La Géorgie, (qui n’a rien à voir avec St Georges, mais signifie quelque chose comme le pays du loup en vieux persan), une des plus riches des 18 républiques constitutives de l’ex-Union soviétique  est devenue indépendante en 1990-91. Son histoire a  toujours été mouvementée et complexe. Tour à tour envahie par les Khazaks, les Mongols, les Persans et les Turcs, elle était divisée en principautés moyenâgeuses à la fin du  XVIIIème siècle . L’origine de leur langue, probablement non indo-européenne, reste une énigme pour les linguistes. Elle se lia volontairement à l’Etat tsariste en 1801 pour devenir "moderne", et en suivit l’évolution. Aujourd'hui, reprenant les divisions administratives précédentes,  elle regroupe  divers petits peuples, autour des  cinq millions de  Géorgiens (orthodoxes, mais d’un rite spécial). La capitale Tbilissi (autrefois Tiflis) est la seule vraie grande ville moderne  de la région. Mines, industries métallurgiques, mais surtout une riche agriculture de primeurs et de thé nourrissant le marché russe,  assurent leur prospérité. A côté des 4 millions de Géorgiens proprement dits, on compte les Adjariens, Géorgiens musulmans parlant un dialecte particulier (environ 400 000) au Sud-ouest, sur le seul port important, et ayant des liens avec la Turquie, les Abkhazes (environ 120 000 aujourd’hui, précédemment envahis par une immigration massive de Géorgiens, finalement expulsés)  occupant l’ancienne  Colchique « où se conquit la toison » entre Caucase et mer Noire; leur côte constitue une sorte de Riviera russe. Plus à l'est, les Ossètes (orthodoxes), descendant des Scythes et des Alains, (100 000 au Sud de la montagne), population paysanne des hautes vallées alpestres. Ils sont  liés culturellement aux Ossètes du Nord plus nombreux,  de l’autre côté de la montagne et sont intégrés à la Russie, sans compter les Ingouches (musulmans, temporairement déportés pour collaboration) et les Svans de Svanétie. Les Arméniens et les Russes sont dispersés un peu partout . Les origines ethniques, l’histoire, les religions, les coutumes et les langues de tous ces peuples (y compris l’alphabet) sont différents et très complexes.   Evolution récente Des remous de nature diverses ont agité la Géorgie indépendante depuis 18 ans : démissions forcées du président et de ministres pour corruption, révolution « des  roses » (très soutenue par les Américains), suppression des statuts spéciaux des minorités, pourtant anciennement reconnus, suivies de révoltes unanimes de celles-ci (souvent supportées par les Russes), qui ont, par endroits, entraîné l’expulsion les Géorgiens de souche. $i les dernières élections ont été  les plus régulières qu’on ait connues depuis l’indépendance, ni l’opposition, ni la presse ne peuvent guère s’exprimer sous le règne de l’autoritaire président actuel, qui a  fait ses classes comme avocat à New York.   Les médias mélangent tout et sont partiaux  Il serait incongru pour nous de prendre parti pour les uns ou les autres. Mais la leçon que nous pouvons en tirer est que nos médias donnent des versions très orientées. Alors que la chronologie immédiate des événements indique sans aucune équivoque que  le Président américanisé du pays, a pris l’initiative de rompre un fragile équilibre qui semblait satisfaisante pour les populations intéressées, certains tentent de faire passer les Russes pour de dangereux agresseurs des innocents Géorgiens. Une des ambiguités qui handicapent l'information, est que les autorités géorgiennes présentent les régions séparées comme faisant partie intégrante du pays, alors que, tacitement, elles avaient accepté leur autonomie.   La seule comparaison des premiers sons de cloche du Soir et de la RTBF, d’une part, des stations de TV et journaux français ou américains de l’autre est éclairante. Au début, nos journalistes n’avaient pas reçu la consigne.   Autres intérêts Sans doute, serait-il  naïf d’oublier les intérêts en cause. La Russie au Nord de la barrière caucasienne permet le maintien de l’autonomie des communautés montagnardes, qui  en espèrent un développement (sans doute du tourisme (?) dans de grandioses paysages. Mais la Russie veut aussi garder le contrôle du principal col alpin (et du tunnel qui le double) à travers le Caucase et, bien entendu  surveiller les oléoducs venant d’Azerbeidjan, essentiels pour sa politique pétrolière.   Le gouvernement actuel de la Géorgie (pays d’origine de Staline et Beria, dont les politiques matèrent l’agitation nationaliste),   profitant des derniers jours de Bush, veut dominer tout le versant Sud de la chaîne de montagne, réduire par la force les particularismes locaux, et poursuivre son industrialisation grâce aux pétrole et à l’aide américaine1. Des réticences «démocratiques»  s’y expriment déjà.   Notre rôle Les Américains soufflent sur le feu avec la maladresse coutumière aux puissants et prétendent étendre sans le moindre prétexte son bras armé dans la région, l’OTAN, vers l’Est. Il est impératif  que, tant au conseil de l’Otan qu’au Conseil de  Sécurité, l’Europe joue l’apaisement et ne courbe pas l’échine vers le réchauffement de la guerre froide auquel conduit inévitablement la politique américaine en Géorgie, qui s’ajoute aux boucliers anti-missiles polonais.