ÉDITORIAL

Numéro 100

 

Les nombres ronds ou les anniversaires n’ont rien d’exceptionnel. En ce novembre, par exemple, il y avait juste 90 ans que la révolution d’octobre éclatait en Russie. Son impact et sa signification historique n’ont en rien changé récemment. Et on se demande toujours si c’était le début d’un immense espoir des défavorisés de l’existence, bien déçu depuis,  ou celui d’une dictature sanguinaire.  Sur un plan mineur, personnel, nous n’aimons pas moins notre femme le jour anniversaire de notre mariage que les 364 autres jours de l’année, même si, comme beaucoup de maris,  nous oublions parfois de le lui dire.

Néanmoins, pour l’Association Médicale pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (AMPGN), c’est l’occasion de regarder le passé et de faire le point. Elle a été fondée, sous le parrainage des professeurs Z. Bacq (Ulg), J. Brachet (ULB) et Mertens de Wilmaert (UCL), membres des Académies de Médecine ou des Sciences. C’était en 1982, dans la foulée de celle de l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW), et d’autres sections nationales. Elle fut mise sur pied et animée par le prof. Maurice Errera, radio biologiste, et par une tournaisienne remarquable, qui avait passé la guerre à Londres. Ghislaine Vankeerberghen était veuve de médecin, intelligente et très active, toujours fort désireuse de se consacrer à un objectif pacifique et social essentiel. Elle a travaillé dix ans pour l’AMPGN, mais disparut trop tôt. M. Errera nous livre ci-dessous quelques souvenirs des débuts du mouvement.

 Notre bulletin trimestriel a commencé à paraître en 1982, un peu irrégulièrement au début, d’abord dactylographié, polycopié sur un papier grossier, puis agrafé. Le plus ancien exemplaire que nous ayons conservé est le n° 4 (3ème trimestre 1983). Il comportait  déjà, mais exceptionnellement,  24 pages, illustrées de quelques dessins, et mentionne, outre un hommage au Prof. Bacq qui venait de disparaître, la mention de nombre d’exposés faits devant des publics divers à Bruxelles et en province, un compte rendu détaillé du IIIème Congrès de l’IPPNW à Amsterdam, y compris le long messages adressé à cette occasion aux dirigeants russes et américains. Les suivants n’ont que 16 pages.

 Ce bulletin s’est peu à peu étoffé, a amélioré sa typographie et ses illustrations, a accru son tirage, changé de nom (le mot Newsletter avait  rebuté certains, qui  le croyaient rédigé en anglais !), passé à une couverture illustrée en couleurs, évoqué des problèmes divers, nucléaires ou pas, qui assaillent l’Humanité, etc. Cependant, nos objectifs fondamentaux n’ont pas changé. Et on est surpris de voir, malgré la fin de la guerre froide et les conditions géopolitiques devenues fort différentes, combien les arguments employés alors restent valables. Le Comité de l’association a compté des membres issus de toutes nos universités francophones (Namur et Mons compris). Nous avons eu des internistes de plusieurs spécialités, un spécialiste en Santé publique, une neuroanatomiste, un physicien, un microscopiste électronicien, des radio biologistes, même une journaliste travaillant pour Tests Achats (!), mais pas de raton laveur. Le temps et l’âge ont amené ce comité à se renouveler considérablement. Ses membres actuels vont d‘un médecin spécialiste (UCL),  bourgeois lettré, ancien membre du Conseil de l’Ordre, actif  promoteur des activités culturelles des médecins, à une anarchiste rieuse pleine de dévouement (ULB), qui se croit encore un peu étudiante, un botaniste retraité de l’Université de Mons, un pédiatre et une psychiatre, tous aussi prêts à s’engager, sous la houlette d‘un Liégeois atypique, chercheur et enseignant, passionné depuis sa retraite de Culture et d’Histoire. Toutes les nouvelles bonnes volontés seront d’ailleurs les bienvenues.