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La stratégie nucléaire de l’OTAN

Ludo De Brabander (VREDE)

Alerte OTAN

9 août 2014

 

 

 

La politique nucléaire de l’Otan est aussi ancienne que

l’Otan elle-même. Selon la doctrine de défense, de novembre

1949, l’OTAN « doit assurer la capacité d’effectuer

un bombardement stratégique, y compris la livraison

d’une bombe atomique »… les Etats-Unis étant les

principaux responsables du bon fonctionnement de

cette doctrine ». C’est ainsi que l’idée du « nuclear sharing

» est née, c.à.d. l’installation d’armes nucléaires sur

le territoire d’Etats non-nucléaires.

Les Etats-Unis allaient déployer des armes atomiques à

grande échelle sur le territoire européen, quelques années

après la fin de la IIe Guerre Mondiale. En 1954, c’était au

Royaume Uni, suivi par la Belgique, Allemagne, Grèce, Italie,

Pays-Bas et Turquie. Au début des années 70, l’Otan disposait

d’environ 7300 armes atomiques en Europe.

A l’heure actuelle, les Etats-Unis sont le seul pays ayant installé

des bombes atomiques hors de son propre territoire. Il s’agit

de bombes tactiques du type B-61. Bien que ces armes restent

sous contrôle des Etats-Unis, c’est l’armée de l’air de chaque

pays concerné qui est responsable de leur transport. Depuis

1966, un Groupe de Planification Nucléaire (NPG) sert de

forum aux ministres de la Défense des Etats nucléaires (NWS)

et non-nucléaires(NNWS) pour discuter et éventuellement

réviser la politique nucléaire de l’Otan.

Le nombre de bombes tactiques « Otan » a été réduit drastiquement,

tant pour des raisons politiques, que technologiques,

ou de sécurité. Les bombes atomiques US ont été démantelées,

en Grande Bretagne et en Grèce. En Allemagne également, le

nombre de bases ayant une fonction nucléaire, a été réduit. 20

bombes nucléaires sont encore stationnées à Büchel, quasi le

même nombre en Belgique (Kleine Brogel) et aux Pays-Bas

(Volkel). Il y a 90 bombes atomiques sur le territoire italien

(Aviano et Ghedi-Torre), ainsi qu’en Turquie (Incirlik). Au total

: 240 bombes atomiques. Il s’agit là d’une évaluation, car peu

d’informations officielles sont diffusées à propos des bombes

atomiques tactiques en Europe.

L’entrée en vigueur du Traité de Non Prolifération (TNP) date

de 1970. Dans le TNP, on parle de 5 Etats nucléaires, ce sont les

pays qui ont fait des essais nucléaires avant 1967 : Chine, Russie

(URSS), France, Etats-Unis, Royaume-Uni. Les autres pays qui

ont signé le TNP sont Non-nucléaires. Tous les membres de

l’Otan ont signé le TNP et les documents officiels de l’Otan se

réfèrent aux obligations des pays membres envers le TNP.

 

Des bombes tactiques en Europe, en infraction

avec le TNP

La présence de bombes atomiques américaines sur le territoire

européen est difficile à concilier avec l’Article I et II du

TNP. Selon l’Art. I : « les NWS (les Etats Nucléaires) ne peuvent

transférer à qui que ce soit, ni directement, ni indirectement,

des armes nucléaires et autres dispositifs nucléaires explosifs,

ni leur donner le contrôle de telles armes ou de tels dispositifs

explosifs ». L’Art. II stipule encore plus clairement que les

NNWS, Etats Non Nucléaires (dont la Belgique, l’Allemagne,

L’Italie, les Pays-Bas, la Turquie) s’engagent « à n’accepter de

qui que ce soit, ni directement, ni indirectement, le transfert

d’armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires

ou du contrôle de telles armes nucléaires ou de tels dispositifs

explosifs ».

Mais l’OTAN réfute ces arguments, pourtant assez clairs, et

prétend qu’il s’agit d’une simple « installation » sur des territoires

étrangers sur lesquels les Etats-Unis gardent le total

contrôle aussi longtemps qu’il n’y a pas de décision de les utiliser.

En réalité, il s’agit bien plus qu’une simple installation,

car les pays « hôtes » participent activement aux missions nucléaires.

Ceux-ci mettent des avions de combat à disposition,

avec des pilotes et du personnel au sol impatients d’aller au

combat. Il s’agit bien d’une collaboration. En outre, on parle

aussi d’un réel transfert de contrôle au cas où des pilotes des

pays hôtes seraient effectivement impliqués.

 

Quelles perspectives pour un futur désarmement ?

Les paroles du président Obama à Prague (avril 2009) lors

de son plaidoyer pour « un monde sans armes nucléaires » a

poussé un certain nombre de gouvernements des Etats Non

Nucléaires (NNWS) où des armes atomiques étaient entreposées,

à demander le renvoi de celles-ci. Il semblait y avoir une

ouverture politique. Mais la France n’as pas voulu se défaire

de sa « force de frappe » et les Etats-Unis avaient déjà un plan

pour la modernisation de leurs bombes atomiques en Europe.

Il n’y avait pas d’unité au sein de l’OTAN.

Le Sommet Otan de Chicago (mai 2012) présenta de nouvelles

« Postures de Dissuasion et de Défense (DPPR) qui

exposaient les deux positions. Le texte commence en faveur

du désarmement : « nous restons profondément préoccupés

par la prolifération des armes nucléaires et d’autres armes de

destruction massive, ainsi que leurs vecteurs. La prolifération

menace notre vision commune qui est de créer les conditions

nécessaires à un monde sans armes nucléaires ». En réalité,

cette nouvelle prise de position ne change pas grand-chose à

la politique nucléaire de l’OTAN. Nous pouvons lire dans la

suite de la Déclaration : « l’Otan est déterminée à maintenir

une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles

et de défense antimissile pour la dissuasion et la défense

». En outre, l’Otan fait un pas de plus dans la construction

d’un bouclier antimissiles en Europe pour « compléter le

rôle des armes nucléaires dans la dissuasion, mais elle ne peut

pas s’y substituer ».

De nouvelles réductions des armes nucléaires non stratégiques

ont été effectuées unilatéralement par la Russie. Mais

dans le climat actuel, on est très éloigné du désarmement.

L’OTAN veut à tout prix sauvegarder la solidarité entre ses

membres. Le rapport appelle les pays membres à développer

les concepts permettant la plus large participation possible

afin que les membres concernés puissent assumer leurs

tâches nucléaires.

Depuis le speech d’Obama, le contraire de ce qu’il annonçait

est arrivé. Washington a donné son accord pour moderniser

les B-61 en Europe, un projet qui va coûter au moins 10 milliards

de dollars. Les pays membres sont invités à remplacer

leurs avions de chasse par d’autres capables de mieux remplir

des missions nucléaires. Les Pays-Bas ont déjà opté pour

l’achat de 37 F-35. Le ministre belge de la Défense, Pieter De

Crem, a déjà exprimé son souhait de voir la Belgique se doter

de 40 nouveaux F-35. C’est un type d’avions capable de transporter

les bombes « modernisées ». Sur base des calculs de la

Cour des Comptes Flamande, nous pouvons estimer que la

facture pour les citoyens belges pourrait s’élever à 6 milliards

d’euros. Sans compter les frais d’exploitation qui pourraient

revenir à plus de 7 millions d’euros par an.

La protestation contre les avions de chasse est donc fort importante

dans le combat contre la présence des bombes atomiques.

Si la Belgique ne remplace pas ses F-16, ce sera aussi

un coup mortel pour les tâches nucléaires de l’armée belge et

donc, pour la présence des bombes atomiques.

Mais il y a encore un autre moyen de faire disparaître

ces bombes. A la fin de la législature précédente, deux

propositions de loi ont été introduites (SP.a et Groen !)

qui demandent l’interdiction pure et simple du stationnement

d’armes nucléaires sur notre territoire. Le parlement

a donc un réel pouvoir de chasser ces bombes. C’est

important d’insister sur ces propositions au cours de la

prochaine législature.

Une campagne importante s’engage pour le mouvement de la

paix : la lutte contre l’achat des avions de combat et pour une

loi interdisant la présence d’armes nucléaires dans notre pays !