IN MEMORIAM  Ghislaine Vankeerbergen H. Firket
L' IPPNW PARLE À L'OTAN ET AU PARLEMENT EUROPÉEN
LES ATTENTATS TERRORISTES AUX USA

 

SOMMAIRE


In memoriam  Ghislaine Vankeerberghen          p.
    H. Firket

 XXe anniversaire de l¹AMPGN

STOP PRESS

les attentats terroristes aux   USA     p.

ACTIVITÉS DE L¹IPPNW
ET DE L¹AMPGN

L¹IPPNW  parle à  l¹ OTAN        p.

 Table ronde au Sénat français sur les
missiles anti-missiles         p.
anti-missiles

Peace in the Sky             p.

56e anniversaire d¹ Hiroshima à Mons      p.

Nous avons lu        p.

Les maires américains demandent       p.
l¹éliminations des armes nucléaires
     G. Vankeerberghen

GUERRE ET PAIX

 Contrôle du commerce illicite des armes  
légères (discours de L. Michel)   p.
      H. Firket
     
Réseau mondial de prolifération des armes
 nucléaires                       p.
      P. Piérart

Réseau international Abolition 2000
pour l¹élimination des  armes nucléaires  p.
      P. Piérart

NOUVELLES BRÈVES  p.

DOSSIERS

Une révolution oubliée. Comment prit
naissance de la déclaration universelle des
 Droits de l¹Homme                    p.
      G. Werbrouck

 Le cas Mordechai Vanunu                   p.
        P. Piérart

Appel aux bonnes volontés                     en couverture
                  intérieure



IN MEMORIAM  
GHISLAINE VANKEERBERGHEN


Nos membres et nos lecteurs ne se doutent pas toujours du  rôle essentiel que, depuis la
fondation de l¹AMPGN, Ghislaine Vankeerberghen  y jouait. Dans un monde changeant, elle incarnait la permanence et sa santé  paraissait inaltérable. Le 15 août, son fils Luc, médecin, revenant à vélo d¹une nuit de garde, a été  terrassé par une crise cardiaque. Ghislaine - comme nous l¹appelions familièrement - en fut terriblement affectée et, le lendemain, elle a eu une attaque cérébrale,  puis une hémorragie plus importante.  Entrée dans un coma profond, elle est morte le soir du 18 . Sa famille  nous  a demandé  de prononcer quelques mots lors de la cérémonie des adieux, le 23 août. Voici ce texte.

Nous sommes réunis ici pour rendre hommage à une grande Dame. Sa disparition soudaine et inattendue nous bouleverse tous,  largement au delà de son cercle     familial. A son âge, elle était bien plus qu¹une ³mémé² très aimée, qui impressionnait tant ses petits enfants. On l¹admirait dans le monde entier. Les messages qui arrivent sur la toile en témoignent. Sa modestie n¹a jamais voulu le reconnaître. Elle a  travaillé jusqu¹au bout avec joie pour servir ces idéaux de Santé et de Paix que son attitude humaniste lui inspirait. Elle n¹a jamais été une militante qui se grisait de mots. Elle voulait être efficace et elle l¹était. Son dévouement sans tapage était sans limites.

Non médecin elle-même, elle a toujours vécu et agi dans un cadre de préoccupations médicales et sociales. Elle y a été sensibilisée dès la guerre. La jeune Ghislaine Driesen se trouvait par hasard à Londres, où elle devint la secrétaire du Dr Marteau,  Ministre de la Santé, qui y préparait le système de sécurité sociale sous lequel nous vivons encore. Elle tomba amoureuse du Dr Vankeerberghen,  héros de la résistance, qui venait d¹échapper aux geôles nazies.  Au cours  d¹un mariage heureux, elle lui donna quatre enfants, dont trois se sont occupés de problèmes liés à la médecine. Après la mort de son mari en 1971, elle a travaillé pour des mouvements de Paix. En 1981, apprenant la création de l¹International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW (Association Médicale Internationale pour la  Prévention de la Guerre Nucléaire), elle prit contact avec le Professeur Maurice Errera qui commençait à mettre sur pied une section belge. Elle devint vite la cheville ouvrière de notre Association Médicale pour la Prévention de la Guerre Nucléaire, l¹AMPGN. Elle fut l¹artisan principal de sa pénétration dans le milieu médical  et de son succès. Bien sûr, elle n¹était pas seule. Une équipe de médecins et de scientifiques se dévouait à la cause. Mais cette équipe s¹est modifiée; elle s¹est même presque entièrement renouvelée. Ghislaine restait le roc, la stabilité et la mémoire du groupe. Elle assurait tout, les finances, les rapports, les relations avec les membres,  la bonne organisation de nos colloques et autres activités, le travail éditorial de notre périodique. Elle réussit la pénétration de celui-ci bien au delà de nos frontières, ce que lui permettait sa parfaite maîtrise de l¹anglais (1). Elle lui apporta de nombreux textes, souvent non signés.

En fait, l¹AMPGN est devenu l¹essentiel de sa vie sans qu¹elle en tire la moindre gloire, ni le moindre sou. Elle y consacrait plus de temps qu¹à ses petits-enfants auxquels elle était pourtant si attachée et dont elle était si fière; elle les utilisait d¹ailleurs sans vergogne comme petites mains pour des tâches ancillaires. Qu¹ils soient assurés ici  non seulement qu¹elle leur en était plus reconnaissante encore qu¹elle ne le leur disait, mais qu¹ils faisaient oeuvre fort utile. Elle n¹avait plus guère de temps pour écouter cette musique classique qui lui était un délassement si nécessaire. Les circonstances inhabituelles de sa mort montrent que, sous une apparente sérénité,  elle vivait intensément pour les siens et tout ce qui leur importait.

On noue d¹habitude ses amitiés au cours de la première moitié de la vie.  Or, je n¹ai rencontré Ghislaine qu¹il y a moins de quinze ans et n¹ai travaillé  étroitement avec elle que depuis une dizaine d¹années. Nous sommes néanmoins devenus, je crois, des amis très proches, partageant nos réflexions, nos états d¹âme, nos espoirs et nos déceptions, nos sympathies et nos refus. Cela a été pour moi un privilège rare de me trouver  ainsi en parfaite harmonie avec elle, esprit libre et équilibré, aux curiosités multiples, indulgente aux faiblesses humaines (qu¹elle partageait si peu) mais n¹acceptant ni mensonge ni hypocrisie, n¹espérant jamais trop, se réjouissant de nos succès  mais prête à recommencer autrement  quelque chose après un échec, sans se lamenter. Je pense qu¹elle m¹avait adopté, comme un nouveau membre  - un peu  incongru sans doute - de sa famille, un peu fou et qu¹il fallait  parfois discipliner, mais dont elle se sentait responsable,  au même titre que les autres. Ma peine, si elle n¹ose pas  se comparer à celle de ses proches,  est, je crois, presque équivalente.

J¹ai dit en commençant, Ghislaine,  que vous étiez une grande Dame. Mais que personne n¹ose dire que vous étiez une vieille  dame. Vous ne l¹avez jamais été et ne le serez jamais dans nos coeurs. Vous avez  commencé à jouer avec des ordinateurs à plus de soixante-dix ans, à l¹âge où tant de gens s¹endorment dans leurs pantoufles. Et vous avez fait l¹effort de maîtriser l¹internet à près de 80. Votre  activité débordante a duré jusqu¹à la dernière semaine où nous avons encore longuement discuté des tâches des prochains jours et plaisanté sur nos états de santé respectifs. Le grand vide que vous laissez ajoute à notre peine, mais témoigne en même temps de l¹importance et de l¹utilité de votre travail.  Nous continuerons votre oeuvre jusqu¹à l¹abolition de cette arme qui menace jusqu¹à l¹existence de toute civilisation. Nous espérons le faire en restant digne de vous. Adieu Ghislaine !
        H. Firket

1.- A l¹intention de nos lecteurs à qui le français n¹est pas familier, elle ajoutait  à chaque numéro de copieux résumés  en anglais des principaux articles.


20ème ANNIVERSAIRE DE
L¹ASSOCIATION MÉDICALE POUR
LA PRÉVENTION DE LA GUERRE NUCLÉAIRE  

A.M.P.G.N (1981-2001)

Cette commémoration aura lieu

le 6 octobre à 10 h. 15  à l¹Auberge de Boondael,

12 square du Vieux Tilleul, 1050   Bruxelles.


Elle sera suivie d¹une réception autour du verre de l¹amitié

Un déjeuner réunira ensuite les personnalités, le membres et les sympathisants, ainsi que leurs conjoints, qui nous feront le plaisir de se joindre à nous  (participation aux frais du déjeuner 1600 frs)

Réponse souhaitée si possible avant le 28 septembre, à la nouvelle adresse de l¹AMPGN 48, avenue des Platanes  4000 Liège

PROGRAMME  

* Hommage à Ghislaine Vankeerberghen

* Petit historique des origines de l¹AMPGN
                   
par Maurice Errera, Prof. honoraire de Radiobiologie (ULB)          et Mme G. Vankeerberghen (+), coordinatrice de l¹AMPGN.

* Prévenir les conflits et la guerre nucléaire par la culture de paix
 
Et si on commençait par nos patients ? La non violence en milieu de soins
   par le Prof. A. Behar, Prof. honoraire de Biophysique,
   Médecin honoraire des Hôpitaux de Paris,
   Président de l¹Association Médicale Française  pour la
   Prévention de la Guerre Nucléaire (AMFPGN)
   et co-président de l¹IPPNW.

* Perspectives pour les actions futures de l¹AMPGN de l¹IPPNW

   par le Prof. H. Firket, Président de l¹AMPGN

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Nous espérons que vous serez nombreux à fête ce anniversaire avec nous. Nous sommes certains que vous voudrez participer à cette rencontre amicale avec tous ceux qui nous ont soutenus et nous aident toujours à poursuivre notre action.

Inscrivez-vous le plus rapidement possible pour faciliter l¹organisation de cette réunion.
Photo de la Dulle Griet de Brueghel (centre)
Margot l¹enragée (Dulle Griet)  de Pieter Brueghel de Oude (Musée Mayer van den Bergh, Anvers)


LES ATTENTATS TERRORISTES AUX USA


Margot l'enragèe de Pierre Breugel 


Au  moment de mettre sous presse, nous ne pouvons pas simplement  poursuivre nos analyses comme si de rien n¹était. Ce qui vient de se produire dépasse l¹imagination des auteurs de films et de romans de science fiction.

Depuis longtemps, nous avons manifesté notre opposition à certains aspects de la politique militaire du gouvernement américain (dont le projet de missiles anti-missiles). Nous ne renions rien. Cela n¹empêche pas de nous sentir, comme tout le monde, profondément bouleversés et émus. Et nous voulons exprimer notre profonde sympathie  aux victimes, à leur familles, et d¹une façon générale au peuple américain tout entier.

Nous approuvons et avons envie de répéter tous les adjectifs ³monstrueux, horrifique, effroyable, terrifiant, etc² que les médias du monde entier déversent à ce propos à longueur de journée.  Mais, au delà de l¹émotion, cela ne nous dispense pas de quelques réflexions plus rationnelles. Nous voudrions insister ici sur quelques commentaires qui n¹ont guère été développées  dans la presse. Il est difficile de le faire à chaud. Aussi nous roterons volontairement schématiques.

1.- Dans les progrès que fait l¹Humanité dans la barbarie, ces actions terroristes constituent une escalade aussi importante que, au XXe siècle, les bombardements de terreur des populations civiles, inaugurées par les Nazis (Guernica, Varsovie) et généralisées ensuite, ou les bombardements nucléaires d Hiroshima et Nagasaki.

2.- Cela démontre, comme nous le répétons depuis des mois avec d¹autres, que le danger, pour les États-Unis, ne réside pas dans d¹improbables fusées nucléaires lancées par un État voyou, et supposées être arrêtées par des missiles anti-missiles, mais dans des attaques terroristes plus sournoises, et dont il est impossible de désigner avec certitude un État responsable. Nous espérons que  le gouvernement américain en tirera les leçons, abandonnera l¹absurde projet de guerre des étoiles et concentrera  ses efforts sur la lutte contre le terrorisme, devant lequel il paraît assez démuni.

3.- Cela démontre aussi l¹extrême fragilité des sociétés démocratiques ouvertes et technologiquement développées. Le risque de voir nos libertés mises en péril par les mesures qu¹on prendra pour éviter la répétition de tels actes n¹est pas mince.

4.- Nous espérons que toutes les nations civilisées s¹uniront pour traquer, arrêter et punir les coupables. Les premiers signes sont encourageants. La Russie, et même des pays qui en portent pas les États-Unis dans leur coeur, comme Cuba, se déclarent prêts à collaborer.

5.- Cependant, nous espérons que cette traque et les légitimes représailles seront menées avec un souci d¹épargner les vies innocentes. Ce n¹est pas parce qu¹il faut poursuivre et punir des criminels, qu¹il est légitime de s¹abaisser à commettre des actes aussi inacceptables que les leurs.

6.- Ces actions sont un signe que les États-Unis, et peut-être le monde occidental tout entier auquel nous appartenons, sont l¹objet d¹une haine féroce de la part de quelques groupes  issus d¹autres cultures et civilisations. Il faut se demander pourquoi.
 Les États-Unis dominent le monde militairement et économiquement. Ils sont si certains de la supériorité de leur modèle économique et culturel qu¹ils veulent, avec arrogance, l¹imposer à tous. De plus, seuls des intérêts égoïstes à court terme  dictent leur politique étrangère et ils se montrent souvent terriblement partiaux  dans des conflits qui les concernent peu.

7.- l¹inévitable mondialisation, si elle est bien conduite, pourrait être bénéfique pour tous. Mais il faut se demander si elle doit nécessairement se faire sur un seul modèle ou si elle en devrait pas être menée en acceptant plusieurs modèles de sociétés.

8.- La paix ne signifie pas seulement l¹absence de combats. Elle demande aussi que les tensions internes et internationales  - inévitables - ne s¹exacerbent pas au point que seule la violence paraisse pouvoir les résoudre. Il faut que ceux qui prétendent diriger la planète  s¹attachent à comprendre sans préjugés tous les autres pays pour éviter cette dérive.

*   *   *   *   *  

Si des erreurs sont commises au cours des semaines  qui viennent, le spectre de la guerre, personnalisée par Margot l¹enragée qui égorge et met le feu à tout le pays, deviendra réalité. Quand vosu lirez ceci, vous en saurez plus sur ce que ce proche avenir nous réserve. L¹histoire s¹écrira. Nous laissons des pages blanches pour les commentaires...


L¹IPPNW  PARLE À L¹OTAN ET AU PARLEMENT EUROPÉEN


Comme les années passées, une délégation de l¹IPPNW, conduite par le Dr Waterston (Grande-Bretagne) a pris contact avec des représentants de l¹OTAN  à Bruxelles le 25 juin dernier. L¹AMPGN ayant fait partie du groupe les fois précédentes, il était normal que nous laissions cette fois la place à d¹autres. La délégation était composée, outre le Dr L. Waterston, du Dr J. Santa Barbara (Canada), du Prof S. Kolesnikov (Russie), du Dr H. Spanjaard (Pays-Bas), de M. Butcher (IPPNW Central office, Boston) et de A. Ware (Nouvelle Zélande).

L¹IPPNW avait pour objectif de  souligner que les gouvernements et l¹OTAN doivent prendre au sérieux les engagements pris à la Conférence de révision du Traité de Non Prolifération en 2000 et notamment les 13 points concrets sur lesquels elle a débouché. Il s¹agissait entre autres de  :
- l¹élimination des territoires européens des bombes B-61  (cf. Kleine Brogel),
- l¹abandon de la stratégie de l¹emploi d¹armes nucléaires  pour répondre à une attaque chimique ou biologique.
On voulait de plus avoir des précisions  sur :
- les relations entre l¹OTAN et l¹OSCE,
- l¹évolution de l¹état d¹alerte maximale des têtes nucléaires, tant américaines que russes (possibilités d¹erreurs d¹interprétation des signaux radar car lancements en  réponse  prévus avant l¹arrivée de missiles ennemis),
- une éventuelle zone dénucléarisée en Europe.

Ces points furent tous soulevés mais ont reçu les réponses standard de l¹OTAN, exprimées souvent dans la plus pure des langues de bois. Il était ³outrageant², dit le rapport du Dr Santa Barbara (Canada), de s¹entendre dire qu¹il n¹y a pas
d¹incompatibilité entre  l¹engagement  à long terme d¹éliminer les armes nucléaires et l¹affirmation insistante qu¹elles sont essentielles à la défense de l¹alliance (contre qui ?) et à sa cohésion. C¹est prendre les gens pour des imbéciles que de vouloir leur faire avaler cela.

On admit tout juste que des progrès sur l¹inventaire et le contrôle des matières fissiles, qui piétine actuellement  à la Conférence du Désarmement à Genève, pourraient être faits selon une suggestion canadienne.

En ce qui concerne l¹état d¹alerte, on répondit que les mesures de sécurité prises  rendent impossible un lancement accidentel de missiles à têtes nucléaires à partir des arsenaux occidentaux (ce qui n¹élimine pas la possibilité de ce genre d¹erreurs dans d¹autres pays,  où  on craint que prévale une certaine désorganisation).

L¹éventualité d¹avancées dans les discussions du  projet START III  (réduction
 importante du nombre de têtes nucléaires), sur la possibilité d¹une zone dénucléarisée en Europe ou sur toute politique alternative de défense furent écartées par les
représentants de l¹OTAN, presque sans justifications. On déclara, par exemple,  que si le nombre d¹armes nucléaires devenait très faible, on serait ³obligé de cibler des villes².

Rien de nouveau n¹apparut (en tout cas aux yeux des Européens) au sujet des relations entre l¹OTAN et la force armée de l¹Union Européenne. Nous en avions déjà parlé ici.  Sur lOEaffiliation de nouveaux pays à l¹OTAN, on  répéta que chacun d¹eux est maître de choisir ses alliances.

N° 75 (II)
Et, bien entendu, ces officiels évoquèrent le système de défense contre les missiles (NMD) dans l¹optique du gouvernement des États-Unis, disant que cela ne réduirait pas les capacités offensives de la Russie ou de la Chine et  ³découragerait² la prolifération nucléaire. Or, nous constatons tous que ces pays n¹acceptent pas ce raisonnement et réagissent en sens contraire.

Ces discussions décevantes en séance  furent suivies de contacts de couloir plus infor-mels, mais  enrichissants. Il était intéressant d¹entendre un fonctionnaire de l¹alliance suggérer des séminaires réunissant l¹OTAN et des ONG pour analyser plus à fond  le problème de la défense anti-missiles. Un autre admit que prétendre qu¹il n¹y a pas d¹incompatibilité entre l¹engagement d¹éliminer les armes nucléaires  et  la stratégie de l¹OTAN qui les considère comme essentielles, c¹est vouloir ³résoudre la quadrature du cercle²; il déclara sans ambages que le mot ³essentiel², appliqué à la capacité nucléaire de l¹OTAN devrait disparaître lors de sa prochaine révision stratégique. Ceci amena la suggestion d¹un contact direct de l¹IPPNW avec Lord Robertson, responsable de ces problèmes.

Une visite à l¹ambassadeur du Canada n¹apporta guère d¹éléments nouveaux. On avait l¹impression que le gouvernement canadien, qui s'était précédemment  avancé dans un sens plus pacifiste sur plusieurs points, devient plus prudent après avoir constaté qu¹il n¹était pas suivi.

L¹atmosphère fut toute différente lors du séminaire  au Parlement européen qui avait été facilité par la travailliste britannique Caroline Lucas. S. Kolesnikov et H. Spanjaard  purent notamment exprimer nos points de vue à la tribune.

En conclusion, il semble qu¹il soit souhaitable qu¹un dialogue entre l¹OTAN et des ONG (dont, bien entendu, l¹IPPNW)  se poursuive et que nos sections, surtout dans les 7 pays européens  (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Grèce, Turquie et Royaume-Uni) qui hébergent sur leur sol des armes nucléaires américaines,  établissent entre elles une meilleure coordination de leurs contacts avec l¹OTAN. On suggérera au Comité de direction de l¹IPPNW qu¹il demande aux sections de ces pays de mettre sur pied, pour suivre efficacement ces problèmes,  un ³working group² qui resterait en contact régulier, soit au moins une fois par mois.

H. F. , d¹après le rapport du Dr J. Santa Barbara.

TABLE RONDE AU SÉNAT FRANçAIS
SUR LES MISSILES ANTI-MISSILES  (10 juillet)


Une table ronde sur le projet américain de missiles de défense anti-missiles (Ballistic Missile Defense, BMD) s¹est déroulée le 10 juillet dernier au Sénat français, en
présence, entre autres,  de M. P. Quilès, Président de la Commission de la Défense Nationale, des ambassadeurs de Russie, d¹Afrique du Sud, d¹Inde et de Chine, ainsi que des  parlementaires français, allemands et britanniques.

Un consensus entre les positions française, russe et chinoise s¹est établi sur les points suivants :
1.- Le futur des traités planifiant le désarmement nucléaire  ne repose pas uniquement sur le maintien du Traité anti-balistique de 1971. Si un seul de ces traités est
unilatéralement  dénoncé, tout le système  s¹écroulera inévitablement.
2.- Le danger le plus grave que constitue le BMD est  la relance probable de la
prolifération nucléaire.

Officiellement, ni la Chine ni l¹Inde n¹ont  l¹intention de modifier leurs programmes nucléaires (mais quelques représentants français ont des doutes à ce sujet).

L¹accord entre les présidents Chirac et  Poutine prenant position contre le BMD pourrait être rejoint par d¹autres pays, dont l¹Afrique du Sud et peut-être la Chine. Plusieurs participants exprimèrent leurs craintes devant le danger de la suprématie technologique américaine.

Avec l¹accord de tous les participants, on proposa d¹établir une coordination entre des membres intéressés de tous les parlements. On les approcherait d¹abord en Europe (y compris en Grande-Bretagne où 245 députés se sont prononcés contre le BMD), puis  à la Douma, au Parlement chinois et au Congrès américain. (1)

D¹autres réunions avec des ONG et les médias sont prévues au Parlement français  au cours de l¹automne.  On évoqua aussi  les manifestations ³Peace in the Sky² prévues partout le 13 octobre, et  qu¹on espère voir bien couvertes par les  médias (ci-dessous ).

1.- Signalons qu¹une initiative indépendante néo-zélandaise (A. Ware), commence à  mettre sur pied un Réseau Parlementaire pour le Désarmement Nucléaire. De nombreux contacts ont déjà été pris. Nous en  reparlerons.

RÉSEAU INTERNATIONAL CONTRE L¹ARMEMENT NUCLÉAIRE
DANS L¹ESPACE
 ³PEACE IN THE SKY² (Paix dans l¹espace)

C¹est un réseau international en formation pour protester contre la nucléarisation de l¹espace. Il compte déjà  de nombreuses sections dans le monde entier.

Une journée consacrée à  ³Peace in the Sky² sera organisée les 12-13 octobre prochain  un peu partout, y compris en Belgique où elle coïncidera avec une des réunions  européennes sous la présidence belge.

Plus de 72 activités sont déjà programmées en  Allemagne, Australie, Autriche, Bangladesh, Canada, Corée du Sud, France, Ghana, Grande-Bretagne, Ile Maurice, Inde, Mexique, Nouvelle-Zélande, Roumanie, Suède et dans plus de 40 états des USA.
Détails au sujet de OEPeace in the Sky¹, dans le site web:  http://www.space4peace.org.


56e ANNIVERSAIRE DE LA TRAGÉDIE D¹HIROSHIMA

ET DE NAGASAKI,  UNIVERSITÉ DE MONS .(4 au 7 août 2001)

Pour une planète totalement débarrassée des armes nucléaires et de leurs moyens de production.

Samedi 4:  La conférence de presse organisée à l¹entrée du SHAPE, à Casteau, a connu un certain succès. Plusieurs journalistes de la presse écrite, de la radio et de la télévision étaient présents. L¹excursion ³Inspection autour du SHAPE² nous a permis de collecter plusieurs informations, notamment sur les nouveaux plans d¹aménagement de l¹abri anti-atomique pour 1700 personnes (coût : env. 8 milliards).

Lundi 5: Après la  cérémonie avec dépôt de fleurs au Parc Hibakusha, le prof. M. Wautelet a fait un exposé sur la politique européenne de défense qui fut fort apprécié.

Mardi 6: Conférence par le prof. Henri Firket  sur la National Missile Defense (NMD).
Ces deux  conférences ont été suivies de débats avec plusieurs interventions  intéressantes des participants, dont celle d¹Alfredo Embid, rédacteur en chef de la revue espagnole ³Medicina holistica².

Les participants pouvaient aussi visiter l¹exposition sur les essais  et la prolifération nucléaires, visionner des films sur ces sujets et prendre part au barbecue de l¹amitié.

Ces journées étaient co-organisées par l¹AMPGN, l¹AEPGN, l¹Association ³R², le  CEAH, La Braise, la LAI, l¹Association pour la  Paix de Cuesmes, le Mouvement hellénique pour la paix de Quaregnon-Mons-Borinage, Abolition 2000  Belgium, le MCP, Vrede,   Forum voor Vrede Actie, CSO, ULDP et  Concertation forestoise pour la Paix et  le Développe-ment.

De plus, LE SOIR du 6 août a imprimé une carte blanche de P. Piérart, intitulée
De Hiroshima  à la guerre des étoiles.
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NOUS AVONS LU


* RÉCIT DES JOURS D¹HIROSHIMA  de Shuntaro Hida
Ed. Quintette - février 2001, pp.64 
Le 6 août 1945, quand la bombe atomique  ³Little boy² fut larguée sur Hiroshima, le Dr Shuntaro Hoda y était. Il avait vingt-huit ans. Il raconte comment, jeune médecin militaire, il a vécu ces jours terribles, son travail auprès des blessés, la découverte du mal des radiations, dont meurent encore aujourd¹hui les ³hibakusha²   (survivants).

Ce court récit est un témoignage historique à lire absolument si l¹on veut se faire une idée des effets du feu nucléaire et comprendre ce que fut cette tragédie. Il faut se souvenir d¹Hiroshima.
 
* EITO   Lampe d¹ombre
de Daniel de Bruycker
Éditions Actes Sud, 2001
Roman d¹un de nos compatriotes qui s¹est fort bien documenté. Le texte est présenté comme l¹autobiographie, retrouvée récemment,  d¹un nommé Eito,  victime de la bombe d¹Hiroshima, pendant les quelques semaines qui ont suivi la catastrophe.  Même les lecteurs non engagés dans notre lutte pacifiste se disent ³ pris² par ce récit hallucinant.


LES MAIRES AMERICAINS DEMANDENT L¹ÉLIMINATION DES ARMES NUCLÉAIRES plutôt  qu¹un bouclier anti-missiles

Le ton général de nos précédents numéros pourrait sembler avoir une connotation systématiquement anti-américaine. Il n¹en est rien. Ce que nous critiquons, c¹est la politique militaire actuelle du gouvernement des Etats-Unis. Ce n¹est pas le rôle de l¹IPPNW ou de ses composantes de porter un jugement sur d¹autres problèmes de politique intérieure (quels que soient nos avis individuels). Sur la question de la défense anti-missiles, nous sommes d¹ailleurs en phase avec une majorité de l¹opinion publique américaine. Un  très sérieux  sondage vient d¹indiquer que 30  % seulement de la population  des USA l¹ approuvent. Sur 42 éditoriaux récents de grands journaux sur ce projet, 8 le soutiennent, 30 y sont opposés, et 4 ne se prononcent pas.

Voici d¹ailleurs un résumé de la motion votée à Detroit, le 25 juin, par plus de 300 maires de grandes villes, à la Convention des maires américains, devant laquelle le Président Bush allait  prendre la parole.

Avant cette réunion, les maires des principales villes américaines avaient publié une déclaration appelant le Président à ³réduire, puis à éliminer les armes nucléaires  le plus vite possible² et à ²prendre l¹engagement ferme de promouvoir l¹élimination des armes nucléaires de toute la planète². Juste avant l¹arrivée du Président, lors de la séance plénière de la Conférence, l¹assemblée réaffirma son engagement en faveur de l¹élimination des armes nucléaires.

L¹intérêt des maires pour la politique nucléaire est significatif face aux propositions de l¹administration Bush de réduire les arsenaux nucléaires, de procéder à une révision de la politique nucléaire, tout en gardant une attitude rappelant la guerre froide. Les maires sont très préoccupés par les deux menaces nucléaires  les plus  plausibles à leurs yeux  contre les U.S.A., et surtout contre les villes américaines. Ce sont  soit une attaque terroriste, soit une attaque lancée accidentellement par les Russes.

³La possibilité d¹une attaque terroriste par bateau, voiture piégée ou tout autre moyen ne serait en rien réduite par la Ballistic Missile Defense proposée par l¹administration Bush. Un lancement accidentel - à ne pas écarter, vu la détérioration des systèmes russes de première alerte qui pourraient confondre une fusée météo ou un météore avec un missile balistique -  déclenchant une frappe de représailles, ne peut être évité même en maintenant les arsenaux nucléaires américains à leur niveau actuel....La seule prévention efficace est un désarmement nucléaire et l¹élimination des matériaux fissiles, qui pourraient tomber entre les mains de terroristes.²

Les maires citent des experts de la sécurité nucléaire, tel l'ambassadeur R. Butler, ancien chef de l'inspection du désarmement de l'Irak, pour qui l'élimination contrôlée des armes nucléaires est la seule sauvegarde contre le danger menaçant les villes américaines.

"Le maintien de la production de matières fissiles par les états nucléaires accroît la possibilité pour des groupes terroristes de se procurer l'arme atomique....Nous croyons qu'il est de notre responsabilité de faire cette déclaration. Si l'arme nucléaire est à nouveau employée, il est presque certain qu'une ou plusieurs de nos villes seront prises comme cibles et que leurs habitants, dont nous sommes les représentants, en seront les victimes."                  (traduit par Gh. Vankeerberghen)


CONTRÔLE DU COMMERCE ILLICITE DES ARMES LÉGÈRES

 ET DE PETIT CALIBRE  (ONU, 9-20.juillet)
Discours du Ministre Michel
H. Firket

Contrairement aux guerres du passé, les  conflits actuels ne comportent plus de larges déploiements de forces qui s'affrontent en  batailles rangées, mais sont caractérisés le plus souvent par des attaques de petits groupes légèrement armés et se déplaçant facilement, qui  harcèlent des forces gouvernementales. Même si celles-ci ont de
l¹armement lourd, elles ne peuvent guère l¹utiliser efficacement. Les deux parties utilisent plutôt des armes de petits calibres, fusils, mitraillettes, pistolets ou  mortiers et lance-roquettes, portables par un ou deux hommes; ils  font aussi grand usage de mines.  Ce sont en grande majorité des civils, surtout des femmes, des enfants, et des vieillards qui  font les frais  de ces combats (1) .
 
Ces armes sont surtout utilisées dans des pays en voie de développement, mais
presque toujours fabriquées dans des pays industrialisés (USA, Europe, Russie, Chine, etc), qui se disputent ainsi de juteux marchés d¹exportation et qui ne se soucient guère des mains dans lesquelles ces armes  tombent  finalement, à la suite de cascades  de transactions obscures.
 
Mme G. Werbrouck a déjà évoqué plusieurs fois ce sujet  dans nos colonnes (2). La Belgique a depuis plusieurs années une position internationale en pointe dans ce domaine grâce aux efforts du Dr Reginald Moreels, CVP atypique, ex-Médecin sans Frontières, qui fut un Secrétaire d¹État au Développement  original .

Sous la pression de nombreuses organisations d¹aide aux régions ravagées par la guerre, et après deux ans de préparation au cours de laquelle l¹expertise de membres du staff de l¹IPPNW fut précieuse,  l¹ONU a organisé à New York une Conférence générale du 9 au 20 juillet dernier.  Le thème était la lutte contre ³le commerce illicite des armes légères et de petit calibre² et l¹objectif  de dégager un consensus sur des règles internationales  à ce propos.
 
Dans son discours d'ouverture, le Secrétaire Général, Koffie Annan, précisa l¹étendue du problème. Il y a dans le monde largement  plus de 500 millions d¹armes légères (certains parlent de 8 à 900 millions), soit une pour sept à dix habitants. Elles sont responsables des 9/10 des victimes des conflits actuels.  Au cours de la dernière décennie seule, ces armes "légères" ont fait, en situation de guerre, 250 à 300 000 victimes par an. Dans certaines régions pauvres du monde, ce sont les produits manufacturés les plus accessibles : une mitraillette kalachnikov, par exemple,  se vend quelques dollars au centre de l'Afrique.

Pour la première fois dans une conférence internationale officielle, il avait été convenu d'entendre largement les "représentants de la société civile", ce qui était en principe de bon augure. Cependant, l¹American Rifle Association, le puissant lobby qui veut empêcher toute limitation du droit des citoyens américains de se doter d'armes personnelles,  réussit à occuper  à lui seul près d'un tiers du temps prévu pour ces interventions.
 
Monsieur Louis Michel, Ministre belge des Affaires étrangères, était chargé de présenter la position commune de l'Union européenne. Il était réconfortant d'entendre pour une fois l'Union parler d'une seule voix. Dans un important  discours, M. Michel rappela d'abord les mesures déjà prises par l'Union européenne dans ce domaine :  programme contre le trafic illicite des armes conventionnelles (1997) , code de conduite européen en matière d¹exportation d¹armes (1998), action commune pour combattre l'accumulation déstabilisatrice des armes légères (1998), etc. L'Union pense maintenant qu'Il faut adopter une attitude plus systématique et  engager une action continue à long terme exigeant l¹appui de tous.

Le Ministre présenta un programme complet,  concret, portant sur les points suivants :
1) Principes régissant les exportations et  leur contrôle.   Il faut définir ces principes et créer  dans chaque pays exportateur une structure administrative chargée de les appliquer.
2) Instrument efficace pour le marquage et le traçage.  Ce ³marquage adéquat, permanent et ineffaçable est un élément essentiel² pour permettre une action efficace des autorités nationales de contrôle du sort ultérieur de leurs exportations.
3) Contrôle du courtage.  Nécessaire à la supervision des intermédiaires et à la lutte contre les relations éventuelles avec d¹autres commerces illicites.
4) Une gestion des stocks et des surplus  est requise pour permettre un contrôle efficace  des surplus et leur destruction.
5) Désarmement, démobilisation et réintégration des ex-combattants.  Mesures sociales indispensables pour éviter la reprise d¹opérations de guerre et assurer la permanence de la paix, une fois rétablie.
6) Assistance pour la mise en oeuvre des mesures adoptées  et suivi de la Conférence.  Pour assurer l'efficacité de toute action à long terme, le Ministre propose une seconde conférence dans 5 ans (2006) en vue d¹examiner la mise en oeuvre du programme d¹action sur lequel on se serait mis d¹accord et de le compléter ou de le corriger, si besoin est.

C¹était excellent, presque trop ambitieux. L'Europe eut le soutien du Canada, mais les lobbies de fabricants d'armes et l'American Rifle Association s'opposèrent farouchement à toute réglementation trop précise. Ce dernier groupement prétendait craindre qu'un droit imprescriptible des citoyens américains était menacé (ce qui était faux, car seul le commerce international était en question). Ils jouaient le jeu du gouvernement des États-Unis, fidèle à sa politique de refuser toute limitation internationale de sa liberté d'action dans quel que domaine que ce soit. La Russie et la Chine, également exportatrices importantes, gardèrent un profil bas, ce qui servit, en fait,  la position américaine. Et plusieurs pays en développement, impliqués dans des conflits, s'opposaient à toute réglementation qui risquait de brimer leur approvisionnement.

Les États-Unis furent cependant isolés sur plusieurs points, sur la limitation de livraison d'armes à des acteurs non gouvernementaux (ils pensaient aux rebelles qu'ils soutiennent  au Sud Soudan, région qui sent terriblement le pétrole) ou sur le problème des enfants-soldats. Ils ne cédèrent pas, bien que ces attitudes négatives risquent de se retourner contre leurs propres intérêts dans d'autres circonstances.

On ne se mit d'accord que sur "le plus petit commun dénominateur" dans la nuit du 20 au 21 juillet.  Aucune conclusion contraignante ne put être adoptée, ce qui eût exigé l'unanimité.  On se contenta de voeux pieux.  Tout contrôle international des armes légères et de petit calibre est ainsi reporté aux calendes.  Michel Rocard, un des promoteurs de cette conférence déclara, désabusé,  ³Ce sera impossible avant bien longtemps.²   et Amnesty International  parla d¹échec majeur  .

Cependant, les ONG et tout particulièrement l¹IPPNW, ne veulent pas perdre courage. Il faut maintenant alerter l¹opinion publique en liant le problème de ces exportations illicites à celui de la violence au quotidien, à laquelle une fraction croissante du public américain devient  sensible.
H.Firket

1.- H. Firket. Wars of the Nineties,  dans Medicine, War and Survival , vol. 17  (sous presse).
2.- Voir les Newsletters  n°  70 et 73.  Madame  G. Werbrouck est actuellement indisponible.

Armes légères : dernières nouvelles
 Les branches belges francophone et néerlandophone  du RAIAL/Ialana organisent une  Conférence internationale le 5 octobre 2001, de 9h à 17h30, au Palais d¹Egmont.
Thème de cette conférence: "Prolifération des armes légères. Quelles politiques européennes après la conférence des Nations-Unies?"

La conférence sera suivie d'une journée de travail entre ONG le samedi 6 octobre.
Parmi les sujets au programme:
* Les armes légères et leur impact humanitaire et sur le développement;
*Le contrôle des courtiers et de leurs activités;
*La destruction des stocks d'armes légères excédentaires;
*L'UE et l'élaboration d'une convention internationale pour la traçabilité   des armes légères;
*Le code de conduite européen sur les exportations d'armes: bilan après trois années d'entrée en vigueur;
*Vers des normes internationales pour les exportations d'armes par M. Oscar Arias, Prix Nobel de la Paix 1987;
*Allocution de clôture par  M. Louis Michel, Ministre belge des Affaires étrangères.

Pour plus d'information: Groupe de travail "Conférence de Bruxelles", GRIP  tél
02/ 240.11.50 ou m.wery@grip.org.


RÉSEAU MONDIAL DE PROLIFÉRATION D'ARMES NUCLÉAIRES

P. Piérart

Pour rappel, des  armes nucléaires ont d¹abord été produites aux Etats-Unis (1945),  puis en Union Soviétique (1949), en Grande-Bretagne (1954), en France (1960) et en Chine (1964).  Israël et l'Afrique du Sud  suivirent  (ce  pays a démantelé ses 6 bombes dès  l'abolition de l'apartheid), et plus récemment l'Inde et le Pakistan.

Aujourd'hui, plus de 20 pays disposent de la "bombe"  ou des moyens de la produire rapidement.  Des accords secrets et des alliances parfois paradoxales (Israël et Afrique du Sud, URSS et Iran) ont créé un vaste réseau de dissémination des techniques
nucléaires permettant à ces pays d'accéder à la fabrication de cette arme.

Israël, détenteur de l'arme nucléaire depuis le début des années 60, a bombardé  en juin 1981 (heureusement à coups de bombes conventionnelles !) la centrale atomique irakienne de Tamouz, fournie par la France en 1975.  Des avions irakiens, parfois pilotés par des Français (?),  bombardèrent en 1981 la centrale nucléaire de Busher, fournie à l'Iran par les Allemands.

La France et l'Allemagne se sont spécialisées dans la fourniture, clef sur porte, d'usines d'enrichissement de l'uranium et de retraitement des combustibles nucléaires usagés, pour en retirer le plutonium. Ce plutonium peut servir à la préparation du combustible MOX, mais plus facilement encore devenir l'explosif fissile de bombes atomiques.  Même la Belgique et les Pays-Bas ont trempé dans ce genre d'opérations, pourtant contraires au Traité de Non Prolifération (TNP).

Le problème est très complexe. Nous renvoyons au Tableau sur le « Réseau de la Prolifération du Nucléaire militaire »  du livre de Dominique Lorentz  Affaires Atomiques .
Ce livre avait été refusé par trois éditeurs  français.  Il a fallu créer les éditions «Les Arènes»  pour le publier cette année (2001).  ³C'est un coup de pistolet dans un salon², a écrit Alexandre Adler,  rédacteur du Courrier International. Tout le réseau de la Prolifération du nucléaire militaire y est minutieusement dévoilé.  La France et l'Allemagne, avec feu vert américain  (sous forme de licences d'exploitation) fournissaient les usines à des pays comme Israël, l'Afrique du Sud, l'Egypte, l'Irak, le Pakistan, l'Iran, l'Argentine, le Brésil...

Des coopérations surprenantes sont dévoilées.  En plus de celles citées plus haut, on peut mentionner l'Iran et le Pakistan,  l'Inde et Israël,  la Chine et le Pakistan, etc.

L'AIEA (agence atomique internationale) a créé, en 1974, le comité Zangger chargé de dresser une liste des équipements et de matériels dont la fourniture devrait automatiquement déclencher son contrôle. En 1975, les États-Unis et 6 autres pays ont fondé le club de Londres pour renforcer l'action du comité Zangger. Les mesures de surveillance portaient principalement sur l'équipement industriel pour la séparation isotopique de l'uranium, les matériaux fissiles, l'équipement pour la construction des systèmes à implosion et l'appareillage destiné à étudier les tests nucléaires.



RÉSEAU INTERNATIONAL ABOLITION 2000 POUR     L'ÉLIMINATION DES ARMES NUCLÉAIRES

P. Piérart  

Tout n'est pas noir dans le monde. Sans vouloir être manichéen, on doit constater que, en face de ceux que seuls guident le goût du pouvoir et de l'argent,  mille bonnes volontés s'organisent. Il ne suffit pas  d'affirmer un désir de Paix. Il faut entrer dans les détails  et , sans relâche,  lutter pour que les choses évoluent dans le bon sens malgré une résistance  de plus en plus forte des milieux qui voient leur influence, et même leurs activités quotidiennes, menacées par les mouvements pacifistes.  Voici un petit historique du Réseau  International  Abolition 2000 et ses projets pour l'avenir.  

Le réseau international ABOLITION 2000 a été lancé en avril 1995 pour tenter d'obtenir, dès l'an 2000, une convention internationale programmant l'abolition des armes nucléaires. Il s'agissait de coordonner les nombreux groupes s'adressant à des publics restreints, comme l'IPPNW, l'IALANA ou l'INES, par exemple, qui rassemblent respectivement des médecins, des  juristes et des scientifiques, et de créer une assise plus populaire et plus large que ceux-ci ne peuvent fournir.

Les coordinateurs du réseau se donnaient comme objectif l'application rigoureuse du Traité de Non Prolifération (TNP). Cinq ans après la fin de la guerre froide, les fondateurs espéraient pouvoir atteindre ce but. C'était malheureusement méconnaître et sous-estimer la puissance du lobby militaro-industriel.

Les recommandations  faites en avril 1997 aux délégations de la réunion du Comité préparatoire de la Conférence de révision du TNP et qui serviront de plate-forme pour ABOLITION 2000 étaient les suivantes:
 1) Commencer  en 1997 des négociations pour une Convention d'élimination des armes nucléaires, en application de la résolution 51/45M de l'Assemblée Générale des Nations Unies.
 2) Exécuter rapidement des mesures de réduction de la menace nucléaire conformément aux propositions de la Commission de Canberra (mise hors-alerte des lanceurs, retrait des têtes nucléaires des lanceurs, arrêt du déploiement des armes nucléaires, arrêt des essais nucléaires, négociations pour la réduction des arsenaux nucléaires (START I, START II,...).
 3) Retrait de toutes les armes nucléaires déployées dans des pays étrangers ou  les eaux internationales par les puissances nucléaires, en conformité avec les articles 1 et 2 du Traité de Non Prolifération.
 4) Arrêt des essais sub-critiques, fermeture des sites d'essais d'explosions atomiques et assainissement de ces derniers en accord avec les populations locales.
 5) Arrêt et annulation de la fabrication et du déploiement de nouveaux types d'armes nucléaires.
 6) Annulation des nouvelles infrastructures de simulation des essais nucléaires (ordinateurs spécifiques, laser  Mégajoule, etc...).
 7) Création d'une Agence Internationale pour promouvoir l'Utilisation Rationnelle de l'Énergie et  moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires et sur le transfert des technologies nucléaires non  médicales.
 8) Négociations pour interdire le retraitement des combustibles nucléaires usagés et la production de matériel fissile à usage militaire.
 9) Élargissement des zones dénucléarisées dans l'hémisphère Sud et création de zones analogues dans l'hémisphère Nord..
 10) Création d'un groupe international permanent de désarmement nucléaire.
 11) Implication efficace des organisations non gouvernementales dans les négociations de révision de Traité de Non Prolifération.

ABOLITION 2000 réunit aujourd'hui plus de 2000 associations dont 70 en Belgique.

Une pétition, lancée par le réseau international pour l'abolition de l'arme nucléaire, pour l'arrêt des essais en laboratoire et pour répondre aux besoins sociaux,  circule dans le monde depuis 1999. Elle a déjà recueilli plusieurs millions de signatures dont environ 10.000 dans notre pays. Ces pétitions sont régulièrement présentées à l'Assemblée Générale des Nations Unies et à d'autres instances internationales de désarmement et de paix.

ABOLITION 2000 a décidé de poursuivre cette campagne d'éradication de l'arme nucléaire au XXIe siècle en coordination avec les conférences de révision du TNP.  Elle a mis sur pied, au cours de la réunion de l'Assemblée des Citoyens du Monde pour l'élimination des armes nucléaires, tenue à Nagasaki du 17 au 20 novembre 2000,  différents groupes de travail dont les thèmes sont les suivants:
1.  Établissement d'une convention sur les armes nucléaires.
2.  Refus du concept de dissuasion nucléaire.
3.  Zones dénucléarisées et parapluies nucléaires.
4.  Dénonciation des laboratoires d'essais sub-critiques.
5.  Refus des  missiles balistiques et la nucléarisation de l'espace
6.  Rôle des Organisations Non-Gouvernementales (ONG) dans le désarmement
7.  Forum des Hibakusha et victimes des essais nucléaires
8.  Forum des femmes
9.  Forum des jeunes
10.Éducation à la paix et Culture de paix dans les écoles et les universités


La section belge, ABOLITION 2000 Belgium, regroupant Flamands et Francophones, souhaite que les écoles et les universités développent des programmes d'éducation à la paix afin de prémunir les générations futures contre la logique de guerre, toujours très vivace, parfois de façon indirecte, dans la culture qu'on transmet  aux jeunes  (glorification des chefs de guerres, des tueries "héroïques" du passé et des attitudes nationalistes). Elle  prépare des programmes pédagogiques dans ce sens.

L'idée reçue "Si vis pacem, para bellum"  voit sa pertinence démentie depuis longtemps par l'Histoire, qui constate au contraire que "Si para bellum, non habebis pacem", c'est-à-dire "Si tu prépares la guerre, tu n'aura pas la paix². Il faut la remplacer par :  "Si tu veux la paix, prépare la paix".        

                              

NOUVELLES BRÈVES

Réduction du nombre des têtes nucléaires
Du Géneral George Lee Butler à propos de la proposition du Président Bush de réduire le nombre de têtes nucléaires à  1500-2000 : ³Number is not the issue, but the policy².
Tant que les armes nucléaires seront considérées comme un composant essentiel de la panoplie militaire, leur nombre ne changera pas la façon de raisonner la stratégie.

Cynique aveu
Le publiciste américain, P.R. Loeb, donnait il y a quelques mois une conférence à des ingénieurs de la division missiles de Lockheed-Martin sur le désenchantement que développaient les étudiants engagés dans l¹industrie. Il avait suggéré à ces cadres de se demander si leurs activités étaient réellement utiles à la nation.


On lui répondit  : ³Soyons réalistes. Nous savons tous que si quelqu¹un veut attaquer l¹Amérique, cette bombe viendra dans une valise, une voiture, un camion ou un bateau. Elle ne viendra pas par un missile parce que vous pourriez déterminer d¹où il vient et exercer des représailles. Nous  ne poussons nos programmes que parce qu¹ils font de l¹argent. Nous nous moquons de savoir s¹ils fonctionneront jamais ou même s¹ils seraient d¹une quelconque utilité. Nous cherchons à ce que la pluie de dollars tombe de notre côté.²
(publié dans le Christian Science Monitor du 25 juillet 2001).

Du Général Eisenhower, à méditer
"Every gun that is made, every warship launched, every rocket fired, signifies in the final sense, a theft from those who hunger and are not fed, those who are cold and are not clothed." C'est-à-dire : "Chaque canon fabriqué, chaque bateau de guerre mis à l'eau, chaque fusée lancée, sont en dernière analyse volés à ceux dont la faim n'est pas apaisée, à ceux qui n¹ont pas de vêtements pour lutter contre le froid."

Ballistic Missile Defense System, BMD (suite, et non fin)
Ce grand projet de l¹administration Bush avance, non sans difficultés et critiques.

L¹essai du 14 juillet était réussi, mais ses conditions biaisées ont été largement dénoncées. La fusée expérimentale défensive pouvait facilement distinguer le missile ³ennemi² de son unique leurre, car lui seul émettait un rayonnement identifiable. Les critiques soulignaient qu¹il y aurait certainement plusieurs leurres dans des situations de guerre et que les essais expérimentaux, nécessairement programmés, ne pourraient jamais imiter celles-ci de manière crédible.

Les budgets sont serrés à cause de la récession et du substantiel allégement d¹impôts récemment voté. Le financement va poser problème. Non seulement le nouveau président de la Commission du budget (démocrate) compte exiger de l¹administration la justification de toutes les  propositions de dépenses et d¹économies demandées et a exprimé son scepticisme sur le BMD, mais D. Rumsford, Secrétaire à la défense suscite l¹irritation de généraux responsables d¹autres armes car il veut sabrer dans leurs budgets pour payer celui de la défense anti-missiles. Néanmoins, il en a nommé  un ferme partisan comme nouveau chef d¹État-Major général (à faire confirmer par le Congrès).

A Moscou, le sous-secrétaire d¹État J. Bolton exige des Russes un accord sur la révision du Traité ABM interdisant une guerre de missiles dans l¹espace. Si un terrain d¹entente n¹est pas trouvé lors de la réunion prévue en novembre, notamment sur une réduction du nombre de têtes nucléaires en échange d¹une modification du traité ABM, les USA, déclare-t-il ³pourraient user de leur droit , inscrit dans le traité, de s¹en retirer.²²
D'après  Le Monde du 24 août, et autres sources)            

UNE RÉVOLUTION OUBLIÉE
La naissance la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

G. Werbrouck

Qui s'en souvient encore? La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme fut le résultat de discussions longues et acharnées, menées par une poignée d'idéalistes horrifiés par les débordements d'une guerre sans merci.  Parmi ceux-ci, Eleonor Roosevelt, veuve modeste d'un grand président, joua un rôle essentiel : sans elle, sans sa détermination, sans sa tranquille influence, seuls quelques rares pays eussent sans doute accepté de signer un document aussi révolutionnaire pour l'époque.

L'élaboration et l'acceptation par les gouvernements d'un tel document,  dans un climat empoisonné par les débuts de la guerre froide, représente peut-être l'acquis le plus important  du XXème siècle pour l'ensemble de l'humanité. Dans les années 1947-48, il s'inspirait d'une toute nouvelle conception des problèmes philosophiques, sociaux, religieux, légaux et politiques. Comme l¹a bien dit Javier Perez de Cuellar: "C'est la première fois en effet que la communauté tout entière a accepté de voir dans la protection et la promotion des droits de l'homme une obligation permanente".

Lorsque, en janvier 1946, E. Roosevelt embarqua sur le Queen Mary à destination de l'Europe en tant que membre d'une importante délégation américaine comprenant, entre autres, John Foster Dulles, James F. Byrnes, Secrétaire d'État, et Ralph Bunche,  pour assister à la première session de l'Assemblée Générale de l'ONU à Londres, personne ne prenait cette respectable dame très au sérieux. Après tout, elle n'avait pas d¹expérience politique ou diplomatique importante aux yeux des grandes pointures de la politique internationale. Ces messieurs s'aperçurent rapidement que sa dignité, son intelligence des matières en discussion, sa courtoisie et, lorsque nécessaire, sa grande fermeté pouvaient faire plier les adversaires les plus redoutables. Un journaliste qui l'a longuement côtoyée rapporte qu'un jour où Andrei Vichinsky en un discours interminable comme toujours contestait, au nom de la sauvegarde des gouvernements en place, le destin des réfugiés de guerre, Mme Roosevelt prit son ton le plus maternel pour lui faire remarquer que "les Nations Unies se doivent de défendre des idées qui ont trait en premier lieu aux droits de l'homme en général et à son droit à plus de liberté en particulier. Droits de l'homme, M. Vichinsky, pas droits des gouvernements." Celui-ci, rouge de rage ou de frustration, en perdit pour une fois la parole.

La Charte des Nations Unies, votée à San Francisco en 1945, faisait de nombreuses références aux droits des hommes mais interdisait cependant toute ingérence "dans les domaines relevant essentiellement de la juridiction des États". C'est pourquoi on mit rapidement sur pied une Commission des nations Unies pour les Droits de l'Homme, organe subsidiaire du Conseil économique et social. Sa mission principale serait la définition d'un droit universel. Cette commission comprenait 18 personnes appartenant à des cultures, des philosophies et des systèmes économiques et juridiques différents. Elle se réunit pour la première fois en 1946 et élit Mme Roosevelt comme présidente. La tâche s'avéra ardue et complexe dès les premiers pourparlers.  Afin de couper court aux discussions philosophiques, aussi oiseuses que  passionnées, menées par ses collègues, la Présidente invita, aux tous premiers jours de 1947, quelques uns d'entre eux à discuter en petit comité autour d'une tasse de thé "anglais" dans ses appartements privés de Washington Square.

John Humphrey, professeur de droit et chef du département Droits de l'Homme des Nations Unies, se chargea de rédiger un premier brouillon de la charte. Cet homme de devoir avait perdu un bras suite à un accident au cours de son enfance et avait donc été exclu du service armé. Il était d'autant plus déterminé à promouvoir la recherche de la paix et de l'entente entre les peuples.

Plus jeune  que ces deux prestigieux collègues, Charles Malik, quadragénaire, homme d'état libanais d'origine grecque, de religion orthodoxe et spécialiste de philosophie thomiste, s'impliqua avec fougue non seulement dans la rédaction du texte mais encore dans la recherche de sa reconnaissance. Cet intellectuel infatigable, plongé dans les dédales de la crise palestinienne, et dont l'allure de prophète de l'Ancien Testament imposait le respect, posait avec constance les questions fondamentales: "Qu'est ce que le droit, qu'est-ce que l'homme? Un objet social, un animal plus ou moins évolué, un sujet purement économique?"

Enfin, quatrième locomotive du projet, le Chinois Peng Chun Chang s'efforça sans relâche de donner aux discussions le caractère d'universalité indispensable.  Il  avait bénéficié d'une bourse d'études et obtenu un doctorat en philosophie de l'université de Columbia en 1921. Disciple de Mao, écrivain, critique littéraire de renom, titulaire d'une chaire à l'université de Nankin, il avait fui son pays en 1937 après l'invasion japonaise. Depuis, il parcourait le monde en tant que diplomate afin de faire connaître et de promouvoir la culture chinoise. Tandis que Malik estimait que la Déclaration devait prendre son ancrage dans la conception communément reconnue des droits dits "naturels", Chang défendait la thèse des cultures nationales.  D'après lui, chaque entité culturelle devait pouvoir interpréter à sa manière la philosophie de base sous-tendue par la notion " respect des droits de l'homme". Les discussions entre ces deux fortes personnalités contribuèrent notablement à améliorer sans cesse la formulation et l'équilibre du texte.  

Durant les quatre mois suivants, Humphrey et son équipe dépouillèrent scrupuleusement tous les documents disponibles traitant du sujet, tant officiels qu'officieux. Il travailla à la mise au point d'un texte de base de 400 pages environ, faisant une synthèse des idées et principes concernant les libertés et les droits de l'homme ayant cours à l'époque, notamment à partir de constitutions et autres documents d'ordre juridique. Ce rapport était aussi intéressant qu'indigeste. Mme Roosevelt, qui était une femme pleine de bon sens, insista pour que soit rédigé un texte simple, lisible par le commun des mortels, et suffisamment général pour que toutes les nations et toutes les cultures puissent finalement l'adopter et y trouver leur compte.

Cette tâche fut confiée à René Cassin. Vétéran de la guerre 14-18, qui avait fui la France occupée à l'appel du général De Gaulle et dont il était devenu le principal conseiller en matière légale. Nommé président du Conseil d'État en 1947, il fut récompensé pour ses travaux sur les droits de l'homme par l'attribution du Prix Nobel de la Paix en 1968. A partir du rapport  Humphrey, il rédigea un texte court et concis, sur base de deux principes fondamentaux : le droit de chaque être humain au même traitement que tout autre être humain et l'homogénéité de toutes les races et peuples confondus, principes largement bafoués au cours de la guerre qui venait de prendre fin. Une des oppositions avait porté sur la primauté à donner aux Droits de l'homme tels que définis à la fin du XVIIIe siècle dans les textes célèbres de la Constitution des États-Unis de la Déclaration votée à la Convention française,  mis en exergue par les pays de tradition occidentale et les droits sociaux (salaire, travail, sécurité sociale, etc) sur lesquels insistait le monde soviétique. On finit par combiner les deux objectifs.

Mme Roosevelt fut chargée de présenter le projet terminé à la Commission des affaires sociales de l'Assemblée Générale, siégeant au Palais de Chaillot au cours de l'année 1948. Elle le fit très sobrement en insistant sur la nécessité de principes "amenant à la reconnaissance d'une norme à atteindre par tous les peuples et toutes les nations", sans qu'il soit nécessaire de rechercher un strict degré de perfection. Pour donner à tous les membres l'occasion de s'associer à l'élaboration d'un document aussi essentiel que cette Déclaration, Charles Malik, président de la Commission, attribua un temps de parole à chacun d'eux. Cette troisième commission consacra plus de 80 séances à l'examen et à la révision du document, article par article, votant sur 170 amendements et  propositions de modifications du texte. Le travail fut complété à une heure du matin le 7 décembre 1948. Des 30 articles proposés par la Déclaration, 23 furent adoptés à l'unanimité. Huit pays, sur les 58 membres des Nations Unies à l'époque, s'abstinrent : l'Arabie Saoudite qui contestait, entre autres, les droits égaux des conjoints mariés, l'Afrique du Sud qui, alors adepte de l'apartheid, contestait sans nuances le principe d'égalité et de non discrimination, et les pays du bloc de l'Est hostiles à la possibilité de non respect de la souveraineté des États.

En quittant les lieux au petit matin de ce vote historique, Mme Roosevelt se faisait, comme elle l'écrivit plus tard, "peu d'illusions sur la manière dont les gouvernements veilleraient à l'application de cette simple déclaration de droits, sans obligation légale". La question reste posée cinquante ans plus tard.

L'adoption de la Déclaration Universelle de Droits de l'Homme est également à l'origine d'un développement que Mme Roosevelt et ses collègues n'avaient pas prévu mais dont ils se seraient certainement réjouis,  la multiplication des organisations non gouvernementales soucieuses de dénoncer dans le monde entier toutes atteintes au respect des droits humains fondamentaux. Ce sont elles qui, en dénonçant la torture, les enfants-soldats, la pédophilie, les mines anti-personnel, le déni de la liberté de pensée et autres font bouger les consciences et les gouvernements et instruire les procès. A un moment critique de notre histoire, Eleonor Roosevelt et sa petite équipe ont, sans tambour ni trompette, profondément révolutionné les mentalités dans le monde entier. La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a, au cours des années, pris un poids incontesté dans les affaires des hommes et des États. Elle est le premier volet de la Charte internationale des Droits de l'Homme qui comprend en outre le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, l'un et l'autre adoptés par l'Assemblée Générale en 1966 et entrés en vigueur dix ans plus tard. Ces documents reconnaissent et définissent plus en détail les droits énoncés dans la Déclaration et traitent d'un certain nombre d'autres droits.

Pour Javier Perez de Cuellar, l'adoption de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme est un événement historique "qui marque une étape dans l'évolution et la vie de la civilisation du monde. C'est la première fois en effet que la communauté tout entière a accepté de voir dans la protection et la promotion des droits de l'homme une obligation permanente". Espérons qu'un jour cette "communauté tout entière" y voie également une obligation légale impérative et sans exceptions.


LE CAS MORDECHAI VANUNU

P. Piérart

Nous avons mentionné Mordechai Vanunu dans notre numéro 74, son cas ayant été pris en charge par Amnesty International. Voici un exposé plus complet de son calvaire.

Né le 13 octobre 1954 dans une famille juive marocaine qui émigra en Israël en 1963. Mordechai Vanunu  fut engagé à 22 ans comme technicien à la centrale nucléaire de Dimona, construite au début des années 60 dans le désert du Negev, sous l'impulsion de Ben Gourion. Il y travaillera jusqu'en 1985 dans l'unité Machon 2, chargée du retraitement du combustible nucléaire usagé en vue de séparer le plutonium par le tributylphosphate. Selon le professeur Barnaby, qui interrogea Vanunu lui-même, la production de Plutonium devait atteindre 40 Kg par an sous forme de sphères métalliques de 4 Kg.

Précédemment, Vanunu s¹était consacré à l'étude de la philosophie et avait  fréquenté les milieux progressistes et palestiniens de l'université Ben Gourion de Beersheba; il fut notamment le porte-parole des étudiants à l'occasion d'un congrès à Paris. Bien qu'il ait été surveillé par le Shin Bet, les cadres de la centrale de Dimona ne semblent pas en avoir été avertis et, satisfaits de son travail, lui permettront de suivre des cours de perfectionnement en chimie et en physique.

Petit à petit, Vanunu s'est rendu compte que le programme nucléaire d'Israël, prétendument  à usage pacifique, était chargé de fabriquer un nombre considérable d'armes nucléaires, représentant un arsenal presque comparable à celui de la France. Menacé d'être transféré dans un autre service, il prend 57 photos des laboratoires qu'il fréquente.

Le 27 octobre 1985, il quitte Dimona après avoir été licencié pour restructuration, et muni d'une lettre de recommandation en bonne et due forme, il gagne Athènes, Bangkok et l'Himalaya et  atterrit finalement à Sydney. L'opinion australienne est très sensibilisée par les questions nucléaires et le message de Vanunu y est pris en considération. Deux mois après son arrivée, il se convertit à la religion anglicane.

Grâce à des contacts avec les milieux journalistiques, il est appelé à Londres par le Sunday Times pour vérifier l'authenticité de ses déclarations sur Dimona. Il y sera piégé par des agents secrets israéliens qui le suivaient depuis Sidney et qui ont reçu des instructions précises à son sujet. Le 30 septembre 1986, il quitte volontairement Londres pour Rome où il est kidnappé et drogué par le Mossad avant d'être expédié clandestinement par bateau en Israël. Vanunu passera son premier mois de détention dans la prison de Gardera et sera soumis aux interrogatoires du Shin Bet, d'assez triste réputation.  Il sera transféré à la prison d'Ashkelon sous le nom de David Anoush. Il y est détenu 22 heures sur 24 dans une cellule minuscule sans fenêtre,  avec éclairage continu et caméra de surveillance.

Le 5 décembre 1986, le Sunday Times révèle l'existence de l'arsenal nucléaire d'Israël, considéré comme le sixième dans le monde et comprenant des bombes sophistiquées, vraisemblablement des engins thermonucléaires et neutroniques. L'article de trois pages est illustré de photos. Se fondant sur les déclarations de Vanunu, le journaliste estimait que le centre de Dimona avait dû produire environ 900 kg de Plutonium c'est-à-dire de quoi fabriquer 200 bombes.

Le 9 octobre précédent, le gouvernement israélien  reconnaît qu'il a fait incarcérer Vanunu. Lors de sa deuxième comparution, le 22 décembre, ce dernier parviendra à communiquer un message inscrit sur la paume de sa main: "j'ai été kidnappé à Rome le  30 septembre 1986."

Suite à une plainte du gouvernement italien, en janvier 1987, au sujet de cet enlèvement illégal à l'aéroport de Fiumincino, Israël se contente de publier, le 8 août de la même année, un mandat d'arrêt concernant Vanunu. Le 30 août , un simulacre de procès commence à huis clos,  dans le secret le plus total. Le prisonnier, amené dans une voiture aux fenêtres occultées, fut jugé menottes aux poings et fers aux pieds. Il portait un casque protecteur et la voiture était munie d'un système d'alarme pour empêcher toute communication avec la presse ou des sympathisants. Durant les audiences, il était entouré de deux agents de la sécurité pour éviter qu'il ne puisse faire des révélations. Ni les média, ni les observateurs ou le délégué d'Amnesty ne furent admis au procès. Les avis juridiques et les témoignages ne furent pas publiés et le jugement fut même censuré avant sa publication.

La Cour rejeta tous les arguments de la défense selon lesquels il n'y avait pas atteinte à la sûreté, mais seulement utilisation des journaux pour dénoncer l'existence d'un arsenal déstabilisant la région. La Cour refusa la distinction évidente entre ce genre d¹informations et l'espionnage secret au profit de puissances étrangères. Mordechai Vanunu fut condamné à une peine de 18 ans avec mise au secret, à la prison d'Ashkelon.  Le tribunal fit preuve de l'intransigeance la plus absolue, alors qu'il s'agissait d'un enlèvement par les services secrets, préparé sur le sol britannique et effectué en Italie. L'acte commis par Vanunu était professionnellement illégal, mais son message attirait l'attention sur le danger d'escalade nucléaire au Moyen-Orient.  En effet, si, comme certains le prétendent, quelques bombes nucléaires sont nécessaires pour assurer la sécurité d'un peuple de 5 millions d'habitants entouré par près de 150 millions d'arabes hostiles,  un arsenal de 200 bombes a inévitablement un autre but..

La conclusion est simple: Mordechai Vanunu a posé un acte très courageux,  admiré par beaucoup,  mais extrêmement risqué. En révélant qu'Israël possédait un arsenal aussi inacceptable que ceux des puissances nucléaires officielles, Vanunu a voulu, dans le contexte de la non prolifération, infléchir la politique de l'État israélien afin d'améliorer la sécurité au Moyen-Orient.

Sur le plan éthique, son comportement répond exactement aux propositions d'Einstein en 1946, quand il demandait aux scientifiques d'informer le public des déviations perverses de la recherche, indépendamment des risques encourus. Dans le Bulletin of Atomic Scientist (juillet-août 1989), T. Taylor réclame une protection juridique pour les scientifiques qui dénoncent certaines pratiques contraires au droit international.  Ce comportement éthique peut avoir des conséquences très graves pour les dénonciateurs malgré l'existence du TNP, rarement pris en considération par les juges.

Une protection juridique devrait être instaurée le plus tôt possible dans les États qui se réclament du droit. Il faudrait proposer des lois pour faire reconnaître un statut pour les scientifiques et les techniciens, comportant un serment similaire à celui d'Hippocrate pour les médecins. Scientifiques et techniciens s'engageraient ainsi à ne plus travailler pour la recherche et la production d'armes de destruction massive.

La Suède a attribué à Vanunu "The Right Livelihood Award"  tandis que le Danemark l'a honoré de la "Danish Peace Foundation Award".  Le 15 mai 2001, Vanunu a obtenu le titre de Docteur Honoris Causa de l'université de Tromsø (Norvège). C'est son frère qui l'a reçu à sa place.  Le président de l'Alliance norvégienne pour la paix  demanda: "Mordechai Vanunu est-il un traître ou un citoyen du monde?" Il développa le thème selon lequel les dénonciateurs comme lui sont indispensables pour le fonctionnement correct d'une démocratie, dès lors que des scientifiques, des militaires et des politiques préparent dans le secret des projets dangereux pour la survie de l'humanité.

Ces idées ont été reprises par Joseph Rotblat, à Oslo, le 10 décembre 1995, dans le discours qu'il prononça lorsqu'il reçut le Prix Nobel de la Paix. Le président de Pugwash  estimait que, déontologiquement, les scientifiques se devaient de dénoncer les gouvernements et les industriels qui continuent à produire des armes de destruction massive. Selon  J. Rotblat, nous devons lutter pour la libération de Vanunu en nous fondant sur les droits de l'homme. Avec lui, nous réclamons, de la part des autorités légales d'Israël et au nom des valeurs humaines, la libération d'un homme qui s'est sacrifié pour la paix au Moyen-Orient.


APPEL AUX BONNES VOLONTÉS

La disparition de Ghislaine Vankeerberghen


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