesse à 80 km/h.?
Pourquoi nous ne parvenons pas à ouvrir les yeux de nos concitoyens?

Certes, il y a tellement d'autres raisons d'avoir peur: le réchauffement climatique, la sécheresse, la pollution, les pesticides, le plastique, les vagues migratoires et surtout les terroristes. Alors une guerre nucléaire, bof " même pas peur".
Trump est sorti du Traité sur les Armes Nucléaires à Portée Intermédiaire (INF) signé en 1987 sous prétexte que Poutine avait violé le traité en augmentant la portée de ses missiles. Poutine dénonce la politique menaçante des américains qui renforcent leurs bases militaires le long de la frontière nord de l’Europe et font d’importantes manœuvres en Norvège et dans las pays baltes.
Un désengagement du traité de Genève Nucléaire iranien (PAGC) a déjà été prononcé il y a six mois avec la plus grande désinvolture.
L’attitude irrationnelle de Trump appauvrit l'espace diplomatique et fragilise de plus en plus les processus de paix.
Si la Chine est en passe de devenir la première puissance économique mondiale, sa force militaire n'est pas en reste et se déploie dans ses bases militaires en mer de Chine qu’elle considère comme son pré carré.
L'OMS vient de publier les dix dangers qui menaceront notre santé en 2019. L’agression nucléaire n’y est pas mentionnée. Simple oubli ou volonté d’effacer quelque chose d’embarrassant ?

L’horloge du Jugement dernier (Doomsday)
, basé sur plusieurs indicateurs de risque d’un holocauste imminent n’a jamais été aussi près de l’Apocalypse : minuit moins deux.
Il y a donc urgence mais pourquoi, ce déni ? On pourrait s’imaginer que nos populations persuadées d’être protégées par le pouvoir de dissuasion que leur confère la bombe, n'ont plus rien à craindre.
Les gouvernements occidentaux, presque tous membres de l’Otan, diffusent largement et continuellement le concept du parapluie dissuasion nucléaire qui nous met à l’abri.

La dissuasion est la nouvelle ligne Maginot

La dissuasion est un mythe qui a donné un pseudo sensation de sécurité pendant la guerre froide.
Depuis la fin de celle-ci, le sentiment de danger a disparu.
Mais, même à l'époque de cet "équilibre de la terreur", la dissuasion ne nous protégeait pas.
De nombreuses erreurs (humaines ou techniques) dissimulées au grand public ont failli plusieurs fois déclencher l’holocauste et c’est grâce à la chance qu’elles ont pu être évitées, parfois d’extrême justesse.
La chance ne peut pas nous protéger éternellement.
La dissuasion n’a pas non plus empêché les guerres. Une grande quantité de conflits locaux a éclaté depuis l’invention de l’arme atomique. Loin de nous protéger, la dissuasion est un moteur à stimuler les nations qui n’avaient pas la bombe à l’acquérir : de deux puissances nucléarisées, on est passé à neuf.
La dissuasion n’empêche pas la prolifération et avec celle-ci, le risque de conflit.


Cyber attaques

Les armes atomiques ne sont plus à l'abri des cybers attaques. L'informatique indispensable à la balistique est vulnérable au piratage. Des attaques à divers maillons de la sécurité ont pointé des failles qui peuvent avoir de conséquences catastrophiques.
La crainte d’un conflit nucléaire n’empêche plus grand monde de dormir car nos gouvernements répugnent à nous alarmer pour ne pas remettre en question le principe de la dissuasion. Ce qui leur confère une certaine légitimité pour continuer à améliorer et entretenir un arsenal nucléaire au prix démentiel et tout ceci dans l’opacité

Il faut dire la vérité, tout effrayante soit elle

Si on conçoit en médecine, qu'il existe exceptionnellement des cas où il a a intérêt pour le patient de lui masquer une vérité nocive à sa guérison ou à sa dépression, Il faut pour la majorité dire la vérité, tout effrayante soit-elle, pour obtenir soit l’adhésion au traitement qui pourrait aboutir à sa guérison soit la prévention de l'affection qui le menace.
Pour dénoncer les dangers d'un conflit nucléaire, inutile de ressasser inlassablement la même rengaine, mais présenter à l'auditeur une nouvelle approche plus réaliste. Ne plus parler de chiffres, de destruction de villes et de radiations mais évoquer les dégâts environnementaux qu’il n’appréhende pas (l'hiver nucléaire, les famines, l'effondrement de notre civilisation et le sort des survivants).
En effet, la majorité du public n'a plus envie d'entendre ce qu'il croit supposer savoir. Blasé par ce même refrain, il le minimise ou le dénie comme une sorte d'abstraction lointaine et improbable.
Ils sont comme de jeunes fumeurs qui vous disent:" Doc, vous n'avez pas à en parler. Je sais que fumer est mauvais pour moi". Ils veulent assumer des risques qu’ils disent ou s’imaginent avoir bien captés.

Mais quand on épèle les détails des complications du tabagisme ou de ce qui se passe dans une attaque nucléaire, on peut voir dans les pupilles qui se dilatent, un intérêt nouveau, plus profond, plus grave et lorsque c'est la population mondiale qui est concernée, c'est notre devoir de leur dire la vérité et de leur faire peur.

Fake news.

La dissuasion est une fake new, une escroquerie qui profite aux « marchands de canon ». Ces gigantesques complexes militaro-industriels tout puissants font et défont les présidents. Les actions boursières de l’armement, malgré les crises, sont en constante progression (plus de 7 %). Tout bon père de famille américain se doit de placer ses économies dans ce type d’investissement et de voter pour le président qui augmente le budget militaire.

Sauvegarde des droits des générations futures

Le coût de l’arme atomique dans l’avenir est un mensonge par omission.
A supposer qu’on arrête maintenant de fabriquer des armes nucléaire, plusieurs générations porteront le fardeau de payer la facture de la décontamination et du traitement des matières radioactives.
La génération actuelle préfère ne pas y penser. Or la réalisation d’un acte posé aujourd’hui ne doit pas porter atteinte aux générations futures.
Si les jeunes collégiens qui défilent gentiment dans nos rues pour avoir une terre plus propre avaient conscience de ce qu’on leur met sur le dos aujourd’hui, ils brosseraient tous les cours de la semaine pour manifester.

Conclusions

Une saine réaction est d'élever tous ensemble nos voix pour:
1° se débarrasser des bombes nucléaires stockées sur notre sol à Kleinebrogel, bombes qui sont en train d’amélioration pour être plus performantes et qui nous rangent dans les pays nucléarisés
2° obliger le gouvernement belge à ratifier l’accord pour rendre illégale l’arme nucléaire.


22 pays sur 50 ont déjà ratifiés cet accord à ce jour. Qu'attendons-nous?
Le seul moyen pour détourner nos politiques des accords entérinés avec l’Otan, les EU et le complexe militaro industriel devrait dépendre d’un acte citoyen massif contraignant.
Le fait que la Belgique est élue pour siéger au Siege de sécurité de l’ONU offre également une opportunité pour affirmer notre position.
Obtenir cette victoire inciterait d’autres pays à nous imiter et à contribuer au désarmement nucléaire global.

Philippe de Salle