DECLARATION D’ASTANA,

Au 21ème Congrès Mondial de l’’IPPNW, 30 août  2014

 

 

Depuis plus de 50 ans, les médecins intéressés par les conséquences médicales, environnementales et humanitaires de l’emploi des armes nucléaires, ont accumulé les informations sur les conséquences extrêmes et inacceptables de leur emploi.
L’évidence accumulée au cours des décennies qui ont suivi le bombardement atomique américain de Hiroshima et Nagasaki nous a convaincus que seule l’élimination complète et rapide de cet armement sur toute la terre peut assurer un certain futur à notre espèce.
Même dans un monde sans armes nucléaires, nous sommes confrontés à  des défis complexes, depuis des modes de vie insupportables, un réchauffement climatique généralisé, le militarisme et la violence armée, les inégalités économiques, l’épuisement des ressources et la pauvreté inexcusable qui affecte plusieurs milliards d’êtres humains.
Ce n’est que dans un monde sans armes nucléaires que nous aurons une chance de résoudre ces problèmes.
Le renouveau d’intérêt pour l’impact humain des armes nucléaires, qui mène aujourd’hui à des initiatives politiques pour leur abolition, est le développement le plus heureux depuis plus de 20 ans, depuis la fin de la guerre froide.

 

 

 

Photo N° 11

 

 

 

 

 

 

L’IPPNW ( International Physicians for the Prevention of Nuclear War) a assemblé son 21ème Congrès mondial à Astana , Kazakhstan. Les habitants de ce pays ont l’expérience directe des horreurs liées aux armes nucléaires. De 1949 à 1989, le régime soviétique qui dominait alors la région,  conduisit 467 tests nucléaires au « Polygone » de Semipalatinsk, sans tenir compte de la santé et de la sécurité de ceux qui vivaient et travaillaient aux environs du site des tests. Le Polygone ferma en 1991, et les programmes d’essais, tant aux USA qu’en URSS, furent interrompus, en grande partie  à cause des courageuses protestations publiques du Mouvement commun Américano-Russe Nevada-Semipalatinsk, dans lequel l’IPPNW joua un important rôle moteur. Les victimes  kazakhes  des tests nucléaires souffrent terriblement jusqu’à ce jour d’une longue série de pathologies liées à l’irradiation et ces troubles s’étendent à plusieurs générations de gens vivant dans les zones contaminées. Ils sont les témoins des dangers auxquels nous devrions tous faire face tant que les armes nucléaires existent. Nous insistons auprès du gouvernement  Kazakh de continuer à fournir soins médicaux et protection sociale pour les besoins continués de ceux qui sont exposés aux retombées radioactives. Nous sommes solidaires de nos amis kazakhs  dans l’exigence commune de l’abolition des armes nucléaires, et nous soutenons le président Nazarbayev pour la part prépondérante qu’il prend dans la poursuite de ce but.

 

Nous appelons tous les gouvernements du monde à considérer les dangereuses implications  de la chaîne nucléaire. L’extraction minière, la purification des minerais et la séparation  du plutonium, ainsi que les transports des produits intermédiaires, posent de lourds problèmes pour l’hygiène, pour l’environnement et pour le risque de prolifération. Ce sont des obstacles sérieux au désarmement nucléaire. Nous insistons auprès des gouvernements pour qu’ils hâtent, à la fois l’établissement d’un monde sans armes nucléaires et la transition vers un système de production d’énergie renouvelable et permanent.

 

Photo n° 12

 

 

La région dans laquelle nous tenons ce 21ème Congrès est actuellement ravagée par la violence armée. La tragédie ukrainienne menace des siècles de progrès dans les relations entre la Russie et les Etats-Unis, les deux plus importants possesseurs d’armes nucléaires, et la situation pourrait se détériorer jusqu’à une guerre civile, ce qui créerait une situation où ces deux grandes puissances s’opposeraient l’une à l’autre, comme auparavant, à moins qu’une diplomatie forte et efficace remplace de part et d’autre la violence des armes. L’Ukraine  prit  une décision historique durant les années ‘90 – en parallèle avec celles du Kazakhstan et de la Biélorussie,  à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide - de renvoyer à la Russie les armes nucléaires qu’elle avait basées sur leurs territoires respectifs. La sagesse de cette décision est aujourd’hui évidente, étant donné la catastrophe qui pourrait surgir de l’introduction d’armes nucléaires  dans le présent conflit. Néanmoins, la Russie et les USA possédant la plus grande part des 17 000 armes nucléaires actuellement présentes dans le monde, et dont des milliers sont en alerte et prêtes à être lancées sans délai, la possibilité de leur emploi, si le conflit ukrainien devait prendre  une tournure dramatique, ne peut être écartée. La seule façon d’éviter une rechute dans le dangereux antagonisme entre ces grandes puissances, que le monde espérait avoir abandonné, serait, de part et d’autre, de faire  de bonne foi un effort pour trouver des solutions diplomatiques respectant le besoin de Paix et de Sécurité pour tous les peuples de la région. Avant tout, les Présidents des Etats Unis et de la Russie devraient prendre en commun la décision de s’abstenir de menaces atomiques -explicites ou implicites – pendant cette crise.

 

En 2007, l’IPPNW a lancé le mouvement ICAN (la Campagne Internationale pour   Abolir les Armes Nucléaires), qui est maintenant la principale organisation médicale, et qui est suivie par 360 organisations partenaires dans 93 pays. Nous avons apporté le message médical de l’IPPNW à propos des armes atomiques et de la guerre nucléaire – y compris nos plus récentes découvertes au sujet de la famine qui s’ensuivrait - à des Conférences internationales sur l’Impact Humanitaire des Armes nucléaires (HINW) à Oslo et à Nayarit. Plus récemment, cette année, nous participerons à la troisième Conférence HINW à Vienne, où nous serons rejoints par nos partenaires ICAN dans un appel pour un traité bannissant les armes nucléaires et établir les bases de leur élimination. Les pays nucléaires s’opposent à un tel traité parce que, une fois adopté, il leur dira sans ambiguïté que, continuer à posséder, tester, fabriquer, stocker, transporter et utiliser des armes nucléaires est illégal, qu’ils doivent en négocier une complète élimination de leurs arsenaux nucléaires, sans excuses ni  délai. Le traité interdisant ces armes, réfute la notion que seuls les pays possédant des armes nucléaires peuvent décider  comment, quand et sous quelles conditions, réduire et compléter la tâche d’un total désarmement nucléaire, alors que la Cour Internationale de Justice a confirmé qu’ils y sont obligés. Le processus d’un pas-à-pas, mis en avant par les pays nucléaires, est inadéquat et, couplé avec les programmes de modernisation dans lesquels ils investissent tous des centaines de milliards de dollars, est une formule qui maintiendrait des armes nucléaires pendant tout le présent siècle et au-delà. Avec assez de courage et de détermination, le traité d’élimination, soutenu par ICAN et l’IPPNW, peut être conclu en fort peu de temps et hâter l’émergence d’un monde libéré de ses  armes nucléaires.

 

 

Photo n° 10

 

 

 

 

Nous reconnaissons qu’un monde sans armes nucléaires n’est pas un monde en paix, libre des carnages et de toutes les autres formes de violence armée. Pour cette raison, nous avons travaillé depuis plus d’une décennie, par l’intermédiaire de nos programmes de Lutte pour la prévention, et de nous adresser au problème de la violence armée. Nombre de conflits majeurs en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, les uns récents, d’autres depuis des décennies, ont pour résultat, chaque année, la mort violente de dizaines de milliers d’êtres humains. Des milliers d’autres vies  sont perdues par la violence armée dans des douzaines de conflits mineurs, mais néanmoins tragiques, tout autour du monde. Tout en reconnaissant le tribut  inacceptable, ainsi donné à la violence armée sous toutes ses formes, ce Congrès en appelle au cessez-le-feu tant en Ukraine et autour du territoire de Gaza, comme ses premières priorités. Nous réitérons notre APPEL URGENT pour une solution diplomatique à la complexe et délicate situation ukrainienne. Aucun effort ne doit être épargné pour amener les parties en présence à se parler et terminer le tragique et violent conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens, et atteindre une paix générale dans cette partie du Moyen-Orient.

 

Comme médecins, nous sommes bien conscients de l’effet de la violence armée sur des individus, des familles et des communautés entières, et en même temps, conscients de notre capacité de servir la santé publique. Les dépenses militaires mondiales  en 2013  sont montées à 1,75 trillions de dollars, soit 2,4 % de la production globale du monde entier (selon le SIPRI).

 

Ces obscènes niveaux de dépenses pour l’armement, la préparation à la guerre et les dépenses de  combat elles-mêmes, nourissent non seulement le carnage que nous observons tout autour du monde, mais drainent aussi des ressources essentielles dans les domaines de l’hygiène, de l’éducation, des besoins humains essentiels, de la protection de l’environnement, ainsi que d’autres investissement sociaux, essentiels pour le développement et une réelle sécurité.

 

 

Photo N° 9

 

 

 

Un pas, limité, mais réel dans la bonne direction a été fait l’an dernier quand l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le traité sur les ventes d’armements (ATT). A  ce jour, 118 Etats ont signé cet ATT, mais seuls 44  l’ont ratifié. Il faut arriver à 50 ratifications de ce traité pour qu’il puisse entrer en vigueur. Nous insistons avec urgence auprès des pays qui ne l’ont pas encore fait, pour qu’ils ratifient au plus tôt ce traité, et ainsi assurer que le flux incontrôlé d’armements vers les zones de conflit et dans les mains d’abuseurs des droits de l’homme, puisse être empêché.

 

Nous vivons une période  dangereuse, entourés de défis qui paraissent impossibles à maîtriser. Mais nous observons aussi des signes d’espoir.  Nous quittons Astana renforcés dans notre objectif de créer un monde sans armes nucléaires et sans guerre, mais qui assurerait la santé et la sécurité de tous.