Le problème de la sécurité en Europe a changé de manière dramatique au cours des vingt dernières années. La menace d’annihilation nucléaire  qui dominait les préoccupations stratégiques  pendant la guerre froide s’est évanouie - très heureusement. Malheureusement, l’élan en faveur du contrôle des armements semble avoir évolué dans le même sens, et nous sommes confrontés à un ensemble différent - plus complexe et plus difficile à  deviner - de défis au régime international de non prolifération et de désarmement.

 

L’essai nucléaire de la Corée du Nord est certainement aujourd’hui un des plus pressants de ces défis. La politique de ce pays, côtoyant délibérément le précipice, qui se combine maintenant  avec une menace concrète, et prend sa propre population et toute la région en otage, ne peut pas être tolérée. Il est encourageant que la réaction internationale soit unanimement négative. Ce test nucléaire de la Corée du Nord doit être ressenti comme un appel et nous amener à revoir nos bases politiques pour répondre aux défis de la prolifération et aux risques généraux pour notre sécurité.

 

Ce test montre clairement, une fois de plus, que la fin de la guerre froide n’était pas la fin de l’Histoire. Au contraire, nous sommes aujourd’hui confrontés  à une situation d’insécurité différente, plus embrouillé et moins prévisible à plusieurs points de vue.  Les possibilités de conflits régionaux se sont accrues dramatiquement, surtout  à cause de l’émergence au grand jour de tensions et disputes, ethniques, religieuses, et nationales qui, précédemment, ne pouvaient pas se développer en conflits  militaires, à cause de la confrontation majeure entre l’Est et l’Ouest. Une grave raison de nous inquiéter, en fait un fort signal du climat d’insécurité qui nous entoure, est la prolifération continue d’armes de destruction massive et des moyens de les lancer. Non seulement des faits concrets, comme l’essai atomique coréen, mais aussi l’ambitieux programme nucléaire de l’Iran, aggravent nos préoccupations. Enfin, les haineuses et sournoises attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont démontré la nouvelle dimension de la menace et accru la conscience du risque que des acteurs non gouvernementaux accèdent à des armes de destruction massive, aux matériels qui y sont liés et aux manières de les envoyer.

 

Etant donné ces menaces, nous sommes préoccupés de l’état du système de contrôle de la  non prolifération. Des problèmes précis restent non résolus. Les négociations prévoyant l’arrêt de la production des matériaux nécessaires aux bombes nucléaires ne progressent pas.  L’activation du traité d’interdiction totale des essais nucléaires (CTBT) , bien que le test coréen démontre bien que sa mise en route a trop tardé; les récentes réunions des leaders internationaux n’ont pas réussi à dégager un consensus sur ce problème.

 

Notre capacité de renforcer le régime de non prolifération - sur base de normes  largement admises et fondée sur la suprématie de la loi – sera cruciale pour la sécurité et la coopération internationales au cours de cette période après-guerre froide..

 

Le Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP) est notre base indispensable pour l’élimination du danger d cette prolifération. En signant le TNP, la communauté internationale se liait par un marché essentiel : les pays non nucléaires renonçaient à acquérir ou posséder des armes nucléaires, contre l’engagement des pays nucléaires à un désarmement atomique. Cet engagement est sans équivoque.  Ce marché est très largement approuvé. ; le TNP a plus de signataires que tout autre traité international, la charte des Nations Unies excepté. Ce marché fondamental ne doit pas être démantelé. La non prolifération et le désarmement nucléaire sont des objectifs complémentaires, pas distincts. (souligné par nous).

 

La Norvège et l’Allemagne partagent une même vision de la valeur d’un système de désarmement, de contrôle des armes et de la non prolifération, fondé sur un traité transparent et vérifiable. Nos gouvernements plaident en faveur d’une approche sur deux voies parallèles où nous travaillerons ensemble pou accroître le respect des obligations de non-prolifération et enclencher un nouvel élan vers le désarmement nucléaire.

 

Cette double approche exige un calendrier d’action qui rend justice à, et prévoit,  une poursuite parallèle – sans liens artificiels – de ces deux voies. C’est pourquoi la Norvège et l’Allemagne s’engagent à travailler à des solutions diplomatiques aux pressants dangers régionaux de prolifération, en particulier en Iran et en Corée du Nord. Nous devons perfectionner les procédures internationales de vérification pour améliorer la détectabilité de violations significatives du TNP. Nous devons empêcher qu’on dévoie des programmes nucléaires civils vers des fins militaires. A ce point de vue, nous devons éliminer les risques engendrés parle cycle du combustible nucléaire, et arriver à des solutions efficaces sans, cependant, créer de nouvelles discriminations entre les différents pays signataires du traité de Non Prolifération.

 

Nous travaillerons aussi à créer un nouvel élan vers le désarmement nucléaire. En particulier, nous devons dépasser le blocage des efforts internationaux dans ce sens. Nous devons sans délai commencer à négocier un traité empêchant la production de matériel fissile à usage militaire. La mise en application du traité interdisant tout essai nucléaire (CTBT) doit - avec l’essai nucléaire coréen en toile de fond à nos réflexions - redevenir une priorité majeure du calendrier international. Ce traité est important pur l’agenda du désarmement. Enfin, nous encourageons les pays nucléaires, en particulier la Russie et les États-Unis, à utiliser leur position prépondérante pour engager de nouvelles négociations sur les armes stratégiques. Nous pensons que celles-ci pourraient déboucher sur un accord prenant la suite du traité sur la réduction des armes stratégiques (START I) qui expire en 2009. Et nous croyons aussi qu’il est temps de commencer à édifier un contrôle sur les armes non stratégiques, catégorie d’armements nucléaires qui ne sont encore l’objet d’aucune supervision, ni d’engagement de désarmement.

 

S’appuyant sur ces considérations, la Norvège et l’Allemagne désirent, et sont prêtes à, entreprendre les efforts pour que le processus de révisons du Traité de Non Prolifération qui débutera l’an prochain, soit un succès. Ce sera la responsabilité de la Communauté internationale de laisser l’explosion expérimentale  Nord Coréenne devenir la prochaine, et peut-être décisive étape, du démantèlement  du TNP ou, au contraire,  de la transformer en un signal ferme pour la renaissance d’un consensus crédible et permanent sur la non prolifération.

 

Ces défis sont intimidants, mais nos gouvernements sont fermement décidés à les affronter ensemble.


F.W. Steineman et J. Gahr-Store, traduit par Pr. Henri Firket  

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