Cachez ces essais que je ne saurais voir ! « Les hommes d’Etat qui font expérimenter des armes atomiques et prévoient leur utilisation dans une guerre sont des criminels de guerre en puissance et de criminels de paix en actes ». Jean Rostand, Taverny le 25 avril 1965
La Bombe nucléaire est un objet très cher à fabriquer (si pas le plus cher) La Bombe est construite pour ne pas être utilisée. Sa seule fonction est d’inspirer la peur à ceux qui ne l’ont pas. Cette peur s’appelle la dissuasion La dissuasion garantit la paix La dissuasion justifie le prix de la bombe En admettant la véracité de cet argument pour le moins discutable, le véritable prix de fabrication de la dissuasion est hors de prix car elle comprend les essais qui se chiffrent en souffrances, en vies humaines et en dégradation de l’environnement. (1) Totalement injustifiable, sauf si l’on accepte que la fin justifie les moyens. (2) La grande presse si prolixe quand il s’agit de relater les catastrophes naturelles et si prompte à réagir pour toute perturbation climatique (ozone, particules fines, Co2..) est étrangement silencieuse sur les essais nucléaires et renâcle à dénoncer la contamination radioactive à long terme de notre planète Pourquoi ce désintérêt? Parce qu’il n’y a pas de plaintes. Les militaires ne peuvent pas parler (la grande muette), et les populations civiles exposées ne savent pas en parler. En effet, celles-ci sont si isolées sur le plan de la culture et de la communication (Touaregs dans la Sahara, Aborigènes en Australie, Amérindiens aux Nevada, Ouïgours en Chine, Polynésiens dans le Pacifique, Tribus autochtones en URSS…) qu’elles ne sont même pas capables d’exprimer leur souffrances à qui que ce soit. Pourquoi des essais nucléaires ? La dissuasion s’épuise quand l’adversaire possède la même bombe Pour avoir une meilleure bombe, il faut faire des progrès technologiques. Il faut toujours avoir une longueur d’avance Cela s’appelle la course aux armements. Basée sur ce principe, cela ne devrait jamais s’arrêter.(3) Ainsi, on procède à des essais pour connaitre la performance de la dernière bombe et de s’assurer de son bon fonctionnement. Mais également et c’est tout aussi important, pour impressionner ceux qui ont la bombe et les autres qui ne l’ont pas (encore) (4) Combien d’essais ? Plus de 2000 essais ont été réalisés de 1945 à nos jours que ce soit dans l’atmosphère ou dans l’espace, sur terre, sous terre, dans ou sous la mer sans parler des essais secrets échappant à la détection sismologique ou des essais subcritiques La majorité de ces essais a été réalisée par les nations « les plus civilisées » et planifiée par leur gouvernement . Aucune ou très peu d’information sur la nature de ses expériences et des conséquences de celles-ci sur l’environnement et sur les expérimentateurs n’ont été divulguées aux populations de ces « pays civilisés » Ces populations désinformées ignorent ce que leurs gouvernements aidés par les scientifiques et les militaires exécutent en leur nom. Longtemps les gouvernements ont dissimulés (5) qu’ils s’agissaient de bombes « sales » dont les « tests »pouvaient polluer l’environnement pour plus de 65.000 générations.(6) Tous les pays possédant la bombe ont procédés à des essais Sur les 2000 essais effectués on en compte environ 1050 pour les EU 715 pour l’Union soviétique 210 pour la France 45 pour la Chine 45 pour la Grande Bretagne. 5 ou 6 pour l’Inde 5 ou 6 pour le Pakistan 2 pour la Corée du Nord 1 probable pour Israël (en collaboration avec l’Afrique du Sud) (7) Pourquoi un essai est dangereux et polluant ? Les essais atmosphériques sont ceux qui contaminent le plus massivement leur environnement par l’irradiation d’un grand nombre d’éléments restant longtemps en suspension. Ceux-ci emportés par les vents contaminent par dissémination une large zone souvent fort éloignée du site de l’explosion. Les essais souterrains et sous marins, moins spectaculaires ont par ailleurs loin d’être inoffensifs et laissent échapper tôt ou tard des substances radioactives (par fissures ou fractures de roches, par contamination des nappes phréatiques ...) Où se sont déroulés les essais nucléaires ? Les sites des essais nucléaires atmosphériques sont situés dans des zones isolées comme des déserts, ou des iles océaniques évacués pour l’expérimentation sans pour autant mettre complètement à l’abri les populations de voisinage qui sont victimes des retombées radioactives dont la dispersion est imprévisible. De 1945 à 62, les explosions en atmosphère ont été réalisées par cinq états (EU, URSS, France, GB, Chine) La majorité des tirs d’essais atmosphériques ont eu lieu dans l’hémisphère nord et grâce aux vents tournants d’est en ouest, les particules radioactives se sont concentrées en une ceinture homogène cerclant principalement les régions comprises entre les latitudes 30 et 50.(8) Il est important d’insister sur les essais réalisés dans l’atmosphère, car les effets sont plus facilement mesurables. Lors de chaque explosion aérienne, des particules radioactives sont libérés dans la biosphère à une altitude qui dépend des conditions de tir. Elles y séjournent de quelques heures à plusieurs mois avant de retomber sur le sol. Vu la diversité des sites et la quantité des essais, les dépôts radioactifs finissent par contaminer toute la planète. Quel est l’importance de ces essais ? Sont directement impliqués dans ces essais atmosphériques : Les EU avec plus de 215 tirs dans le Nevada, et dans l’Océan pacifique et une puissance cumulée de plus de 120 Mégatonne (9) L’URSS avec 216 essais dans le Kazakhstan et dans l’archipel de la Nouvelle Zamble réalisant une puissance cumulée de 240 Mégatonnes (10) La France aves 45 essais dans le Sahara et le pacifique sud (Polynésie)(11) pour une puissance totale de plus de 10 mégatonnes Le Royaume Uni : 21 essais dans les Iles Monte Bello, Malden, Christmas et le continent australien. ( 107 kt) La Chine : pour 22 Mégatonne en 23 essais à Lop Nor dans le Xinyang. Nos pays amis ont- ils pratiqué des essais dangereux ? Si nous nous limitons uniquement aux essais nucléaires réalisés par les pays occidentaux dont les citoyens adhérent à la déclaration des droits de l’homme, on doit faire le triste constat que toutes ces nations que nous rangeons comme « celles qui sont dans notre camp », ont bafoué le principe même de la liberté auquel nous donnons la priorité. Encore plus effarant est la dissimulation ou la minimisation de ces faits qui empêchent l’opinion publique de réagir. Le mensonge, la mise en danger mortel de militaires et de leurs auxiliaires obligés de se taire et des populations civiles sans moyens de défense ainsi que le mépris de l’environnement rend ces actes d’autant plus ignobles et odieux que leurs auteurs se donnent les moyens de rester à l’abri de toute sanction. (12) Que dire des pays non occidentaux, qui affichent clairement ne pas encore être prêt à respecter les « droits de l’homme ». (13) et pour lesquels la pollution de l’environnement n’est pas et c’est le moins qu’on puisse dire, le souci majeur. Comment conçoivent-ils leurs essais eux ? Qui est responsable ? On peut sans avoir peur des mots parler de crime de guerre en temps de paix ; l’impunité est facilitée par la responsabilité diluée par le grand nombre d’acteurs (chef d’état, chef de parti politique, haut commandement militaire, haute finance, lobby scientifique, lobby industriel de l’armement, presse muselée ou complice par son silence,) certains n’ayant qu’une vue à court terme de la situation, d’autres aveuglés par un idéal patriotique ou complètement ignorants, d’autres agissant simplement par intérêt. Y a-t-il encore à l’heure actuelle des essais nucléaires ? Suite à un traité partiel des essais nucléaires (PTBT) signé le 5 août 1963 au Kremlin par les ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis, du Royaume Uni et de l’URSS, les essais atmosphériques ont été bannis et un grand programme d’essais souterrains a démarré jusqu’en 1990. La France et la Chine ont continué jusqu‘en en 1996. L’Inde et le Pakistan ont débuté leur programme souterrain en 1974 jusqu’en 1998. Le traité d’interdiction complet des essais nucléaires (CTBT) formulé en 1996 n’est toujours pas entré en application. Israël, l’Inde et le Pakistan ne l’ont toujours pas ratifié. Par ailleurs, la Corée du Nord a procédé récemment à deux essais et on peut craindre que l’Iran débute à son tour. Conclusions La « dissuasion » qui aurait du assurer la paix durable sur la planète n’a pas pu empêcher plus de 150 conflits armés violents d’éclater depuis son application et n’a fait que stimuler la soif des pays à posséder l’armement nucléaire nécessitant le recours aux essais. Chaque essai, il n’est pas superflu de le répéter souvent, entrainant un nombre de victimes encore plus important et une dégradation encore plus poussée de l’environnement. La dissuasion est un échec mortifère et la majorité des citoyens, non seulement l’ignore mais est persuadée qu’elle leur sauve la vie. (14) Les traités d’interdiction des essais (CTBT) et de non prolifération (TNP) , bien que non ratifiés par tous les pays nucléaires ont apaisé quelque peu les esprits et baissé la pression sans pour autant diminuer « l’équilibre de la terreur » La « dissuasion » se joue maintenant à une tout autre échelle. Maître de l’espace, les EU ont actuellement comme au lendemain de la capitulation du Japon, la suprématie nucléaire. Les essais qu’ils pratiquent sur orbite génèrent une pollution gigantesque de débris qui en se heurtant continuent à se multiplier. Ces débris rendront d’ici peu impraticables des orbites vitales pour les communications et beaucoup de programmes scientifiques. Cette nouvelle escalade dans l’armement stimule actuellement la Chine qui par des essais pour trouver la parade augmente d’autant plus la pollution spatiale. Il n’y a aucune raison que ce qui s’est réalisé sur terre ne continue pas dans le ciel. Il n’y a aucune raison que chaque nation possédant la bombe n’accède pas à l’espace un jour et rejoigne là haut les Américains. A ce moment là, malheureusement l’espace ne sera plus accessible. La Terre et l’Espace n’ont pas de prix Détruire la Terre et l’Espace est hors prix Pourtant si tout le monde se donne la main, on parviendra à payer le prix pour tout détruire. D’abord la Terre puis le Ciel. Alors nous comprendrons ! Figure 1 Les sites des essais nucléaires (publication du grip, n° 214, 1996) (1) Pour Rosalie Bertell, le nombre de victimes pour les essais nucléaires réalisés de 1945 à 2000 doit être évalué à plus de 22.000.000 (cancers, mortalité infantile in utero, affection congénitales graves ou modérées, descendants atteints de lésions génétiques et transmises de génération en génération.) (2) Quelle fin, si ce n’est celle du monde ? (3) En fait cela s’arrête quand on n’a plus de « sous », ce qui allait arriver chez les deux grandes puissances de la guerre froide quand la signature du premier TNP (traité de non prolifération) a permis aux deux opposants de souffler tout en réajustant d’une manière moins couteuse la poursuite de leur stratégie de la terreur (4) S’armer davantage ne fait qu’exciter l’envie de plusieurs nations de posséder la bombe pour garder leur hégémonie ou leur sécurité nationale. On touche ici à la valeur du désarmement comme incitant à l’abolition totale (5) Pendant las années 50, le public américain n’était pas averti du danger de séjour dans les zones irradiées du Nevada où eurent lieu un grand nombre d’expérience atomique. La mortalité excessive qui a frappé les participants du film « The Conqueror » est liée directement à la contamination. On estime qu’elle fut responsable de 150 victimes de cancers sur les 220 membres de l’équipe du film. Cette équipe reste trois mois à 137 miles de l’épicentre de ces essais nucléaires et subit une irradiation 400 fois supérieure aux doses seuils admises. Parmi les victimes, l’acteur principal, un certain John Wayne. (6) 65.000 générations = 200.000 ans. Certains l’ignorent encore ou feignent de l’ignorer. (7) Israël s’est toujours entouré d’un flou pour masquer la préparation de sa bombe. Aidé au début par l’Afrique du Sud, un essai conjoint n’a jamais été confirmé ou démenti. (8) La Belgique est hélas à ce niveau et ses citoyens ont du subir (sans le savoir) les effets des expérimentations réalisées pour leur sécurité (parapluie nucléaire considéré par nos responsables comme indispensable et dans la circonstance parapluie non imperméable pour les retombées). (9) Suite aux 196 essais nucléaires sur le sol américain, R. Bertell (10) rapporte une estimation de 300.000 à 1.000.000 de soldats exposés délibérément à des retombées radioactives de fortes énergies (11) Parmi les 200 mégatonne, il faut souligner le sinistre record de l’Union Soviétique a faire exploser une bombe de 54 mégatonne (en Nouvelle Zamble située un peu en dessous du cercle arctique) . Cette bombe représente à elle seule la capacité de destruction de plus de 3.600 Hiroshima.. Sa capacité de pollution radioactive a dépassé de 2000 fois Tchernobyl. Cette bombe appelée la « TSAR Bomba » est responsable à elle seule de 25 % des retombées fissiles depuis 1945. (12) Dans l’accident du Beryl dans le sud Sahara, Une montagne sous laquelle une charge atomique avait été enfouie s’est découpée en deux et a libéré des quantités considérables de matières fissiles contaminant des jeunes recrues placés en observateurs dans un périmètre trop rapproché . Des Touaregs séjournant dans la région ont également été victimes de cette catastrophe liée à la négligence et la désinvolture du commandement militaire. La désastreuse gestion de cet accident est une des pages les moins glorieuses de l’armée française (13) La critique des essais est un acte antipatriotique pour le gouvernement Américain pendant les années 50 et 60. Demander des renseignements sur la santé des populations irradiées en Polynésie Française vous valait d’être fiché par les services de contre espionnage. Lors des essais réalisés avant Hiroshima, le secret militaire en temps de guerre pouvait justifier le silence. Par après cette habitude fut justifiée par une sorte de raison d’état et la Nation Etat à pris la priorité sur les citoyens qui la composaient. (14) Les droits de l’homme semblent être devenus un luxe que seuls certains pays riches peuvent garantir à leurs citoyens. Comme si l’émancipation d’une nation devait se bâtir sur l’oppression d’un certain nombre de ses ressortissants. (15) Le contexte politique et juridique de la dissuasion nucléaire a considérablement évolué depuis la fin des années quatre-vingt. Des accords de désarmement nucléaire (et non plus de simple maîtrise des armements) ont été conclus. Un traité d’interdiction complète des essais a été signé. Les « zones exemptes d’armes nucléaires » se sont multipliées. Cette évolution dans le bon sens montre les résultats d’une prise de conscience planétaire mais dont les résultats ne sont palpables que très partiellement. Une « contre-dissuasion » s’est installée en Chine et Russie pour contrebalancer par l’arme nucléaire la faiblesse de la force militaire conventionnelle et l’infériorité technologique. Références Bruno Tertrais « Le bel avenir de l'arme nucléaire », Critique internationale 4/2001 (no 13), p. 15-23. Rosalie Bertell : Sans danger immédiat ? L’avenir de l’humanité sur une planète radioactive . éd. la pleine lune. p 178 Philippe Renaud. : Les essais atmosphériques : Publication de l’ IRSN .site www.irsn.org Robert S .Norris, Thomas B. Cochran and William M. Arkin Natural Resource Defense Council : Nuclear Weapons Databook Know Soviet Nuclear Explosions 1949--1985 Know U.S. Nuclear Tests 1945—1987 Pierre Piérart : Dossier pédagogique sur le désarmement nucléaire. AEPGN Mons 2003 Pierre Piérart et Wies Jespers : D’Hiroshima à Sarajevo. Edition EPO 1995 Martine DE BECKER, Harald MÜLLER Annette SCHAPER Essais nucléaires Fin de partie Edition Complexe. Publication du GRIP n°214, 1996 Bruno Barillot : Les irradiés de la République Edition Complexe. Les livres du GRIP n°269-270, 2003 Philippe de Salle et Pierre Piérart