LA " NATIONAL MISSILE DEFENSE " AMERICAINE OU LE SYNDROME DU " HERISSON

AGRESSIF "

La dernière année de l'administration Clinton se sera caractérisée par latentative de donner un caractère irréversible au projet dit de "NationalMissile Defense " (NMD), version actualisée du bouclier antimissiles (1), serpent de mer de la politique militaire des Etats-Unis depuis les années 50. Dans la période récente, on en avait connu notamment la manifestation sous la présidence Reagan avec la " guerre des étoiles " (qui avait vu ses ambitions réduites en raison des accords de désarmement stratégique signés par Gorbatchev), puis sous la présidence Bush au lendemain de la guerre du Golfe (les missiles irakiens représentant un excellent argument de vente pour des systèmes antimissiles). Sous l'administration Clinton, le projet continuait à se développer surtout sur le plan des systèmes régionaux ou de théâtre (TMD), en liaison avec les principaux alliés des Etats-Unis (les Européens au sein de l'OTAN, Israël et le Japon sur la base des accords de défense bilatéraux). Mais la perspective d'une NMD protégeant le territoire américain lui-même ne fut jamais totalement abandonnée. Elle a même connu unimpressionnant " revival " sur les causes duquel il convient de revenir, en resituant cette problématique au coeur d'un faisceau de trois tendances lourdes des débats sur la défense outre-Atlantique.

Les trois raisons de la NMD

Premièrement, sur le plan intérieur, ce projet s'inscrit dans le choix fait en 1950, suite à l'adoption de la Directive de sécurité nationale NSC 68, de faire de la politique de défense un moteur prioritaire de l'économie américaine. On a pu parler à cet égard d'un véritable " keynésianisme militaire " qui, cinquante ans plus tard et malgré la fin de la guerre froide, n'a pour l'essentiel pas été remis en question (2). D'où l'importance jouée dès cette époque par plusieurs acteurs-clés de ce type de dossier dans la politique étrangère des Etats-Unis: les lobbies de l'armement (et des nouvelles technologies) et les Etats où les industries concernées sont principalement situées, les fondations qui y sont liées (telles que la Heritage Foundation ou la Rand Corporation), l'aile droite du Congrès (personnifiée aujourd'hui par le puissant Président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat Jesse Helms), les secteurs clés du Pentagone et des Joint Chiefs of Staff, notamment le U.S. Strategic Command en charge du ciblage des missiles stratégiques. Ces acteurs constituent un très puissant groupe de pression bipartisan capable de bloquer la ratification de certains accords internationaux (rappelons que le Sénat refusait le 13 octobre 1999 de ratifier le traité CTBT) et de contribuer à l'élection de n'importe quel Président américain, quel que soit son parti. Ce fut le cas en 1960 lorsque J.F. Kennedy se fit élire sur un programme de réarmement extrêmement agressif. Plus modestement mais tout aussi ouvertement, le nouveau Président George W. Bush représente entre autres cesintérêts et doit son élection à leur soutien.
En second lieu, la NMD est motivée par l'évolution de la relation entre les Etats-Unis et leurs alliés, dans le contexte plus large des efforts européens d'autonomisation militaire. Elle contribue en effet à maintenir voire accroître la supériorité technologique américaine, tout en freinant/contrôlant les efforts de ceux-ci (en particulier les Européens) en matière de technologies militaires nouvelles. Mutatis mutandis, les Etats-Unis reproduisent ici la même démarche que celle qu'ils avaient menée durant les années 50 pour empêcher la Grande-Bretagne d'abord, la France ensuite, d'acquérir une forme nucléaire indépendante. C'est dans le même esprit qu'ils plaident pour une interdépendance transatlantique accrue en matière d'armements conventionnels de haute technologie, tels ceux employés durant la guerre du Kosovo (cf. la Defense Capabilities Initiative ou DCI adoptée par l'OTAN lors du Sommet de Washington d'avril 1999), et qu'ils remettent régulièrement sur la table de l'Alliance atlantique l'idée d'un accord de libre-échange en matière militaire, un " Defence GATT ".
L'interdépendance pour maintenir la dépendance des uns et la prépondérance des autres constitue en l'espèce le leitmotiv et la NMD y contribuerait amplement.
Enfin, une troisième dimension à prendre en considération porte sur la stratégie globale des Etats-Unis, en d'autres termes leur vision du monde, qui s'est adaptée aux mutations de l'après-guerre froide pour garantir le coeur des intérêts vitaux des Etats-Unis. D'où une représentation du monde qui combine une étonnante permanence et des changements profonds. La permanence se situe sur le plan de la philosophie même de la sécurité nationale. L'expérience historique des Etats-Unis depuis l'indépendance a amené ceux-ci à se concevoir comme un Etat qui n'est menacé par personne (3) et peut atteindre à la sécurité absolue (contrairement à la Russie/l'URSS qui vit dans la crainte de l'encerclement et de l'agression). En corollaire s'est développée, surtout dans le chef des leaders démocrates/libéraux, une idéologie de " messianisme " wilsonien autorisant les Etats-Unis à agir à l'extérieur afin de promouvoir non seulement les intérêts des Etats-Unis, mais aussi les valeurs américaines. D'où l'adoption d'une vision totalisante de la sécurité nationale et, par voie de conséquence, d'un radicalisme stratégique en faveur de la guerre totale, des représailles massives et du principe de la capitulation sans conditions plusieurs fois illustré, de Hiroshima à la victoire contre Milosevic. Cette vision connaît son prolongement stratégique par le passage de la vision clausewitzienne de la guerre (la " guerre absolue " contre les forces de l'adversaire) à celles du général Grant (la " guerre totale " contre les populations et l'économie) et de l'amiral Douhet (la maîtrise des airs comme élément d'une stratégie visant à la destruction de la nation, des villes et des individus comme but de guerre), conceptions rendues possibles par les progrès technologiques de l'aviation d'abord, de l'arme nucléaire ensuite, et aujourd'hui de la combinaison entre bouclier spatial et contrôle de l'espace extra-atmosphérique (4).
A côté de ces éléments de continuité dans la politique militaire des Etats-Unis, il apparaît que de profondes modifications ont accompagné la fin de la guerre froide. En particulier, le " verrouillage " stratégique opéré par la parité avec l'URSS et reconnu par les accords SALT et ABM des années 70 - lequel n'était pas compatible avec tout projet de bouclier antimissiles - pouvait laisser la place à une vision prenant acte de la capacité des Etats-Unis à agir comme seule grande puissance de l'après-guerre froide, appelée à la fois à exercer un contrôle stratégique mondial et à diriger l'entreprise d'exportation de la démocratie libérale, baptisée par l'administration Clinton " Enlargement of market democracies", nouvelle dénomination du messianisme wilsonien (5). Dès lors, le débat stratégique américain de l'après-guerre froide s'est réorienté vers de nouvelles conceptions, mais aussi de nouveaux débats, non encore achevés et qui trouveront d'autres développements lorsque George W. Bush et son équipe auront finalisé la traditionnelle Policy review de début de mandat au printemps 2001. Comment en effet assurer un contrôle stratégique global, tout en constatant que la dissuasion nucléaire ne dissuade que d'une agression nucléaire, mais non de la prolifération ni de sanglants conflits régionaux et locaux pouvant porter atteinte aux intérêts stratégiques des Etats-Unis et de leurs alliés? Une première réponse consiste à se donner les moyens d'une intervention militaire, notamment en pouvant faire face à deux conflits majeurs en même temps. Une seconde vise à prévenir la prolifération nucléaire, balistique et chimique par tous les moyens, y compris l'emploi de la force contre les installations suspectes, pudiquement baptisé "contre-prolifération ". Une troisième consiste à renforcer le réseau d'alliances autour de l'hyperpuissance américaine, comme on l'a vu à l'occasion des guerres du Golfe et de Yougoslavie (6). Une quatrième consiste à s'appuyer sur les nouvelles technologies militaires, englobées sous le concept de " Revolution in Military Affairs " (RMA), pour rendre possible une manière de faire la guerre qui garantisse à la fois l'efficacité opérationnelle, le contrôle global et le moins de risques pour les troupes américaines. Enfin, le projet NMD vient compléter cet édifice puisqu'il garantit (en théorie du moins) une surprotection du territoire américain et un hypercontrôle de tous les acteurs et niveaux concernés par la sécurité nationale des Etats-Unis: intégration du niveau régional (de théâtre), du niveau stratégique (global) et de l'espace extra-atmosphérique,  voire du cyber-espace; intégration de l'économique, du technologique et du militaire; intégration dans une vision politique globale et en " cercles concentriques " des Etats-Unis, de leurs alliés occidentaux, et des zones où pourraient naître de futures menaces, soit régionales (les Etats dits d'abord " voyous " - Rogue States, aujourd'hui rebaptisés " préoccupants " - States of Concern), soit mondiales (la Russie et surtout la Chine, perçue comme le seul potentiel Global Peer Competitor des Etats-Unis). Surprotection du sanctuaire américain et hypercontrôle à l'échelle globale, c'est en cela que l'on peut parler d'un syndrome du " Hérisson agressif "que le passage de la présidence Clinton à la présidence W. Bush ne devrait a priori pas remettre fondamentalement en cause (7). 
Les principaux enjeux de la NMD
Comme on l'a vu, les accords de désarmement américano-soviétiques et américano-russes des années 80 et 90, en particulier sur les missiles stratégiques (START 1 et 2) et les missiles intermédiaires (INF), ainsi que la disparition subséquente de la composante nucléaire tactique des arsenaux des deux Grands, ont supprimé l'essentiel des justifications du projet de bouclier spatial popularisé sous le terme de " guerre des étoiles " ou de Strategic Defense Initiative (SDI) sous l'administration Reagan. La réduction des budgets alloués au SDI avait même conduit à abandonner le concept lui-même en 1993 pour se limiter à une défense antimissiles de théâtre (TMD), plus aisée à justifier auprès des opinions, des parlementaires et des alliés, dès lors qu'il s'agirait de protéger essentiellement le territoire de ceux-ci et les troupes américaines y stationnant contre des missiles à portée régionale, tels que ceux développés par l'Irak, l'Iran ou la Corée du Nord, comme la guerre du Golfe en a donné la mesure. Néanmoins, en 1999, pour les raisons évoquées antérieurement (permanence du modèle de " keynésianisme militaire ", nécessité d'accroître le contrôle des alliés, évolution de la stratégie globale), le U.S. Missile Defense Act prévoit que la TMD soit complétée par une NMD, c'est-à-dire une défense antimissiles du territoire américain lui-même, représentant à l'horizon 2015 un système de 250 intercepteurs défensifs déployés sur deux sites d'implantation et reliés à un réseau de radars, y compris hors du territoire américain. Cette décision permettait aux partisans de cette initiative de bénéficier des deux dernières années de l'administration Clinton pour la faire passer " en force ".

L'enjeu financier est de taille: la base financière du projet est évaluée à 60 milliards de dollars! Et un consensus bipartisan (8) permettait d'envisager un accord politique du Congrès sur de tels montants avant la fin 2000. Il fallait toutefois que les arguments techniques permettent de justifier une telle dépense, en d'autres termes que l'on puisse prouver l'existence d'une technologie de frappe antimissiles infaillible ("hit-to-kill technology "). Or, non seulement une telle performance est quasiment improuvable par de seuls tests (9), mais les tests eux-mêmes, dont le calendrier avait été accéléré en 2000, se sont pour la plupart révélés désastreux, même si leurs échecs ont été plus ou moins masqués. Pour cette raison, le président Clinton a choisi un profil bas et laissé la décisionultime à son successeur. Celui-ci s'étant révélé comme un chaud partisan dela NMD, la question reviendra sans aucun doute au début de la décennie et ilconvient donc d'en aborder les principaux enjeux.
Ceux-ci peuvent se regrouper en huit catégories de risques.

1. En renforçant le sentiment d'invulnérabilité des Etats-Unis, la NMD peut accroître le syndrome du " Hérisson agressif " puisqu'elle autoriserait Washington à se montrer encore plus audacieuse dans ses actions unilatérales, y compris dans l'emploi de la force, par exemple à des fins de contre-prolifération.

2. De plus, comme le soulignait le ministre belge Louis Michel, le développement d'un sentiment d'invulnérabilité pourrait conduire à des erreurs ou des maladresses diplomatiques qui affaibliraient les positions américaines ou occidentales (10).

3. D'une manière générale, les Européens considèrent d'ailleurs qu'un tel projet peut conduire au découplage euro-américain (la solidarité se fondant sur l'acceptation d'un risque militaire partagé pour les deux rives de l'Atlantique) et affaiblir la crédibilité de la dissuasion britannique et française, donc l'une des dimensions de la puissance européenne émergente (d'où les critiques appuyées de Tony Blair à l'égard de la NMD).

4. De ce point de vue, la confusion est entretenue outre-Atlantique entre la TMD, déjà en partie mise sur pied, notamment dans le cadre de l'OTAN (au sein de l'ACCS) (11), et la NMD, la poursuite de la première étant plus ou moins conditionnée à une neutralité bienveillante à l'égard de la seconde. En d'autres termes, l'extension du " bouclier " au territoire des alliés, via une intégration entre TMD et NMD, est utilisée comme argument de persuasion. On comprend que le compromis atteint au Conseil atlantique de Florence en mai 2000 ait porté sur une " NMD possible et limitée ", formule laissant toutes les options ouvertes. Mais il est vrai qu'en l'espèce, le discours sur l'extension de la protection antimissiles aux alliés convainc davantage les Israéliens toujours en recherche d'une plus grande sécurité dans le contexte régional (12) ou les Japonais confrontés à la Corée du Nord (en tout cas jusqu'au récent rapprochement entre Washington et Pyongyang),voire demain la Chine, que les Européens moins exposés à des menaces directes.

5. Les critiques européennes portent surtout sur le risque que, contrairement à son objectif affirmé, la NMD ne conduise à des contre-mesures de la part de la Russie et de la Chine, en particulier par l'accroissement du nombre de missiles stratégiques, notamment à têtes multiples (fussent-elles des leurres non nucléaires), ce qui relancerait une course aux armements globale (13).

6. S'y ajouterait dès lors, par effet de dominos, une succession de courses aux armements régionales, en particulier entre la Russie et l'Europe d'une part, la Chine et le Japon, la Chine et l'Inde, l'Inde et le Pakistan d'autre part (14), sans oublier les effets potentiels sur la prolifération des missiles au Proche- et Moyen-Orient.

7. Enfin, la nécessité accrue du contrôle de l'espace extra-atmosphérique en liaison avec la NMD conduirait dans une étape ultérieure au développement d'armes offensives spatiales, notamment les armes anti-satellites (ASAT)(15).

8. Il en résulterait une remise en cause de plusieurs pans entiers du système de maîtrise des armements hérité de la guerre froide (traités ABM, SALT et STAR, interdiction des ASA, traité de non-militarisation de l'espace, etc...), sans création d'un système de substitution satisfaisant pour l'ensemble de la communauté internationale. On a pu en mesurer le risque en juin 2000, lors du sommet Clinton-Poutine, lorsque la Maison Blanche envisagea d'échanger la renégociation du traité ABM contre uneacceptation que la Russie développe davantage de missiles à têtes multiples dans le contexte d'un accord START-3. Il se serait agi en l'espèce d'un "deal " américano-russe sur le dos de la sécurité du reste de la planète.

Et l'Europe ?

A ce jour, la Russie n'a pas cédé aux sirènes américaines mais s'est déclarée disposée à une négociation qui lui permettrait, notamment, de réduire ses capacités nucléaires stratégiques afin de les rendre plus performantes et plus crédibles, donc d'accroître sa puissance relative.
Moscou privilégie d'abord la négociation politique sur la réduction des armements stratégiques (pour cette raison, le président Poutine a obtenu facilement de la Douma la ratification du traité START-2 le 14 avril 2000) et la diminution des risques de développement de missiles par des Etats présentés par Washington comme menaçants (d'où la médiation russe réussie dans le dossier nord-coréen), ainsi que la manifestation d'intérêt pour une collaboration américano-russe dans la technologie antimissiles. Il ne faut pas exclure in fine que Moscou soit disposée à accroître sa collaboration avec Washington, quitte à voir ses relations avec Beijing en pâtir (16). Quoi qu'il en soit, comme au sommet Reagan-Gorbatchev de Reykjavik en 1986, le lien est donc étroit entre une nouvelle étape du désarmement stratégique et un éventuel compromis russo-américain sur le bouclier spatial et le traité ABM. Et ce dans un contexte où Moscou est plus faible, où Washington n'est pas sûre de pouvoir s'appuyer sur l'Europe et où la Chine intervient

plus directement dans le dossier, au point d'en constituer peut-être levéritable enjeu. Pour les Européens, le dilemme se situe entre l'intérêtpour une " surprotection partagée " et des retombées technologiquespositives, et le risque d'une dépendance/interdépendance accrue envers lesEtats-Unis (17).Les positions se sont affirmées de plus en plus clairement au fil de l'année2000, mais sans que cette ambiguïté ne soit totalement levée. La France,comme lors du débat sur l'IDS dans les années 80, veut préserver l'autonomiestratégique de l'Europe mais doit aussi défendre ses fleurons technologiquesqui collaborent de plus en plus avec les compagnies américainescorrespondantes. L'Allemagne insiste sur l'intégration de la NMD dans unenouvelle initiative de désarmement afin de prévenir une course aux armements(18), ce qui pourrait l'amener à jouer un rôle essentiel de médiateur entreMoscou et Washington. La Grande-Bretagne, qui doit être associée au systèmeNMD sur le plan du réseau de radars, veut éviter que sa force de dissuasionnucléaire indépendante ne soit affaiblie par un jeu de course aux armementsavec la Russie et la Chine, alors que Tony Blair peut en faire un élément deson leadership de la défense européenne (19). Parmi les autres Etatsoccidentaux, les plus réticents sont ceux dont le territoire devraitcontribuer au déploiement de la NMD et de son système de radars et qui,ainsi, se trouveraient probablement en première ligne comme ciblesstratégiques d'ennemis futurs des Etats-Unis: au début 2000, le gouvernementdu Danemark, suivant en cela un vote du Parlement du Groenland, aexplicitement indiqué qu'il n'accepterait pas que le radar de Thulé serve àdes fins contraires au traité ABM, tandis que le gouvernement canadien a misen garde contre le risque de militarisation de l'espace découlant du projetNMD, ce qui l'empêcherait de collaborer avec les Etats-Unis dans ce cadre(20).En d'autres termes, ce qui semble une nouvelle fois en jeu dans ce dossier,comme dans beaucoup d'autres, c'est la possibilité ou non de construire unordre international multipolaire dans lequel l'Union européenne serait àmême de parler d'une voix commune et différenciée des intérêts du partenairenord-américain. Un nouvel enjeu pour cette PESC qui fleurit dans lescommuniqués mais reste peu visible au niveau des dossiers concrets.Décembre 2000 EricRemacle,professeur à l'Université Libre de Bruxelles(1) Voir, en langue française, le dossier d'Aris ROUBOS & Michel WAUTELET, "National Missile Defense. Le retour de la guerre des étoiles et les enjeuxstratégiques ", GRIP, Les rapports du GRIP 2000/4, Bruxelles, 2000.(2) Pour une analyse fine de cette conception et des derniersdéveloppements, voir Bruno COLSON, " La grande stratégie des Etats-Unis etl'Europe: entre la prépondérance et l'off-shore balancing " , Studiadiplomatica, vol. LII, n° 5-6, Bruxelles, 1999, pp. 77-93.(3) Même la guerre civile dite " de sécession " de 1861-65 constitue unepreuve par l'inverse qu'il n'existe pas d'ennemi extérieur dangereux, lesseules menaces de l'histoire américaine étant venues de l'intérieur.(4) Voir les travaux de notre collègue Jean BARREA et notamment " L'Utopieou la guerre. D'Erasme à la crise des euromissiles " , CIACO,Louvain-la-Neuve, 1986, 2e édition.(5) Voir l'ouvrage collectif auquel nous avons contribué et qui vient deparaître sous le titre " Les Etats-Unis s'en vont-ils en guerre ? " auxEditions Complexe-GRIP, Bruxelles, 2000.(6) Voir Alain JOXE & Maurice RONAI, "Nouvelle définition des alliances " et"Contrôler l'Eurasie " ", CIRPES/GSD-EHESS, Cahier d'études stratégiquesn°20 & N° 21, Paris,1997&98(7) Même si l'on peut supposer que la dimension " messianique " cédera lepas à une approche plus pragmatique et moins idéologique, ainsi qu'à unrecentrage sur les intérêts vitaux des Etats-Unis signifiant une possibleréduction de la présence sur des théâtres extérieurs.(8) Pour évaluer la force de ce consensus, voir par exemple l'article de IvoH. DAALDER, James M. GOLDGEIER & James M. LINDSAY, " Deploying NMD: NotWhether, But How ", Survival, vol. 42, n°1, Londres, printemps 2000, pp.6-28.(9) Aucun test ne peut simuler ce que serait une vraie agression, commel'ont montré les piètres résultats des systèmes Patriot contre les missilesirakiens durant la guerre du Golfe.(10) Interview dans Le Soir du 25 mai 2000, p. 7.(11) Voir General Sir Hugh BEACH, " Theatre Missile Defence: DeploymentProspects and Impact on Europe " , ISIS, " SIS Briefing on Ballistic MissileDefence n°2, Londres, septembre 2000.(12) Après le retrait du sud Liban, Israël a déployé à sa frontière nord,avec l'aide des Etats-Unis, un bouclier antiroquettes fondé sur un laserair-sol à haute énergie baptisé THEL (Le Monde, 7-8 mai 2000, p. 3).(13) Voir le point de vue du ministre russe des Affaires étrangères IgorIVANOV dans Le Monde du 25 avril 2000, p. 9.(14) Voir Joseph CIRINCIONE, " The Asian Nuclear Reaction Chain " , ForeignPolicy, printemps 2000, Washington DC, pp. 120-136.(15) Voir Mike MOORE, " Unintended Consequences " , Bulletin of the AtomicScientists, vol. 56, janvier/février 2000, pp. 58-65.(16) Cette hypothèse trouve un début de confirmation dans les commentairesdésappointés du président Jiang Zemin après le sommet Clinton-Poutine dejuin 2000 (cf. l'analyse de l'agence de renseignements américaine STRATFOR,voir le site web stratfor.com).(17) Pour un débat entre experts européens et américains sur ce thème, voirBurkard SCHMITT & Julian LINDLEY-FRENCH, " National Missile Defence and theFuture of Nuclear Policy " , Institut d'Etudes de sécurité de l'Union del'Europe occidentale, Occasional Paper n° 18, Paris, septembre 2000.(18) Interview de Joschka FISCHER dans Le Soir du 25 mai 2000, p. 7.(19) Voir Stephen PULLINGER, " National Missile Defence: Implications forUK Security " , ISIS, ISIS Briefing on Ballistic Missile Defence n° 3,Londres, octobre 2000.(20) Citations reprises de Gordon R. MITCHELL, " Missile Defence Policy.Strident Voices and Perilous Choices " , ISIS, ISIS Briefing Series onBallistic Missile Defence n° 1, Londres, avril 2000, p. 8 et notes 26-27.Ghislaine Vankeerberghen

 

----Message d'origine-----

De : Vankeerberghen [mailto:ampgn.vankeer@glo.be]

Envoyé : sam. 14 avril 2001 14:04

? : de.salle.philippe@easynet.be

Objet : textes NL 2

Nous avions promis de publier les textes résumant les exposés présentés lorsde notre journée d'études du 27 mai 2000. Dans notre Newsletter N°71, nousavons publié le résumé du professeur J. Verhaegen. Vous trouverez ci-aprèsles textes de Mr Yves Mollard la Bruyère * et de Mr Eric Remacle.** *" LA DEFENSE EUROPEENNE ":rapports transatlantiquesBien qu'elle en représente une donnée essentielle, une étude de la défenseeuropéenne s'en tenant à la seule problématique de l'Europe et des rapportsentre pays européens est nécessairement tronquée, voire trompeuse(1). Lesenjeux de la défense européenne sont essentiellement transatlantiques : ilest significatif que le seul pays qui soulève des objections à laconstruction d'une défense européenne soit le principal allié de l'Europe,distant de 6000km et, par ailleurs, partisan officiel du rôle renforcé desEuropéens dans leur propre défense.On évoquera par conséquent dans la première partie de cette analyse la miseen oeuvre de la Politique européenne commune en matière de sécurité et dedéfense, en abrégé la PESD. Une deuxième partie portera sur l'évolutionrécente des rapports entre les Etats Unis et l'Europe à ce propos. Enfin, unbref rappel sera fait de la dimension industrielle des enjeux de la défenseeuropéenne.La mise en oeuvre de la politique européenne commune en matière de sécuritéet de défense ou PESDLe projet bilatéral franco-anglais d'un objectif politique européenstructuré élaboré à Saint-Malo en 1998 est endossé à Cologne en juin 1999par les quinze états de l'Union européenne. Les modalités de mise en oeuvresont arrêtées en décembre 1999 par le Conseil européen d'Helsinki. Sesobjectifs principaux sont le placement de l'Union au coeur de la dynamiquepolitique de la défense, le développement de moyens militaires autonomes,l'octroi au haut représentant pour la PESC (politique européenne desécurité et de défense ) d'un rôle politique important et l'émergence d'unedimension européenne plus distincte dans l'OTAN.* Sur le plan politique: après cinq années d'hésitations, la décision estprise de mettre en veilleuse l'UEO en la ramenant à son seul traitéconstitutif, l'organisation ayant vocation à se fondre dans celle del'Union. Au coeur du dispositif, le Conseil européen (Union européenne) sevoit désormais doté de toutes les compétences politiques et militairespermettant à l'Union de faire face à l'ensemble des activités de préventiondes conflits, de maintien et de rétablissement de la paix, autrement dit, àpratiquement tous les scénarios de crise militaire actuellement prévisibles.Il s'agit pour l'Union d'avoir la capacité politique autonome de décider, delancer puis de conduire des opérations militaires sans que l'OTAN en tantque telle soit engagée.* Sur le plan militaire, pour la première fois est clairement indiquéel'intention d'agir d'une manière distincte du cadre allié. L'Union devradisposer de moyens propres, développés sur la base de capacités nationaleset multinationales existantes, réunies pour des opérations menées avec ousans moyens de l'OTAN. De nouveaux organes politiques et militaires(2) sontdores et déjà établis sur une base intérimaire au Conseil, ainsi que desstructures appropriées qui permettront à l'Union d'assurer, sous l'autoritéd'un Conseil européen souverain, le contrôle politique et la directionstratégique des opérations(3). On a là un rejet très net du souci exprimépar le gouvernement américain d'un droit de veto par le biais de l'Alliance.* En ce qui concerne le Secrétaire général, haut représentant pour la PESC(SG/HR), le pas franchi est radical sur le plan des principes. L'Unionprécise qu'en assistant le Conseil, le SG/HR a une contribution essentielleà apporter à l'efficacité et à la cohérence de la PESC, ainsi qu'à la miseau point de la politique commune en matière de sécurité et de défense. Sanspréjudice du caractère intergouvernemental du dispositif politique del'Union, celle- ci se dote d'un responsable de rang élevé ancien SG delOTAN susceptible de se voir confier des responsabilités majeures lorsquecela sera jugé nécessaire. Les relations, d'abord informelles, entre leSG/HR et le secrétaire général de l'OTAN se concrétisent par des structuresde consultation appropriées. L'objectif est d'organiser les moyens européensen sorte de permettre leur affectation, le moment venu, à l'Union,exactement sur le modèle qui permet à ces mêmes forces ou à d'autres d'êtreaffectées à l'OTAN, ce sans duplication inutile.Ceci dit, l'appui qui leur est donné par référence à des objectifs destructures et de forces précis (50/60 000 hommes d'ici 2003) et à uncalendrier (présidence portugaise puis française, éventuelle inclusion dedispositions nouvelles dans la conférence intergouvernementale de février àfin décembre 2000, etc.) donnent à l'Union une vitalité qui n'est pas sansrisque. Les Etats-Unis n'ont pas fait connaître leur position définitive endépit de réunions ministérielles alliées. Le rejet par les Européens duprincipes des " phases " (veto américain) n'a sans doute pas produit tousses effets. De même, le recours aux participations croisées des étatsmembres de l'Union (abstention constructive), des états hors Union - qu'ilssoient de l'OTAN ou en dehors de l'OTAN - dans un contexte où seules deuxou trois puissances ont des capacités militaires significatives, va rendrela mécanique délicate à gérer et mettre le Conseil européen de décisionsous des pressions intenses et divergentes.La dimension transatlantique dans la défense européenneIl est impossible d'appréhender la problématique de défense sans uneréférence constante à la dimension transatlantique. Le cadre général estconnu: les Etats-Unis sont engagés en Europe depuis 1949-52 (Traité del'Atlantique Nord). Ils dominent par l'intermédiaire de l'OTAN la scène dela sécurité européenne. Cependant, à aucun moment l'engagement américain naété tenu pour structurellement acquis. Une thèse américaine constante étaitque les Européens devaient assurer l'essentiel de leur propre défense avecun soutien américain aux niveaux aérien, naval, nucléaire. Les Américains necraignaient pas de perdre leur prépondérance: leur garantie était à leursyeux nécessaire aux Européens face à l'URSS. Or, l'effondrement de l'URSS en1989-91 a transformé la question de cette présence américaine en Europe enprivant cette présence de sa raison dêtre.On peut faire l'hypothèse que les Américains ont modifié leur attitude "par la force des choses " en passant d'une argumentation de désengagement(tout faire pour réduire notre présence en Europe) à une argumentation demaintien unilatéraliste: la protection de leurs intérêts en Europe en yconservant le contrôle de la sécurité. De fait, les Etats-Unis sont passésde 300 000 à moins de 100 000 hommes en Europe sans rien toucher à unestructure de commandement où ils contrôlent tout.Depuis 1990, l'enjeu défense et sécurité européennes semble être devenucelui du commandement de la défense européenne et, par conséquent, celui dela sécurité européenne. L'argument américain s'est fait impératif: pour M.Holbroocke comme pour Mme Albright, l'Amérique " est une puissanceeuropéenne ". La situation est quelque peu paradoxale: les Américains sontaujourdhui moins enclins à se désengager d'Europe qu'ils ne l'ont été durantla guerre froide, alors que la justification de leur présence y est plusdifficile. Au sommet allié de Washington en avril 1999 autour de la crise duKosovo, l'administration Clinton était convaincue de pouvoir fournir ladémonstration de l'incapacité européenne à agir sans les Etats-Unis et parconséquent de la vanité de toute initiative PESD. Argument central, le "technological gap ": les Européens doivent se moderniser et ne pourront lefaire qu'avec des systèmes américains, et au sein de l'OTAN. Lesavertissements et la réaction américaine à la PESD sont ainsi allés duscepticisme pour les plus favorables à la franche hostilité selon lesagences et départements. Les Américains observent les tentativeseuropéennes, se contentant d'analyses souvent pessimistes sur l'avenir del'OTAN, à chaque avancée européenne. Cette attitude a nourri lesinterrogations européennes: M. Védrine s'interroge sur " l'aptitude (del'Amérique) au partenariat " et M. Schroder parle " du risque d'une Amériquese repliant sur elle-même à cause de sa formidable puissance économique etde son énorme poids politique ".Dans ce contexte, quelles sont les perspectives transatlantiques de la PESD?Les Etats-Unis n'interfèrent pas directement dans le processus PESD. Ditbrutalement, ils se désintéressent du processus en tant que tel parce qu'ilsn'y croient pas. Cela les conduit à réagir aux avancées européennes au couppar coup, les jugeant fréquemment contraires à leurs intérêts. C'est icique la question du " partenaire " américain se pose: nous avons unepuissance qui occupe des positions et ne veut rien céder. L'attitudeaméricaine restera certainement critique, obstructionniste, soupçonneuse...Peut-il y avoir crise fondamentale ? De tels scénarios sont analysés du côtéaméricain. Tributaires, comme nous l'avons dit, de facteurs " domestiques ",ils devraient pourtant intéresser les Européens. Afin éventuellement desavoir comment réagir.* Si la tendance internationaliste en place se maintient après les électionsaméricaines, la tension ne pourra que croître, dans la mesure où le refusd'un partage des pouvoirs en Europe reste une donnée permanente.* Si la tendance contestataire, unilatéraliste, plus ou moinsnéo-isolationniste s'affirme aux Etats-Unis, c'est l'idée du désengagementaméricain d'Europe qui s'affirmera, avec pour corrolaire l'acceptation d'uneprise en charge de l'essentiel de leur défense par les Européens.Cette situation constitue le grand paradoxe de cette affaire: l'analyseeuropéenne de l'évolution interne des Etats-Unis conduit à soutenir uneévolution américaine (maintien de la tendance universaliste) qui implique lerefus américain d'une défense européenne. Elle conduit aussi à une hostilitéeuropéenne pour la seule évolution américaine (unilatéraliste,néo-isolationniste) qui pourrait favoriser la défense européenne.Les analystes européens ont peine à comprendre qu'avec les Etats-Unis, ilfaut agir à logique renversée. La substance-même de ce pays - géographique,psychologique, mythique - est de type isolationniste. L'Amérique-seule n'estpas une impasse ou un échec: c'est un modèle, une fin nécessaire etsuffisante. Le repli américain ne saurait être l'expression d'une crise: ilest, fondamentalement, perçu comme la sortie de la crise (avec le risquequ'une autre crise, intérieure, commence alors, mais c'est un autre débat).Dans un tel modèle, l'Amérique repliée trouverait naturel de chercher devéritables partenaires - et non des protégés - ressuscitant de fait la "politique de bon voisinage " des temps isolationnistes. Elle établiraitbeaucoup plus aisément des partenariats, garanties de la stabilité etconformes à ses habitudes historiques.Les possibilités de coopération avec cette Amérique-là pourraient êtreinfiniment plus stables et le libre-échange moins politique. Une allianceentre une Europe maîtresse de sa politique et une Amérique àl'isolationnisme moderne et ouvert aurait des atouts insoupçonnésaujourd'hui.La place de la restructuration de l'industrie dans la défense européenneL'idée de restructuration de l'industrie européenne de défense est aussivieille que le processus européen. Ce qu'on nommait "la coopération desarmements " était au coeur des tâches que s'assignait l'UEO à sa création.En 1958-60, c'était un volet essentiel de la coopération franco-allemandeengagée par de Gaulle et Adenauer, à Colombey.Dans les années 60-80, les grandes coopérations et les décisions deconcentrations européennes sont nombreuses, mais rien n'y apparaît de façonrétrospective comme fondamentalement politique: rien qui ressemble à uneintégration industrielle européenne.Quant aux initiatives américaines, nombreuses elles aussi à partir de1992-94, elles prirent l'Europe par surprise. Bien que fausse, l'idée quel'industrie américaine était prête à absorber l'industrie européenne suscitaune alerte générale en Europe et en deux, trois ans (1996/97-99),l'industrie européenne va créer, en 1996, une mutation de fond àl'initiative de la direction de BAE au Salon de l'Aéronautique deFarnborough.La " réaction " américaine à cette " réaction " européenne est non seulementdisproportionnée mais encore maladroite: une proposition avec forts effetsd'annonces de grandes fusions transatlantiques est perçue par les Européenscomme une " OPA hostile ". Le résultat est un mouvement de fusionsspectaculaires: BAE Systems (UK) en janvier(4), EADS en octobre 1999(5), enconstante consolidation depuis avec Italiens, Espagnols et Suédois; dans lesmissiles, avec un regroupement France-UK et Allemagne avec Matra-BAE,etc.(6)Une lame de fond dans les milieux sensibles de l'armement.La conjonction desdeux processus, industrie et PESD, a été réalisée en 1999 avec lerenforcement de l'industrie européenne et le couplage entre celui-ci et leprocessus politico-militaire. Le résultat devrait être une accélération dela politisation de tous les aspects du cycle industriel. Si la PESD monte enpuissance, une " préférence européenne " de facto va émerger au même titrequ'existe, du côté américain, une démarche de facto de type " buy american". Les Américains vont être enclins à rassembler dans une même hostilité,d'une part leur appréciation de la PESD, et d'autre part, ce qu'ilsapprécient comme une tendance irrésistible à la constitution d'une "forteresse Europe " de plus en plus imperméable aux produits américains. Lalutte qui se dessine entre industriels européens et américains estextrêmement vive. Elle est cachée, parfois même niée, parce que lareconnaissance de son existence reviendrait à contester les " intérêtscommuns " et à altérer le débat euro-atlantique sur la PESD.Le danger n'est pas à négliger. En effet, les Européens achètent aujourdhuisept fois plus d'armements aux Etats-Unis que les Etats-Unis n'en achètentaux Européens malgré l'excellence des produits mis sur le marché. Dequantitatif, ce constat d'une " forteresse américaine " et d'une " nonforteresse européenne " va changer et acquérir une dimension qualitative, envis-à-vis avec les décisions de la PESD. Si le virage n'est pas pris àtemps, les Etats-Unis, déterminés à étouffer l'industrie européenne,imposeront leurs produits et plus que jamais leurs doctrines militairesd'emploi. Ce nest pas bon pour l'Europe.Conclusion: pourquoi une défense européenne?Dynamique politique européenne, contexte atlantique et contraintesindustrielles sont bien au coeur du sujet. Pour faire bonne mesure, ilsemble pourtant qu'il faille encore poser une question jusqu'iciimplicitement réglée : pourquoi une défense européenne ?Pour répondre, nous prendrons une situation concrète, aux conséquencespolitiques particulièrement lourdes: la crise du Kosovo. Dans ses éditionsdu 19 janvier 2000, Le Monde écrit dans son éditorial: " être plus qu'unmarché unique suppose une volonté politique commune dans des domaines commela défense, la politique étrangère, la haute technologie, la culture,l'éducation. C'est une mission difficile: si l'Union avait dû décider,seule, une intervention au Kosovo, la Grèce s'y serait opposée ". Oncomprend bien ce que veut dire Le Monde: l'UE seule n'aurait pas pu faire laguerre du Kosovo, comme celle-ci eut lieu et quand elle eut lieu. Lesophisme apparaît à la réflexion comme fondamental et cette approche doitêtre réfutée. Non, ce n'est pas pour tenir un meilleur rôle dans uneprochaine " guerre du Kosovo " que l'Europe développe sa défense, c'est pouréviter cette prochaine " guerre du Kosovo ". La guerre du Kosovo, tellequ'elle a eu lieu et au moment où elle a eu lieu, est un échec colossal del'Europe et du monde transatlantique, des Etats-Unis au premier plan. Celadit hors de toute polémique sur la forme de cette guerre et sur uneefficacité militaire contestée. Il s'agit d'un échec parce que les moyensmilitaires ont eu prééminence trop tôt, qu'ils révélaient un potentieldisproportionné aux enjeux et en tout cas à ceux dont aurait dû disposernotre diplomatie. Des prémisses de la crise jusqu'au dernier raid aériencontre la Serbie, les Européens ont opéré en ordre militaire groupé autourde l'OTAN, parce que cet ordre leur paraissait plus important que la menaceréelle que faisait peser l'affaire kosovare sur la sécurité du continent.La crédibilité du système (de l'OTAN) est passée avant l'efficacité despolitiques dans les villages du Kosovo.Ici, nous serons particulièrement précis : la crise du Kosovo est lerésultat d'un enchaînement régional qui transporta la crise yougoslave de laSlovénie à la Bosnie et de la Bosnie au Kosovo, chaque échec à résoudre defaçon satisfaisante la crise précédente favorisant les conditions dedéclenchement de la crise suivante. La guerre du Kosovo a débuté le 25 juin1991 avec le référendum sur l'indépendance en Slovénie. Si l'Union avait dûdécider? , interroge Le Monde. Mais elle (on parle ici de l'UEO, pas encorede l'Union) était sur le point d'intervenir à cette époque: en août 1991,les chefs d'état-major français et belge, l'amiral Lanxade et le généralCharlier, mirent au point un plan d'intervention avec plusieurs options, àprésenter à l'UEO pour exécution. L' "option I impliquait une interventionavec 15.000 hommes; qui ne posait aucun problème logistique ni militaire, uncontrôle et un verrouillage des cessez-le-feu alors constamment violés, etun élargissement progressif de l'intervention à partir de ces pointsd'appui. L'intervention eût bouleversé la genèse de la crise yougoslave. Enoctobre 1991, le plan fut abandonné: Royaume-Uni et Pays-Bas avaient misleur veto. La cause est connue. Elle fut décrite en particulier en octobre1993 par Jean-François Deniau lors d'une émission télévisée: " LeRoyaume-Uni refuse d'envisager une intervention militaire en Europe sans lesAméricains ". L'attitude était atypique (engagement et contrôle américain enEurope) et non stratégique (moyens et fins).Répondons donc au journal Le Monde: une politique de défense communeeuropéenne et son application dépendent plus - bien plus - des Etats-Unis etde l'attitude européenne vis-à-vis des Etats-Unis que de l'attitude de laGrèce. Dans des conditions européennes qui n'auraient rien eu à voir avecles conditions qui amenèrent à la guerre du Kosovo, la Grèce aurait bien sûradopté une autre attitude. Le modèle " eurosceptique " bâti sur desinterprétations historiques et dont Le Monde se fait l'écho, est l'allié leplus sûr et le plus constant des adversaires d'une Europe en cours dematuration politique.Ces remarques ne sont pas simple rhétorique. Elles devraient conduire à desrecommandations. Pour répondre de façon satisfaisante à la question "Pourquoi une défense européenne? " les Européens ont à se débarrasser decertains modes de pensée qui entravent jusqu'au contenu de leurs analyses.Lorsque les moyens dont nous disposons sont mis en veilleuse au motif qu'ilconvient de faire front derrière le leadership américain, la résolutionfinale des crises apparaît alors dans sa contradiction fondamentale: noussavions tous que le résultat serait un désordre dans les Balkans et desdifficultés avec les Américains.Deux visions stratégiques du monde sont au contact. Aujourd'hui au Kosovo,demain ailleurs, les Européens comprennent peu à peu que " le chas del'aiguille " est devenu trop petit pour permettre le passage précipité detoutes les objections qui s'accumulent depuis le début et qu'ils ont tues,par déférence envers la toute puissance de l'OTAN et des Etats-Unis (7) .Une défense européenne n'est pas faite pour prouver qu'on fait un effort(qu'on est de " bons élèves " comme on dit à l'OTAN). Elle n'est pas faitepour combler le technological gap (montage médiatique renvoyant plus à lalogique commerciale des ventes d'armes qu'à la réalité technologique). Une défense européenne est faite pour affirmer la solidarité d'un continent etd'une culture, assurer sa sécurité, encadrer solidairement les dérivesautoritaires locales et mettre en place les conditions de sa coopérationavec autrui... Cela pourrait être plus rapide qu'on le croit si on voulaitse débarrasser d'un certain conformisme d'analyse. Les besoins pourraientêtre affinés et les augmentations des budgets de la défense plus mûrementciblées. La sécurité européenne n'a pas à s'inscrire comme complément ouconcurrent des Etats-Unis, les modèles stratégiques propres aux Etats-Unisconstituant la norme. Entendre que l'Europe ne pourra pas " assurer sonautonomie stratégique " (général Klaus Naumann, ex-président du Comitémilitaire de l'OTAN) n'a plus de sens face aux enjeux de notre temps.Déterminer ses propres orientations, mesurer ses propres intérêts etutiliser ses moyens modernes de veille sociale, économique, politique voiremilitaire: c'est cela l'autonomie. Savoir faire voler ensemble souscommandement unique mille avions de combat au-dessus d'un petit pays est unseul aspect - assez marginal - de l'autonomie. Il est inopérant pourrésoudre les crises réelles. Il ne saurait surdéterminer les autresarguments en faveur de l'autonomie, ni engager sans débat le modèle futur denos armées.La situation européenne est aujourd'hui complexe. L'introduction de l'euron'a pas apporté le " souffle " politique que certains attendaient. Lesinstitutions européennes affrontent diverses crises marquées par lastagnation, la paralysie, l'affrontement politicien. Dans ce paysage assezaffligeant, l'initiative de défense révèle une dynamique, un espritd'entreprise " un nouveau souffle européen " - dont la portée politiquen'échappe à personne. Par les perspectives qu'il ouvre, ce dossier peuttranscender nombre de débats qui déchirent les différentes tendanceseuropéennes, fédéralistes, souverainistes, etc. La dynamique de défenseeuropéenne renferme certainement une clé permettant à l'Europe de dépasserles clichés pour s'atteler à une réalité cette fois bien visible : celle desformidables crises à notre porte.L'Europe a incontestablement - les historiens en débattront - une véritablechance et les moyens d'exister selon des normes classiques procurant à lafois puissance, solidarité et surtout sens de la responsabilité. Ce dernierpoint est finalement la meilleure réponse qu'on puisse apporter à laquestion que nous avons choisie pour introduire cette conclusion :" Pourquoi la défense européenne ? ".Novembre 2000 Yves MOLLARD laBRUYERE et Philippe GRASSET* Cette étude été réalisée conjointement avec Mr Philippe Grasset qui éditele bimensuel " de défensa "NOTES:1. Réalisée dans le cadre de la Commission permanenteIHEDN-Luxembourg/Belgique, elle n'engage que leurs auteurs.2. Sorte d'équivalent du Conseil de l'Atlantique Nord.3. Idem par comparaison avec le Comité des plans de défense et l'état-majormilitaire international de l'Otan.4. BAe (UK), devenue BAe Systems rachËte GEC Marconi Defence (UK) pourempêcher le rachat de ce dernier par Lockeed-Martin (US).5. Dasa (D) s'allie avec Aerospatiale Matra (F) pour former l'EADS (EuropeanAeronautic, Defence & Space Company). Ils sont rejoints depuis par Casa (ES)et Finmeccanica (IT).6. Israël et le Japon ont essayé ces vingt dernières années. Ils ontrenoncé. L'Inde a un projet. Les Anglais ont partagé larecherche-développement de l'Eurofighter Typhon avec les Allemands, lesEspagnols et les Italiens. Le Saab Grippen (S) est largement doté detechnologies américaines. Les Russes ont une génération de retard, voiredavantage. Les Chinois fabriquent quelques modèles russes sous licence.7.Lorsque tout se résumera à quelques décisions-clés (par exemple surl'autonomie européenne et les moyens au moment où il faudra les mettre enplace), le " chas de l'aiguille " ne sera-t-il pas trop étroit et la criseavec les Congrès américain inévitable ?

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LES 20 ANS DE L'AMPGN

PROGRAMME PROVISOIRE

DATE : SAMEDI 6 OCTOBRE 2001

LIEU: Auberge de Boendael

Square du Vieux Tilleul, 12

1050 Bruxelles

PROGRAMME:

Petit historique de l'AMPGN:

par les fondateurs le professeur Maurice Errera et

Mme Ghislaine Vankeerberghen

Exposé ( sujet à préciser)

par le Professeur A.Behar,

radiobiologiste à l'Hôpital de Villejuif (Paris),

président de la section française AFMPGN,

co-président pour l'Europe de l'IPPNW

Nouvelles de l'IPPNW et de l'AMPGN

par le président H. Firket

Réception pour les participants, les invités et les

journalistes.

Dîner pour les invités, les membres et leurs conjoints qui se seront

inscrits (PAF 1600 frs)

Les détails vous seront communiqués ultérieurement.

Retenez cette date et inscrivez vous dès maintenant,

Nous espérons que vous serez nombreux à soutenir notre action et à vouloir

fêter avec nous cet anniversaire.

Vous êtes tous les bienvenus.

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URANIUM " APPAUVRI " Où est le véritable scandale ?

Deux problèmes relatifs au désarmement agitent actuellement l'opinionpublique: le projet américain de bouclier anti-missiles et celui desprojectiles coiffés d'uranium " appauvri. " (voir analyse d'Eric Remacle ).Le corps médical est plus immédiatement intéressé par l "uranium appauvri.Dans notre précédent numéro, le Dr Jacques Loute avait résumé, sous un titreironique, le problème des syndromes du Golfe et des Balkans, tels que lesvoyaient l'automne dernier les autorités médicales - perplexes - de l'arméebelge. Rappelons que celle-ci ne semble pas posséder jusqu'ici d'obus àpointe d'uranium.Quinze à trente pour cent des vétérans de ces guerres se sont plaints, dansdes délais de quelques semaines à plusieurs mois, de symptômes divers:fatigue générale, irrabilité, céphalées, insomnies,...S'y ajoutaient: pertesde mémoire, rigidité et douleurs musculaires ou articulaires etdépressions. On citait aussi des allergies, des troubles sanguins, desaffections cutanées, voire des leucémies et des cancers de localisationsdiverses. Une étude statistique anglaise comparait, en 1999, plusieursmilliers de vétérans du Golfe à des contingents analogues venant de Bosnie,un peu moins atteints, et à un groupe de militaires témoins n'ayant pasparticipé à ces campagnes (1). Les malades et leurs familles mirent en causeles obus à tête d'uranium " appauvri ", utilisés parce qu'ils pénètrentmieux la cuirasse des chars ou les parois de béton. Aucun des symptômesrelevés ne paraissent correspondre à ce qui est connu de la toxicité del'uranium, due à sa radioactivité ou à ses propriétés chimiques. Saradioactivité, la plus faible parmi les matières fissiles, peutthéoriquement produire des cancers, mais après des délais considérables (10à 30 ans). L'uranium peut être très toxique pour le rein, comme tous lesmétaux lourds; or, aucun des militaires interrogés ne signale de troublesrénaux. Les spécialistes, de l'IPPNW et les autres, s'accordent pour direqu'il faut chercher ailleurs. Lors de la guerre du Golfe, les autoritésavaient imposé, en plus de celles habituellement recommandées sous desclimats chauds, les vaccinations contre la peste et le charbon, beaucoupmoins courantes. De plus, les troupes reçurent des injectionsd'anti-cholinestérases censées les protéger contre les éventuelles attaquespar gaz neurotoxiques . Nombre de ces militaires s'étaient aussi trouvésproches d'incendies de puits de pétrole et de dépôts chimiques divers..Tel était le contexte, il y a un an, mais il subsistait un malaise.Pourquoi les services médicaux de l'armée américaine avaient-ils d'abordtenté de nier, puis de minimiser les troubles dont se plaignaient lesvétérans? Pourquoi les informations à leur sujet ne sortaient-elles qu'aucompte-goutte? Des militaires européens (Allemands, Hollandais, Italiens etBelges) ayant travaillé en Bosnie et au Kosovo présentaient des symptômesanalogues. Enfin, on découvrit que l'armée américaine, bien que niant avecindignation toute responsabilité de l' "uranium appauvri ", avait distribuéà ses hommes des rapports détaillés (2) et une cassette traitant desprécautions à prendre s'ils se trouvaient aux abords (" at least 50 meters") d'un endroit où aurait explosé un obus à tête d'uranium. Ce produit n'esttoxique que s'il pénètre dans l'organisme sous forme d'infimes particules;un contact court avec la pointe métallique solide n'est pas dangereux.On apprit aussi plus récemment que l'uranium soi-disant appauvri n'en estpas vraiment. Ceci demande quelque explication. Les trois isotopes del'uranium naturel ont des demi-vies fort différentes. Celle de l'U238 (99,3% du minerai) dépasse 4,5 milliards d'années, très peu de ses atomes sedésintègrent par minute et il est donc très peu radioactif. Il ne peutd'ailleurs pas entretenir la réaction nucléaire. Il est associé à 0,7 %d'U235, 6 fois plus actif, et à une quantité infime (0,006 %) d'U234beaucoup plus radioactif encore. Pour que l'uranium soit utilisable commecombustible ou explosif nucléaire, on l'enrichit en U235 ce qui, depuis 50ans, a donné lieu à la récupération d'énormes quantités de U238. Tout lemonde était persuadé que " l'uranium appauvri " utilisé pour les pointesd'obus (comme pour lester des quilles de bateaux de course) n'était que cetU238 récupéré. Or, les poussières dégagées par l'explosion contiennent del'U236 et du plutonium239, non naturels, qui naissent dans le combustibledes centrales. Le plutonium est 200.000 fois plus radioactif que l'U238.Même si sa concentration n'est que de 1/1000 (soit dix fois moins que cequ'on extrait du combustible épuisé), la radioactivité totale de cespoussières est plusieurs centaines de fois celle de l'uranium appauvrithéorique. Par ailleurs, on a aussi découvert récemment que l'urine decertains vétérans contient de l'uranium. Tout cela modifie le problème.Devant l'émoi des opinions qui ne font plus confiance aux affirmations desmilitaires américains, plusieurs assemblées, dont le Parlement européen etle nôtre, demandent un moratoire tant que la situation n'est pas éclaircie.Ce moratoire, proposé à l'OTAN, serait accepté par la grande majorité desÉtats membres, mais les États-Unis et la Grande-Bretagne s'y opposent,tandis que la France hésite. Notre Ministre de la Défense, A. Flahaut, quijoue honnêtement la transparence, nous a confirmé par écrit qu'il suggèreune enquête internationale par des experts universitaires indépendants etqu'il est prêt à ouvrir tous les dossiers médicaux des personnels concernés.L'OMS appelle à la création d'un fond de 2 millions de dollars pour financercette enquête internationale.Il y a de fortes chances pour que celle-ci ne montre pas de lien de cause àeffet entre l'uranium appauvri et les symptômes observés chez les vétérans.Il faudra, pour ces militaires et surtout pour les populations civilesvivant dans ces zones contaminées, en rechercher les vraies causes . Parcontre, les conséquences à long terme (essentiellement cancers) du contactde déchets où le plutonium joue un rôle majeur, ne se révéleront que peu àpeu et risquent d'être lourdes. Il faut savoir que sont vendus, un peupartout dans le monde, des tanks et des canons équipés de munitions àl'uranium appauvri. Ces risques à long terme n'en seront que plus largementétendus. Voilà où se trouve le véritable scandale.On ne peut accepter que, par cette pollution, soit mises en danger, pour delongues périodes, la santé et la vie des gens. Les lois humanitaires ou "Conventions de Genève " l'interdisent d'ailleurs formellement.. Le problèmede l'uranium appauvri est, sur ce plan, analogue à celui des minesanti-personnel.H.Firket (1) Unwin Catherine et al., Health of UK servicemen who served inthe Persian Gulf War - Lancet,353, 169-178, 1999.(2) Handling procedure for Equipment contaminated with Depleted uranium.....U.S. Army Pamphlet 700-XX, sans date, prob. 1999.

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RESISTANCE MEDICALE AUX ARMES NUCLEAIRES.

(Section luxembourgeoise de l'IPPNW)

C'est en 1981, année du congrès fondateur de l'IPPNW près de Washington, quenous avons découvert ce mouvement en assistant à Berlin au premier congrèsde la section allemande. Nous avons aussitôt formé à Luxembourg un groupe deréflexion et d'organisation. Notre première démarche a été de publier unmanifeste reflétant les analyses et les objectifs de l'IPPNW. Ce texte,soutenu par plus de 50 médecins signataires, a paru dans toute la presseluxembourgeoise. Par la suite, en 1982, la section luxembourgeoise del'IPPNW fut fondée sous l'appellation Résistance Médicale aux ArmesNucléaires (RMAN),ralliant près de 25" du corps médical luxembourgeois.Un de nos premiers objectifs fut de transmettre le message de l'IPPNW à desconfrères français avec lesquels nous avions de bons contacts. Aprèsquelques difficultés de départ, ils fondèrent la section française quideviendra une des plus dynamiques de l'IPPNW; nous nous félicitons d'enavoir été, en quelque sorte, le " parrain ".L'exiguïté du territoire du Grand-Duché explique en grande partie lesfacilités qui nous ont permis d'entreprendre une très large campagned'information sur les dangers d'un conflit nucléaire et sur les incidencespolitiques et socio-économiques de la course aux armements, et ceci àtravers diverses associations, divers établissements scolaires et auprès dela presse écrite et parlée. Nous avions de fréquents contacts et échangesavec les responsables politiques et les représentants de notre Gouvenementpour exposer nos vues, notamment au sujet des essais nucléaires. De même,nous avons fait de nombreuses démarches auprès des ambassades des puissancesnucléaires. En dehors des grands congrès internationaux, nous avonsactivement participé aux réunions régionales. Une délégation RMAN s'estrendue à Moscou, en Ukraine, en Yougoslavie pour rencontrer des responsablesdu monde politique et médical.Le Luxembourg n'a ni université ni école de médecine, nous avons donc manquéde personnalités scientifiques reconnues et susceptibles de rejoindre nosrangs. De ce fait, nous n'avions pas non plus de section étudiant.Suite à la chute du mur de Berlin, les bouleversements géopolitiques telsque l'implosion de l'URSS et la fin de la confrontation directe dessuperpuissances militaires, se sont répercutés sur l'orientation et lapolitique de l'IPPNW. Notre appel à ne pas baisser la garde devant lanouvelle forme que revêt la menace nucléaire n'a pas eu l'impact escompté.Après la campagne d'information auprès du public, l'action de l'IPPNW sedéplaça, en toute logique, vers les dirigeants politiques. Les délégationsofficielles rencontrèrent les représentants des grandes nations ou des paysen conflit afin de discuter de solutions aux confrontations. Ces démarchespour résoudre les problèmes par d'autres moyens que par les armescorrespondent à la conception primaire de l'IPPNV: accorder la priorité à laprévention des conflits.Cette politique de la campagne de l'IPPNW exige une bien plus grandedisponibilité de ses acteurs et implique une parfaite connaissance des faitspolitiques. Nous sommes devenus conscients des difficultés pour répondre àces deux exigences, d'autant plus que RMAN reposait sur trop peud'épaules.Ceci explique aussi que nous n'ayons pas élargi nos objectifs versles problèmes posés par l'environnement et le social, même si l'engagementhumanitaire a toujours pris une part très importante dans notre action. Nousrefusâmes de devenir une organisation se référant à un mouvementinternational prestigieux, mais qui n'existerait plus que par ses statuts.C'est pourquoi nous avons décidé, lors de notre dernière assemblée générale,de dissoudre RMAN. Comme nous restons individuellement très attachés auxobjectifs de l'IPPNW, nous avons appelé nos membres à s'affilier à une dessections qui nous ont toujours été très proches, soit la section belge, soitla section française. Ces deux organisations nous ont soutenus par leurappui logistique, notamment par leurs documents et leurs publications. Deforts liens d'amitié et de solidarité nous relient depuis le début de notrechemin commun. Elles sont de plus à compter parmi les sections de loin lesplus actives de l'IPPNW.Voilà pourquoi nous avons mis à leur disposition, à parts égales, notre "trésor de guerre " soit les deux tiers de nos fonds; le tiers restant étantenvoyé au bureau central de l'IPPNW à Boston.Même si, par la force des circonstances, RMAN n'existe plus, nous restonspersuadés que le message de l'IPPNW reste d'actualité et qu'il garde, plusque jamais, sa dimension morale dans la recherche des chemins difficiles quimènent à la Paix.Docteur Emile Tockert,Président de la section de Luxembourg

* * * * * *

Chers confrères luxembourgeois,

Nous tenons à remercier chaleureusement le Docteur Tockert et la RMAN de

leur générosité à notre égard. Nous apprécions beaucoup leur geste amical .

Un certain nombre d'entre vous se sont déjà affiliés à l'AMPGN et nous les

en remercions. In utile de vous dire que vous êtes tous les bienvenus.

L'AMPGN fêtera cette année ses 20 ans et nous espérons que vous serez

nombreux à assister à la petite fête que nous organiserons en octobre

prochain.

Nous sommes à votre disposition , n'hésitez pas à nous contacter.

Professeur Henri Firket, président

* * * * * *

En plus des fonds qu'elle nous a versé, la RMAn nous a aussi fait don

d'une soixantaine de disques produits par la section allemande Ces disques

sont d'une excellente qualité. Vous en trouverez la liste ci-après.

Prix de vente .:

500 FB pour CD simple et 900 FB double CD

600 FB et 1000 FB port compris

N° 2 SCHUBERT QUATUOR À CORDES, en do majeur, op. 163

. Brandis Quartet - Nathalia Gutman (violoncelle)

N° 3 MOZART SYMPHONIE CONCERTANTE, en ES majeur KV 364

HAYDN CONCERTO pour piano, en ré majeur, N°11 (Hob XVIII)

Ensemble Oriol de Berlin

N°9/10 VERDI REQUIEM pour choeur et orchestre

2 CD Weltsymfonie Orchestra

N° 11 MOZART SYMPHONIE, en do majeur - Linzer symphonie -KV425

R. STRAUSS METAMORPHOSES

Orchestre de chambre philharmonique de Brême

N° 14 MOZART REQUIEM, en ré min eur KV 626

Bundesjugendorchester, Akademischer Chor Riga, Ossietsky Chor Berlin

N° 15 Musique indienne NIGHT MELODY RÂGA

N° 18 JAZZ 9 morceaux (saxophone, piano, basse, batterie, vibraphone)

: Emil Mangelsdorff Quartet

N° 20 MOZART SYMPHONIE N°25, en sol mineur, KV 183

Orchestre de Chambre philharmonique de Brême

N° 22 BRAHMS QUATUOR À CORDES en la mineur, op.51, N°2

QUINTETTE pour clarinette en si mineur, op.11[

Quatuor philharmonique de Berlin

N° 23 BRAHMS QUINTETTE À CORDES, en fa majeur, op.88

QUINTETTE À CORDES, en sol majeur, op 111

N° 24 MUSIQUE BAROQUE ITALIENNE (1619-1684)

J. Rosenmüller, Luigi Rossi, Biagio Marini, Agostino Steffani

, Arcangelo Corelli , Antonio Lotti ,

Claudio Monteerdi

Solistes de l'orchesre philharmonique de chambre de Berlin

N° 25 BEETHOVEN QUATUOR A CORDES en mi majeur, op. 18 N°1

. QUATUOR A CORDES, en ré mineur, op. 59 N°2

Brandes Quartet

N° 26 GOTT, SEI MIR GNÂDIG

J. Rosenmüller (1619-1684), J. Kunhau(16650-1722),

Johan Schelle (1648-1701), D. Buxtehuse (1637-1707)

Orchestre philharmonique de chambre de Berlin , Gäste und Cantus

Cölln

N°27 BRUCKNER QUINTETTE A CORDES, en mi majeur

Orchestre de Chambre de Berlin

N° 30 MALHER LE CHANT DU MONDE, symphonie

Ensemble Sharoun de Berlin + ténor et alto

N° 31 SCHUBERT QUATUOR A CORDES , en la mineur, op. 29, D 804

PURCELL 3 FANTAISIES

JANACEK QUATUOR A CORDES " Intime B rieve "

MANON QUARTET

BIS 493 HAYDN LA CREATION

494 Orchestre symphonique de Hongrie,

2 CD Pecs Chamber Choir, Hongrie

BIS 515 CHOSTAKOVICH SYMPHONIE LENINGRAD N° 7, op. 60

Orchestre philharmonique de Moscou

BIS 632 MALHER SYMPHONIE N° 9, en ré majeur

Orchestre symphonique de Moscou

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Ghislaine Vankeerberghen

 

 

 

Nous avons lu

LES ÉTATS-UNIS S'EN VONT-ILS EN GUERRE ?

préface et introduction de P.M. de la Gorce

148 pp.Co-édition GRIP-Éditions Complexe, 2000

Cet ouvrage paru l'automne dernier, regroupe les contributions de onze

experts, surtout belges et français, mais aussi anglais, allemand, et

américain, sur l'évolution des États-Unis. Maintenant qu'ils sont, sans

conteste, l'unique superpuissance mondiale, quelle orientation prennent-ils

? Ils pourraient employer leur écrasante prédominance diplomatique pour

exercer des arbitrages bienveillants favorisant la paix et la démocratie

partout dans le monde ou, au contraire, si leurs intérêts financiers et le

contrôle des matières premières prennent le pas, imposer leur suprématie par

la menace ou l'emploi de leur supériorité militaire. Ces analyses tendent à

montrer que, consciemment ou non, ils privilégient la seconde hypothèse.

Ces études ne succombent cependant pas à un anti-américanisme primaire. Les

auteurs rendent entre autres hommage à la transparence de la société

américaine, ce qui leur permet de s'appuyer sur des rapports d'intentions

détaillés et des précisions chiffrées. L'exigence affirmée du Pentagone qui

veut pouvoir faire face à deux guerres indépendantes simultanées, tout en

cherchant à réduire au maximum les pertes parmi leurs troupes, est

clairement exprimée. Le budget militaire US absorbe plus de la moitié des

dépenses fédérales et est largement supérieur au total des budgets

militaires de toutes les autres puissance nucléaires, alliées ou non. On

souligne l'écrasante supériorité technologique des Etats-Unis dans tous les

domaines de l'armement (3/4 des dépenses de recherche sont consacrées au

militaire), la concentration de plus en plus grande des structures

industrielles de l'armement (40 % des commandes allant à trois grands

groupes) et les relations de celles-ci, non seulement avec l'administration,

mais avec l'establishment financier. Cela va de pair avec l'évolution de

l'OTAN et de ses relations avec l'Union Européenne, plus ou moins tenue en

laisse. Les attitudes apparemment opposées d'approbation du Traité de Non

Prolifération, et d'opposition à celui sur l'abolition des essais

nucléaires, et le projet de défense anti-missiles font ainsi partie d'un

ensemble cohérent, appuyé par le sentiment très répandu dans l'opinion de la

mission messianique des USA.

Les auteurs sont pessimistes quant aux réactions probables de divers pays

n'appartenant pas à la sphère atlantique. Certaines zones du globe sont

complètement abandonnées, certains pays indûment privilégiés et on peut

craindre un accroissement de la tension dans le monde et de la course aux

armements, nucléaires et autres.

Les intentions affirmées de la nouvelle administration Bush depuis quelques

semaines montrent qu'elle ne fera très probablement qu'accentuer des

tendances déjà décrites dans ce livre.

H.Firket

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Armes légères: un danger extrême (suite)

Nous vous avions présenté dans notre Newsletter 70, datant du 2ème trimestre

2000, une étude sur l'utilisation et le trafic des armes légères dans le

monde. Nous y évoquions la campagne en cours au niveau mondial ainsi que le

code de conduite en matière d'exportation d'armements adopté par l'Union

Européenne.

Où en sont les choses en ce début 2001?

L'assemblée générale de l'ONU a adopté le schéma général de la future

conférence internationale sur le commerce illicite des armes légères qui se

tiendra du 9 au 20 juillet 2001, donc pendant la présidence belge de l'UE,

sous le titre " UN International Conference on the Illicit Trade in Small

Arms and Light Weapons in all its Aspects ". La première réunion

préparatoire à cet effet vient de se terminer au siège de New York, sous la

présidence de l'ambassadeur du Mozambique, M. dos Santos, et une seconde est

prévue en mars 2001.

Le programme d'action de cette conférence se propose de définir l'engagement

spécifique de chaque nation membre ainsi que les mécanismes d'implantation

des mesures adoptées. Les discussions porteront notamment sur les points

suivants:

* trafic illicite darmes légères

* fabrication autorisée et contrôle des dérapages éventuels

* stockage sans danger

* destruction des armes illégales

* contrôle du port darmes par les populations civiles

* mesures à prendre après un conflit, désarmement, réintégration

des combattants

* transparence, assistance et coopération au niveau international

 

 

 

Les questions les plus controversées concernent la légalisation éventuelle

des mesures préconisées ou la simple déclaration d'intention au niveau

politique, l'aide financière aux pays du Sud afin quils soient effectivement

capables d'appliquer les résolutions qui les concernent, et la nature du

pouvoir (international, national, régional) ayant autorité pour imposer les

restrictions décidées.

Quant aux ONG qui se veulent partie prenante, elles se demandent dans quelle

mesure elles auront effectivement accès aux réunions officielles et si, par

la suite, les gouvernements seront encouragés à coopérer avec elles pour la

mise en oeuvre des décisions prises. Ces ONG sont dès à présent très actives

et assistent à toutes les sessions ouvertes au public. On peut trouver

mention des documents officiels de référence au site du GRIP ("

http://www.grip.org).

En ce qui concerne plus précisément l'implication de la Belgique dans la

conférence des Nations Unies, le Réseau d'Action International sur les armes

légères/Belgique francophone (RAIAL/BF) évoque deux questions principales:

* quelles sont les priorités du gouvernement belge?

* quelle est la position belge quant à la participation des ONG lors de

la conférence?

Le second rapport annuel concernant le Code de conduite de l'UE en matière

d'exportation d'armements, publié fin novembre 2000, dresse le bilan de la

deuxième année de mise en application du code de conduite. Cette deuxième

année , le code a été adopté en juin 1998, a été marquée par:une

consolidation des acquis de la première année avec une augmentation

régulière du nombre de notifications et de consultations. Outre les pays

associés d'Europe centrale et orientale, de Chypre, des pays de l'AELE

membres de l'Espace Economique Européen et du Canada, La Turquie et Malte se

sont récemment engagés à adapter aux principes du Code leur politique

d'exportation et, si nécessaire, leur réglementation. D'autre part, la

plupart des Etats membres exportateurs d'armements ont pris la décision de

publier désormais des rapports nationaux sur leurs propres exportations

d'armements.,l'enregistrement de nouveaux progrès sur certaines questions

considérées comme prioritaires. Ainsi, une liste commune d'équipements

militaires a été adoptée et rendue publique, qui constitue un pas en avant

vers la convergence des pratiques des Etats membres dans le domaine du

contrôle des exportations d'armes conventionnelles. Cette liste a également

valeur d'engagement politique dans le cadre de la Politique étrangère et de

sécurité commune: les Etats membres feront désormais en sorte que leur

législation nationale leur permette de contrôler l'exportation de tous les

biens figurant sur la liste, et celle-ci sera régulièrement mise à jour.

Cette liste constitue une base agréée qui doit permettre de progresser vers

une interprétation commune de la notion de " transaction globalement

identique ". Cette notion est, en effet, au coeur du dispositif opérationnel

du code de conduite.la volonté d'une description précise des modalités et

des motifs de refus dans les notifications afin de pouvoir décider, le cas

échéant, si des consultations s'imposent.

Les Etats membres continueront d'échanger des informations sur

l'interprétation au niveau national des embargos décrétés par les Nations

Unies, l'Union européenne ou l'Organisation pour la Sécurité et la

Coopération en Europe. Ils ont parallèlement développé leur concertation sur

les politiques nationales de contrôle des exportations d'armements vers

certains pays ou régions non soumis à embargo mais faisant l'objet d'une

vigilance particulière.

Parmi d'autres questions abordées, signalons une préoccupation accrue

concernant les équipements militaires utilisés dans le cadre d'opérations

humanitaires - en particulier les opérations de déminage - ainsi que le

renforcement du contrôle des transferts d'armes légères et de petit calibre.

Pour conclure, ce deuxième rapport rappelle que la mise en oeuvre du code de

conduite s'inscrit dans un processus à long terme de renforcement de la

coopération et de promotion de la convergence entre Etats membres de l'UE

dans le domaine des exportations d'armes conventionnelles.

De nombreuses pistes d'action sont évoquées pour l'avenir: il s'agit

notamment de finaliser une liste commune de biens non militaires de sécurité

et de police, de développer les échanges d'information, d'harmoniser les

procédures et les rapports nationaux annuels, de coordonner les positions

nationales et de l'UE dans les instances internationales, et enfin de

promouvoir, conjointement avec les Etats-Unis, les principes du code auprès

des pays tiers.

Geo Werbrouck

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Quelques chiifres concernant la Belgique (période du 1er janvier au 31 décembre 1999):
Valeur totale des exportations d'armes (en euros): 622.021.411 
Nombre total d'autorisations accordées: 950 
Nombre de refus notifiés: 29

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Ghislaine Vankeerberghen