ÉDITORIAL

ANNIVERSAIRE                     

 

En cette année 2000, il faut commémorer, non seulement la fin du second millénaire, mais aussi le vingtième anniversaire de la fondation de l'International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW). C'est le moment de faire un rapide bilan de ses activités En 1980, on était en pleine guerre froide. L'Amérique craignait " l'Empire du mal " et l'URSS dénonçait le " grand Satan capitaliste " . Malgré les engagements pris parle premier Traité de Non-Prolifération en 1970, on continuait de part et d'autre à diversifier, à accroître et à " améliorer " les arsenaux nucléaires. Chaque avancée réelle ou supposée (les services d'espionnage rivalisaient d'imagination) d'une des superpuissances, était un argument pour les militaires de l'autre camp d'exiger le financement de nouveaux développements. Trois médecins russes et trois médecins américains qui se connaissaient depuis longtemps, réunis à Genève à l'occasion d'un congrès de cardiologie, se confièrent leurs craintes d'une guerre nucléaire que ces orientations politiques rendaient possible. Ils décidèrent d'alerter ensemble l'opinion publique. Tout d'abord, chacun des deux groupes, prisonnier de l'atmosphère politico-médiatique dans laquelle on vivait à l'époque, reprocha à l'autre l'attitude de son gouvernement. S'apercevant bien vite que cela ne menait à rien de concret, ils décidèrent de négliger l'idéologie et d'analyser scientifiquement les dangers d'une guerre nucléaire généralisée. Ils montrèrent, par des études scientifiques précises, qu'à côté des millions de morts qu'on déploreraient en quelques jours ou quelques semaines (que le Pentagone lui-même estimait à un tiers de la population aux États-Unis), il y aurait au moins un aussi grand nombre de blessés et de brûlés, souvent très graves, que le corps médical, décimé comme le reste de la population et vu que les installations sanitaires seraient en ruine, ne pourrait soigner correctement, ce qui doublerait à terme le nombre de morts. De plus, ils démontrèrent que la destruction à une échelle gigantesque des infrastructures essentielles, ajoutée à ce nombre horrifiant de victimes, allait détruire toute la civilisation technologique et nous ramener au niveau du Moyen-age. Ils prouvaient qu'il était impossible de " gagner "une guerre nucléaire.
En quelques années, plus de deux cent mille médecins dans quatre-vingt sections nationales adhérèrent à l'association. Ce développement exponentiel de l " IPPNW, joint à d'autres mouvements de paix actifs, réveilla une opinion publique jusque là résignée ou peu renseignée. Ce fut le moment des grandes manifestations pacifiques un peu partout dans le monde: au Nevada, en Angleterre et aussi chez nous où 300 000 personnes (autant que lors de la récente Marche blanche) défilèrent à Bruxelles contre l'installation de missiles nucléaires à Florennes. En URSS, l'opposition ne pouvait, hélas, se manifester aussi publiquement, ce qui fut interprété par certains en Occident comme une adhésion à l'agressivité nucléaire. L'action de l'IPPNW fut récompensée, en 1984, par l'UNESCO qui lui octroya le Prix d'Éducation à la Paix et, en 1985, par le Prix Nobel de la Paix . Ce dernier prix valutà nos amis Américains une étonnante volée d'injures et de calomnies de la part des médias officiels qui déclaraient que l'IPPNW était dirigée par des agents de Moscou qui se servaient d'un ramassis de gogos utopistes comme marionnettes. Même dans notre pays, certains nous reprochèrent en termes parfois insultants d'être payés par le KGB ! La méfiance généralisée de l'opinion russe, vis-à-vis de tout ce qui était nucléaire, s'accrut après l'accident de Tchernobyl.
Saisissant l'occasion en 1987, un des fondateurs russes de l'IPPNW, le professeur Eugène Chazov qui connaissait personnellement Gorbachov, organisa une rencontre de celui-ci avec Professeur Bernard Lown. Gorbatchov et son entourage, conscients que la Russie avait de plus en plus de difficultés à suivre financièrement les relances nucléaires successives, furent convaincus que si on continuait cette partie de poker sans fin, cela se terminerait inévitablement en catastrophe mondiale.
Gorbatchov décida donc d'arrêter l'escalade. La fin de la guerre froide s'ensuivit et le traité Start I programma une réduction de moitié des têtes nucléaires russes et américaines. En même temps, la France et Grande-Bretagne réduisaient leur armement nucléaire et le concentraient sur leurs sous-marins, moins vulnérables et dont la portée est plus longue. Il reste pourtant encore 30.000 têtes nucléaires dans le monde (dont 95 % russes et américaines). La confiance ne s'établit que fort lentement Le Sénat américain refuse, pour des raisons de politique intérieure, de ratifier le traité interdisant les essais nucléaires. La Douma a longtemps traîné les pieds pour ratifier Start II qui prévoit la réduction à 3000 têtes nucléaires.
Le travail de l'IPPNW s'est beaucoup modifié au cours des années. Le public est maintenant convaincu du danger de l'arme nucléaire. Il n'est plus nécessaire de le persuader. Les autorités politiques n'osent plus refuser de nous rencontrer. Il est donc nécessaire de les affronter avec des arguments juridiques et techniques précis. Il y a moins de membres très actifs à l'IPPNW, mais beaucoup sont devenus des experts et travaillent à temps plein pour l'organisation.
Il ne s'agit plus seulement d'éviter une guerre planétaire entre grandes puissances. De nouveaux pays se sont dotés d'armes nucléaires, les nombreux conflits armés des dernières années font toujours autant de victimes et entretiennent une atmosphère de méfiance. L'IPPNW veut aussi contribuer à maintenir ou à rétablir la paix, notamment en favorisant les contacts entre ses affiliés, même si certains pays sont opposés l'un à l'autre. Les résultats de cette dernière année doivent être nuancés: échecs et avancées très importantes coexistent.
La guerre en Tchétchénie et dans plusieurs régions d'Afrique, entretient les atrocités et les souffrances pour les populations et pour les réfugiés. Par ailleurs, un grave conflit se prépare peut-être au Moyen Orient. Par contre la révision du Traité de Non Prolifération s'est terminée par un consensus général. Le Nouvel Agenda pour le désarmement nucléaire, farouchement refusé pendant deux ans par les grandes puissances nucléaires, a été approuvé à une quasi unanimité le mois dernier à l'Assemblée générale de l'ONU, États-Unis, Chine et Royaume-Uni compris. Pour des raisons peu claires, la Russie et la France se sont abstenues. Mais cette fois, aucun pays nucléaire important n'a osé voter contre.
Les Russes proposent une réduction supplémentaire à 1500 têtes nucléaires, choisissant peut-être le moment où les Américains, empêtrés dans les résultats de leurs élections, n'ont pas la possibilité de répondre rapidement. On reparle des négociations de Start III.

ASPECTS MÉDICAUX DU PLUTONIUM

La conférence intitulée " Plutonium 2000 " , organisée dans un grand hôtel bruxellois du 9 au 11 octobre dernier par la " Belgian Nuclear Society " , rassemblait 300 spécialistes venant de 15 pays, des États-Unis au Japon en passant par toute l'Europe, Russie comprise. Elle faisait le point sur l'emploi, le transport et le stockage du plutonium et les précautions à prendre pour sa manipulation. Conscients de la mauvaise réputation du plutonium, les organisateurs ont voulu donner la parole à quelques opposants. On m'avait demandé de présenter le point de vue de l'IPPNW. Dans un article précédent, j'avais déjà abordé le sujet dans une optique strictement radiobiologique (newsletter n° 56, décembre 1996). Cette fois, l'exposé - oral- présentait les choses d'un point de vue plus général. En voici la traduction.
Comme radiobiologiste, je m'intéresse depuis longtemps aux effets des matériaux fissiles sur la santé. Je suis aussi membre de l'IPPNW,
association internationale qui, avec ses centaines de milliers de membres, lutte pour l'abolition de l'arme nucléaire. Certains de nos affiliés sont opposés, même par principe, à la production d'électricité nucléaire.
L'association elle-même est neutre sur ce point.
Il est dommage que le problème des effets du plutonium sur la santé ne soit abordé que le troisième jour de cette conférence. Une partie du public englobe la production nucléaire d'électricité et l'arme atomique dans une commune condamnation. C'est irrationnel. Les conditions dans lesquelles les réactions nucléaires se déroulent, les quantités de matières fissiles dispersées, les effets sur la vie et la santé de l'une et de l'autre sont extrêmement différents (tableau I). D'autre part, beaucoup d'ingénieurs, qui ont une vision assez théorique de la biologie, se reposent trop sur la fausse sécurité qu'offrent certaines règles internationales strictes. ils ignorent que, dans certaines circonstances, les limites de doses autorisées n'ont guère de sens. Aussi, je commencerai par rappeler quelques solides faits scientifiques. La relative pauvreté de données précises au sujet des effets du plutonium sur l'organisme humain ne signifie pas que de très faibles doses puissent être ignorées. En fait, le seul livre analysant les effets biologiques de la contamination par le plutonium porte le titre The deadly Gold of the Nuclear Age " 1. Il ne faut jamais oublier que la radioactivité du plutonium est 200.000 fois plus élevée que celle de l'uranium. Les particules alpha et les neutrons émis ont une trajectoire maximum d'une quarantaine de microns et n'ont d'effet biologique que si l'élément pénètre dans l'organisme. Pour de faibles quantités, de minces parois constituent un écran efficace, ce qui paraît un avantage. C'est aussi un risque: de faibles fuites sont difficiles à détecter. Le contact avec la peau doit être évité, mais un lavage énergique au savon éliminera la plus grande partie de la contamination. Les conséquences sont plus graves quand le plutonium est absorbé. Lorsque de très petites particules insolubles contaminent nourriture ou boisson, la plupart sont éliminées sans dommage par le transit normal, mais quelques unes peuvent persister dans les replis intestinaux et - après des décennies - induire un cancer. Les cancers du colon sont assez fréquents et dus à des causes diverses. Dans les cas où une contamination par du matériau fissile aurait eu lieu des années auparavant, prouver son implication serait difficile et très onéreux. On n'essaie même pas. Ce n'est pas une raison pour en ignorer la possibilité. La voie la plus dangereuse - et la plus probable - d'entrée dans l'organisme est l'inhalation par les poumons sous forme de micro-particules en suspension dans l'air. Plus celles-ci sont petites, plus elles ont de chances de pénétrer profondément dans les alvéoles. Plusieurs études ont montré que, après l'absorption de quantités de l'ordre du microgramme (un millième de mgr) de poussières invisibles, 100% des animaux d'expérience ont développé des cancers du poumon. Il n'y a pas eu d'études ultérieures pour déterminer la dose minimale susceptible de produire cet effet. L'impact dramatique d'aussi petites quantités, dont la radioactivité totale est plusieurs milliers de fois inférieure à celle des doses autorisées (1 à 5 millisieverts par an), peut surprendre les ingénieurs et les physiciens. il faut rappeler que l'unité de mesure des effets radiobiologiques, le sievert, est égal à un gray (qui entraîne la libération d'un joule d'énergie par kilo) multiplié par l'efficacité biologique relative (EBR), qui dépend elle-même du transfert d'énergie linéaire caractéristique du rayonnement en cause. Comparés à une dose identique de rayons X ou gamma, les neutrons et les particules alpha produisent 10 à 20 fois plus de dommages dans les molécules d'ADN et celles-ci se réparent beaucoup moins bien après l'irradiation. Des doses successives ont ainsi un effet cumulatif. C'est un point essentiel. La définition citée ci-dessus suppose que la radioactivité se répartit statistiquement dans tout le volume irradié. Ce n'est pas le cas lors d'une contamination du tissu pulmonaire par les particules insolubles du plutonium. Chaque micro-grain de poussière (invisible même au microscope optique) ne peut être identifié que par les traces qu'il laisse encore des décennies plus tard en auto-radiographie. On a pu le montrer pour plusieurs éléments radioactifs lourds. Par exemple, le thorium qui fut utilisé avant la guerre dans un but diagnostique pouvait encore être identifié, 30 ans après son absorption, au centre des cancers qu'il avait provoqués (fig.1) . Des images identiques seraient obtenues après absorption de plutonium. Quelques grains sont transportés par les cellules sanguines vers le foie ou le rein et peuvent y causer des dommages, mais la plupart restent dans les tissus lymphoïdes à la base du poumon. Chaque particule irradiera pendant des années une sphère d'environ 80 microns de diamètre. On calcule facilement que, dans ces petits volumes dispersés, la densité de radioactivité accumulée de la sorte est égale à 100 sieverts ou davantage 2. 
Environ 100.000 cellules lymphoïdes seront irradiées au fil des années et leur ADN plus ou moins affecté. Ces modifications entraîneront chez certaines d'entre elles une transformation cancéreuse. Les 100% de cancers des chiens dénombrés au cours des expériences ne sont donc pas surprenants. Dans un tel contexte, la notion de dose seuil n'a plus de sens. Pourtant, les techniciens travaillant au recyclage du combustible nucléaire ne présentent pas un nombre alarmant de cancers. La plupart des statistiques montrent au contraire que leur santé est meilleure que celle de populations témoins comparables. Il faut féliciter l'industrie des précautions sévères qu'elle a prises pour empêcher les fuites de plutonium dans l'air des ateliers. Mais ces statistiques peuvent - involontairement - être biaisées. 
Ces travailleurs sont choisis après des examens sélectifs rigoureux; peu d'entre eux fument; or, chacun sait que le tabac est de loin la cause la plus importante de cancer du poumon. De plus, les tumeurs induites par la radioactivité n'apparaissent souvent qu'après des décennies. La plupart des individus concernés auront quitté leur travail à ce moment et seront à charge de la sécurité sociale générale. L'industrie ne sera pas mise au courant de l'évolution de leur état de santé. En Europe, en tous cas, personne n'a jamais cherché à reconstituer l'histoire médicale complète de ces pensionnés.
Ces dangers et ces incertitudes ne seraient pas, à eux seuls, suffisants pour décider de limiter l'isolement et le traitement du plutonium à un minimum si ces procédures présentaient de réels avantages. D'autres industries sont plus nuisibles à la santé que l'industrie nucléaire. Mais il y a, d'autre part, des arguments plus contraignants à l'encontre de la purification et du recyclage du plutonium. L'industrie nucléaire se sentait autrefois moins concernée par la santé et les dégâts causés à l'environnement; les exemples les plus graves datent des années 50 et 60 près du complexe industriel de Hanford aux Etats-Unis et dans la région de Tcheliabinsk dans les monts Oural, où la contamination s'étendit sur de très larges zones. En Russie, la radioactivité fut détectée jusqu'à 1000 km en aval du lieu de la catastrophe. Néanmoins, à cause du manque de groupes contrôles fiables, les effets sur l'homme n'ont pu être précisés avec exactitude. On a cependant attribué de petites pensions à la population pour compenser les dommages subis. Aux États-Unis, des accroissements plus convaincants du taux de 14 types de cancers ont été observés chez les habitants vivant sous le vent de ces usines et le Département de l'Énergie (dont dépendait cette industrie) a payé des dizaines de millions de dollars de compensation. C'était une reconnaissance tardive de la responsabilité de l'État. Dans les deux cas, du plutonium était isolé et purifié sur les lieux.
Les choses sont moins dramatiques aujourd'hui. On ne décèle pas de pathologie particulière dans les populations habitant autour des centrales nucléaires modernes bien contrôlées. La situation est moins claire près des usines de retraitement. Les responsables de plusieurs d'entre elles, au Royaume-Uni (Sellafield, Dounray), sont soupçonnés d'avoir sous-estimé ou-pire - caché l'existence de fuites radioactives. Plus inquiétant est le fait que les populations vivant près de ces usines - celles situées à La Hague en France et dans des comtés anglais proches d'endroits où on traite des matériaux radioactifs - présentent des taux locaux plus élevés de leucémies, surtout chez les enfants. Chaque fois, les groupes concernés sont peu nombreux, le surplus de cas est peu important et sa signification statistique critiquée. Si les déviations n'étaient dues qu'au seul hasard, on trouverait parfois un plus petit nombre de cas que la moyenne attendue mais le simple fait que, dans chacun de ces endroits, l'écart par rapport à cette moyenne va dans le même sens positif, suggère qu'il y a bien un effet. Il est possible que d'autres substances chimiques ou des virus agissent en conjonction avec l'irradiation. De telles synergies, avec le tabac par exemple, sont bien connues. L'exemple classique est celui des  mines d'uranium des Monts métalliques (Bohème). Mais pouvons-nous accepter au XXI ème siècle que des industries favorisent le développement de cancers chez les enfants vivant dans les environs, même si le nombre de ces cas reste marginal?
D'autres raisons, sociales, politiques et économiques, plaident contre le recyclage du plutonium. Son transport sur de longues distances rend tout contrôle difficile et ouvre la voie à une possibilité de dispersion ou d'appropriation illégale de quantités substantielles. Vols ou transactions frauduleuses, accidents routiers, maritimes, aériens ou de chemin de fer, sont des événements possibles, même lorsqu'un maximum de précautions est pris. Il ne faut pas oublier que les techniques de fabrication des bombes nucléaires sont bien connues et que la seule difficulté reste l'obtention de matériel fissile de qualité militaire ou équivalente. Des terroristes ou des états sans scrupules sont à l'affût de toute occasion qui leur permettrait de s'en procurer. Quelques kilos, facilement cachés, suffiraient à leurs besoins. Aucun règlement ou mesure de sécurité ne nous met à l'abri de tels risques; La communauté internationale ne peut les accepter. Cependant, un problème considérable persiste, soit le sort à réserver au combustible usé des réacteurs. Toutes les centrales nucléaires produisent tous les jours du nouveau plutonium qui s'ajoute à la montagne déjà existante. Les arrêter tout de suite, ou même dans les dix ans comme certains le proposent, est irréaliste. Plusieurs pays dépendent de l'électricité nucléaire et ne pourraient mettre en oeuvre des techniques de remplacement dans un délai aussi court. Ces dernières présentent d'ailleurs d'autres inconvénients dont la libération de CO2 accroissant l'effet de serre n'est pas le moindre. L'espoir que l'on a eu de réussir à brûler le plutonium dans des surgénérateurs en l'incorporant dans des mélanges MOX s'est révélé vain. Quand ces mélanges sont employés dans des réacteurs classiques adaptés, la réduction limitée du plutonium est contrebalancée par les difficultés accrues du traitement des déchets parce que sa concentration y est encore 5 à 6 fois plus élevée que dans le combustible épuisé venant de l'uranium enrichi à 3%. On devra soigneusement le disperser pour éviter la surchauffe. Si on prend ces problèmes en compte, l'avantage économique paraît au moins douteux. Il faut noter que les États-Unis, qui ont de grands stocks de plutonium pur venant des têtes nucléaires démantelées, hésitent beaucoup à  utiliser la technologie du MOX. En conclusion, étant donné les dangers éventuels pour la santé, le possible détournement par des groupes irresponsables dans un but de guerre ou d'actions terroristes, et aussi par simple bon sens économique, nous pensons à l'IPPNW que l'isolement et le recyclage du plutonium devraient être arrêtés ou au moins considérablement réduits.
De nouvelles perspectives ont été présentées hier pour l'éliminer
complètement tout en récupérant l'énergie qu'il contient. Ces techniques en sont au stade de la planche à dessin et il ne faut pas changer de cap tant qu'il ne sera pas démontré qu'elles sont efficaces, sûres et économiquement
viables. C'est la seule attitude raisonnable. En attendant, toute manipulation du combustible épuisé devrait être limitée au maximum.

Henri Firket

1. Édité par l'IPPNW. La traduction française est parue sous forme de numéro
spécial de la revue " Médecine & Guerre nucléaire " , périodique édité par
nos confrères français de l'AMFPGN.
2. Ce calcul a été détaillé dans l'article cité plus haut.

TABLEAU I

COMPARAISON DES EFFETS BIOLOGIQUES

Bombes nucléaires Accidents de réacteurs ______________________

(ex. Hiroshima) (ex. Tchernobyl)

Matériel fissile libéré moins de 20 kg

50-80 tonnes
Zone atteinte quelques km2 milliers de km2 
Morts endéans les 3 mois 150.000 moins de 30 
Autres effets environ 90.000 très peu (surtout blessures et brûlures) 
Cancers jusqu'à 30 ans après moins de 1000 50 à 100.000

(estim)

Dommages génétiques ?? observés après 10 ans dans faune et flore 
Probabilité* 0,9 <0,004 (?)
* Cette probabilité - imprécise- est estimée différemment pour les deux systèmes. On estime que 9/10 des bombes nucléaires lancées volontairement exploseront. Il y a environ 500 réacteurs nucléaires dans le monde. Un seul réacteur a subi une catastrophe majeure: un des réacteurs de Tchernobyl. Dans un autre cas, celui de Three Mile Island, un accident analogue n'a été évité que de justesse.
Figure 1L'OTAN déclare que sa stratégie est purement théorique, mais hésite à la modifier et à retirer les bombes nucléaires illégales entreposées sur le territoire de ses alliés non nucléaires. Dans des conversations privées, on admet qu'il serait sage de désamorcer plus complètement les missiles, mais on ne prend pas de mesures pratiques dans ce sens. On affirme être en faveur des zones dénucléarisées, mais sous réserve de l'accord de tous les états de la région concernée...et l'un ou l'autre hésite toujours. L'IPPNW peut être fière non seulement de l'impulsion donnée au mouvement vers la destruction de l'armement nucléaire, mais encore des résultats non négligeables qu'elle a obtenus. Cependant, elle n'a pas encore atteint son objectif fondamental: la suppression pure et simple des armes atomiques.
Elle continue donc à lutter dans ce but. A cet effet, affirmer de grands principes ou un attachement théorique à la paix ne suffit pas et, bien que les problèmes soient de plus en plus techniques, votre soutien lui reste plus que jamais nécessaire.

Henri  Firket
Ghislaine Vankeerberghen

LES 20 ANS DE L'AMPGN 

Comme notre président l'a longuement rappelé dans l'Édito, l'IPPNW a fêté cette année son vingtième anniversaire . Lors du XIVe Congrès IPPNW de paris, en juin denier, un hommage a été rendu à ses présidents fondateurs les professeurs B. Lown (USA) et E. Chazov (ex-URSS).C'est en 2001 que l'AMPGN , qui a vu le jour à l'initiative du Professeur Maurice Errera et de 

Ghislaine Vankeerberghen, fêtera ses  20 ans.               

Ghislaine Vankeerberghen

 A cette occasion, nous voudrions organiser une journée spéciale et réunir le plus grand nombre possible de nos amis. Nous lançons un appel tout particulier à nos membres et sympathisants ainsi qu'à tous ceux qui, sans être actifs dans notre association, apprécient notre action et défendent les mêmes valeurs. Comment nous prouver votre intérêt?
    * En effectuant un don, si minime soit-il, en stipulant" Pour les 20 ans de l'AMPGN "
    * En recrutant de nouveaux membres
    * En assistant à la journée d'anniversaire que nous organiserons en 2001 (date et lieu à préciser)

Nous sommes certains que nous pouvons compter sur vous et nous réjouissons de vous rencontrer à cette occasion.

Le Bureau de l'AMPGN

LA VIE MILITAIRE PEUT-ELLE NUIRE A LA SANTÉ?

Le 17 octobre dernier, le général médecin Van Hoof, chef d'état major du service médical de l'armée belge, a fait, à Bruxelles, une conférence sur les problèmes de santé liés aux opérations militaires. C'est dans le cadre prestigieux de l'Institut Royal Supérieur de Défense que s'est exprimé le conférencier devant un parterre de nombreux officiers et de personnalités invitées. La question centrale abordée fut celle de l'existence d'un syndrome des possible. L'exposé fut bien documenté, rigoureux sur le plan scientifique. Il ne peut laisser indifférent les responsables politiques, même s'il laisse sans réponse certaines questions importantes.
L'orateur a d'emblée reconnu que la vie militaire n'est pas particulièrement bonne pour la santé. Il n'y a pas que l'action de la partie adverse à considérer. Bien d'autres facteurs le sont aussi comme les risques inhérents à la vie en groupe et ceux liés à la pollution. C'est le cas pour les casques bleus déployés dans les Balkans par les NATIONS-UNIES depuis avril 1992.
A partir de 1997, nombre de plaintes concernant 20% du contingent
hollandais furent rendues publiques et commencèrent à être relayées par les médias. Ces plaintes firent évoquer un syndrome présentant des similitudes avec celui de la Guerre du Golfe. Une mission d'enquête fut confiée à une équipe d'experts indépendants. Le rapport d'enquête dresse une liste de symptômes touchant les poumons, l'appareil digestif, la peau et la sphère neuro-psychologique. La fréquence de malaises importants est soulignée, tels une fatigue tenace, des vertiges, des céphalées, des troubles de concentration. Enfin, des cancers sont signalés, principalement des lymphomes et des mélanomes. Le rapport se termine sans avancer d'hypothèse explicative sur l'origine des troubles recensés. Les 17.000 casques bleus belges déployés depuis 1992, en ex-Yougoslavie (il y en a encore un millier au Kosovo), n'ont pas été épargnés. De 17 à 20% de ces militaires se sont plaints de malaises ou de troubles semblables pendant leur séjour dans les Balkans ou après leur retour en Belgique. Le temps de latence dure parfois plusieurs mois. A la demande du Ministre de la Défense du gouvernement précédent, une commission a été chargée d'effectuer une enquête approfondie en collaboration avec des experts universitaires. Son travail n'est pas achevé. Cependant, le général Van Hoof a tenu à en divulguer, dès à présent, les premiers résultats tout en soulignant leur
caractère provisoire.

Deux catégories de pathologies peuvent être distinguées:

1. Les affections cancéreuses
10 cas ont été enregistrés dont 2 décès (un cancer pulmonaire et une
leucémie). On relève parmi les autres des lymphomes et 1 mélanome malin, opéré avec succès. L'analyse statistique ne permet pas d'établir une relation de cause à effet entre la présence dans les Balkans et l'apparition de ces cancers, ceux-ci n'étant pas plus fréquents que dans la population belge de référence pour la tranche d'âge de 20 à 29 ans.

2. Les " plaintes atypiques "
Elles affectent 15% des militaires déployés successivement. Comme dans
l'enquête hollandaise, les symptômes observés sont semblables à ceux du syndrome de la guerre du Golfe. La fatigue est la plainte la plus fréquente.
Viennent ensuite des douleurs (dorsalgies, céphalées), des malaises
généraux, des troubles du sommeil et de la concentration, une
hypersensibilié au stress. Selon les experts universitaires, les plaintes de fatigue et les dysfonctionnements associés sont significatifs d'un syndrome de fatigue chronique dont l'étiologie multifactorielle est admise aujourd'hui.
Une affection initiale (p.ex. à mycoplasma) perturbant le système
immunitaire en serait le point de départ, rendant le patient
particulièrement sensible à divers facteurs accidentels, environnementaux ou psychiques (stress). Il ne s'agit pas simplement de troubles psychosomatiques mais de pathologies avec une composante organique (à tout le moins). Une sensibilité individuelle est vraisemblable. On observe d'autre part que le syndrome de fatigue chronique peut être un facteur de prédisposition au cancer.

Quelles conclusions peut-on actuellement tirer de l'enquête?

1. L'existence d'un " syndrome des Balkans ", analogue à celui de la "
Guerre du Golfe ", semble bien établi. Il est cliniquement proche
(identique,) à celui du syndrome de fatigue chronique. 15% des militaires
déployés semblent concernés.

2. Jusqu'à présent, aucune hypothèse explicative ne peut être formulée
concernant l'étiologie (cause initiale) de cette pathologie (plaintes
atypiques) et du petit nombre de cancers constatés. A la différence de ce qui s'est passé dans le Golfe, l'action de particules radioactives provenant de l'explosion de projectiles à uranium appauvri ne paraît pas en cause. La direction de l'OTAN est formelle: il n'a pas été fait usage de tels projectiles dans la zone occupée par le contingent belge. Des analyses d'urine et de sang pratiquées sur les militaires concernés n'ont pas montré la présence de traces d'uranium appauvri. Peut-être d'autres facteurs (polluants chimiques, pesticides) doivent-ils être suspectés. Aucune donnée précise n'a pu cependant être dégagée à ce sujet.
3. Finalement, le général Van Hoof invite ses auditeurs à attendre la fin
de l'enquête épidémiologique en cours ainsi que les résultats d'une
recherche approfondie qui vient d'être confiée au " Center for health
promotion and preventive medicine (USA)

Remarques personnelles
Il ne semble pas douteux qu'actuellement la volonté de voir clair existe des deux côtés de l'Atlantique. On peut se demander cependant s'il n'y a pas eu, au départ ou à certains moments, une rétention d'informations sur les moyens militaires mis en oeuvre, informations qui auraient été précieuses pour comprendre la genèse des pathologies observées.
Il faut souhaiter que les recherches aboutissent rapidement et que l'on
puisse ainsi mieux traiter les patients atteints et, sans doute, les
populations civiles touchées par la guerre. Nous ignorons si des enquêtes appropriées sont menées à ce sujet.
L'aboutissement (positif) de ces recherches devrait permettre la mise au point de la prévention de ces troubles graves pour la santé en attendant que triomphe enfin une culture de paix sur notre petite planète. La résolution des conflits par la négociation ou l'arbitrage des Nations-Unies serait le meilleur moyen de mettre au rancart les armes de destruction massive, en ce compris les projectiles à uranium appauvri.

Dr Jacques Loute.

L'ANNÉE 2000, ANNÉE DE CULTURE DE PAIX

C'est l'Appel lancé aux recteurs de toutes les universités, il y a plus d'un an déjà par l'Assemblée Générale de l'ONU et par Federico Mayor, alors Président de l'UNESCO. Ce n'est pas une simple recommandation aux universitaires de bonne volonté ou déjà engagés. Cet appel est une véritable Déclaration de Paix , antithèse des Déclarations de Guerre qui mobilis en les citoyens en âge de combattre. La Paix et la Démocratie, il faut les préparer, les gagner, les mériter. Malheureusement les traités de Paix sont souvent porteurs de germes de guerres futures. Une fois qu'ils sont signés, les gens pensent à travailler, à reconstruire ou simplement à vivre. Pendant ce temps une culture de violence nous agresse, soit par des informations soit par des fictions audiovisuelles où tuer devient banal .Une paix durable, fondée sur la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme restera un rêve tant que les droits les plus élémentaires (santé, nourriture, logement, éducation...) seront confisqués pour près de la moitié de l'humanité et alors que meurent encore chaque année autant d' innocentes victimes que lors de la Shoah. Les déplacements de populations, la faim, les épidémies sont pourtant évitables dans la plupart des cas: ce qui manque c'est la volonté politique d'y faire face. La véritable démocratie, on en est encore loin. Elle exige la participation active des citoyens, qui ne peuvent se contenter de critiquer ou d'approuver par les urnes les décisions politiques. Leur participation ne sera efficace que s'ils sont bien informés. Les médias et la propagande électorale abordent rarement les problèmes dans leur ensemble, ils sont parfois tendancieux et la désinformation nourrit toutes les guerres. C'est pourquoi, l'éducation doit jouer un rôle important dès l'enfance et tout au long la vie car les situations changent rapidement. La formation citoyenne doit se faire à tous les niveaux de l'éducation . Plusieurs initiatives sont déjà en chantier. Nous espérons que d'autres verront le jour tout au long du XXIe siècle. L'Université Libre de Bruxelles et le Pôle Bernheim d'Études sur la Paix et la Citoyenneté ont désigné Éric Remacle, Directeur de l'Institut d'études européennes, comme coordinateur de la recherche et de l'enseignement dans ce domaine, aidé par quatre chercheurs d'orientations différentes.

A l'initiative de l'Union des anciens étudiants de l'ULB, le Président Joachim Chissano du Mozambique, artisan de la réconciliation dans la région, a reçu le titre de docteur honoris causa. Une Chaire Emile Bernheim attribuée chaque année a également été créée à l'intention d'une personnalité réputée pour ses activités en faveur de la paix. Une collaboration entre étudiants et associations humanitaires est également prévue comme approche pratique à la Culture de paix et à la citoyenneté. L'appel aux Recteurs a certainement été relevé par d'autres universités en Belgique, en Europe et dans le monde, mais les réactions sont peu connues. Ce n'est cependant que par une large publicité qu'un réseau international vaste et dynamique pourra agir pour remplacer une ère de violence par une Culture de Paix. Cet appel n'est pas réservé aux universitaires, il s'adresse aussi aux artistes, aux écrivains, aux cinéastes,...à tous les gens de bonne volonté!A la mondialisation de l'économie et de la finance doit correspondre la mondialisation de l'éthique qui permettra la répartition équitable des biens communs de l'humanité. Un gaspillage de consommation, la pollution, l'armement profitent à une minorité de privilégiés et privent le reste de l'humanité du développement auquel elle a droit . Cet état de choses entretient des germes de révoltes, de guerres et un risque d'extermination du genre humain . 

Maurice Errera

ndlr.
Des initiatives analogues ont été prises dans d'autres universités, notamment à l'UCL et à l'Université de Mons-Hainaut.

Ghislaine Vankeerberghen

 

ACTIVITÉS DIVERSES

·        Le docteur Jacques Loute a assisté, à l’Institut Royal Supérieur de Défense, à une réunion sur les effets médicaux des opérations militaires lors de la Guerre du Golfe et dans les Balkans. Vous trouverez plus loin un résumé de cette réunion ainsi que son appréciation personnelle.

·        H. Firket a été invité à assister au colloque sur « PLUTONIUM 2000 », organisé par la Belgian Nuclear Society,  auquel participaient 18 pays. Il y a fait une communication dont vous trouverez le texte plus loin dans ce bulletin.

·        M. Errera a participé régulièrement à l’organisation des activités relatives à « Année 2000: année de culture de Paix »  à l’ULB et a assisté aux réunions du Forum européen pour les droits des citoyens qui se tiennent au Parlement européen.

·        Geo Werbrouck participe régulièrement aux réunions organisées  par le GRIP, dans le cadre de la section belge de l’association internationale sur le problèmes  des armes légères. L’IPPNW et l’AMPGN font partie de cette association.

·        Les contacts avec les personnalités politiques reprendront en début d’année. Le moment des élections communales nous semblait mal choisi pour solliciter des entretiens avec le monde politique.

Nous avons cependant écrit à Louis Michel au moment de la réunion de la Commission de Désarmement qui s’est tenue à l’ONU du 6 octobre au 2 novembre.  Les résultats des votes à l’Assemblée Générale de l’ONU, le 20 novembre sont encourageants. La résolution concernant le Nouvel Agenda a été adoptée par 154 oui (dont les E.U, la Grande-Bretagne, la Chine et les membres de OTAN non nucléaires), 3 non (Inde, Pakistan et Israël) et 8 abstentions (dont la France et la Russie).

·        Une délégation  du MPI (Initiative des puissances moyennes), composée du Sénateur Douglas Roche (Canada) et du Commandant Robert Green (GB), a rencontré les ministres des Affaires Étrangères ou leurs représentants de différents pays de l’OTAN, dont la Belgique. Ils ont aussi rencontré des parlementaires belges en compagnie de notre président et de membres d’ABOLITION 2000.

·        Les réunions avec Abolition 2000 se poursuivent.

Les milliers de pétitions signées pour l’abolition des armes nucléaires - dont plus de 2000  récoltées par l’AMPGN - vont être rassemblées et transmises à l’Assemblée Générale des Nations-Unies. Il n’est pas encore décidé sous quelle forme.

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Denise Peeters - le Boulangé nous a quittés inopinément, le 27 novembre dernier.

Malgré son âge, elle avait 84 ans, Denise était très active dans divers mouvements pour la paix. Elle était toujours présente aux réunions, colloques divers et participait même aux manifestations. C’est une perte considérable pour le mouvement de la paix en général, pour l’Association des Femmes pour la paix et pour Abolition 2000, en particulier.

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Susan George:

LE RAPPORT LUGANO

(Fayard. 2000. 362 pp. - Traduit de l’anglais (américain) par W.O.Desmond avec la collaboration de l’auteur)

« Ce n’est pas un secret: c’est moi qui ai écrit cet ouvrage », explique l’auteur dans une postface. Auteur qui tient à préciser que, sans être une économiste ni une spécialiste en développement, elle a toujours « cherché à comprendre et décrire le fonctionnement du pouvoir, la manière dont il se déploie ».

Susan George est en fait politologue, présidente de l’0bservatoire de la Mondialisation et vice-présidente de l’association ATTAC. Elle a passé six années au conseil d’administration de Greenpeace International et continue de lutter sur tous les fronts, avec une rare compétence  qui lui vaut d »ailleurs une renommée internationale, contre la mise en oeuvre de politiques catastrophiques pour l’avenir de l’humanité.

Ce livre en est le dernier témoignage en date. Le RAPPORT LUGANO est un ouvrage fictif prétendument demandé par un groupe de mandants anonymes, une parodie ayant pour but d’analyser l’avenir de l’économie capitaliste mondiale fondée sur le marché et de recommander les stratégies maximisant la probabilité que le système capitaliste planétaire l’emporte.

La première partie du « rapport » est consacrée aux menaces et aux dangers qui pèsent, selon les auteurs présumés, sur une véritable « vision libérale des choses ». De l’épuisement du capital naturel que représentent l’air, l’eau et le sol aux effondrements boursiers, en passant par les déséquilibres écologiques et les dangers des marchés entièrement dérégulés, les menaces sont réelles malgré les modes de contrôle et de protection en vigueur, rappellent les experts mandatés.

Parmi ces garde-fous, la BRI ou Banque des Règlements Internationaux ainsi que les deux institutions de Bretton Woods, la Banque mondiale et le Fond monétaire international, jouent un rôle essentiel dans le processus de la globalisation économique. Ces organismes non seulement « canalisent les fonds publics vers les investisseurs privés lorsque ceux-ci ont commis les erreurs monumentales que l’on sait », mais encore servent de garants aux fameux ajustements structurels dans de nombreuses parties du monde. Hélas, les auteurs reconnaissent qu’ils ont été et sont encore incapables de prévoir et surtout d’enrayer un accident financier de grande proportions tels la crise mexicaine de 1994 ou la dérive russe récente. Quant à l’Organisation mondiale du commerce et les entreprises multinationales dont le fonctionnement et les prérogatives sont longuement décrites, elles doivent faire face à la grogne de plus en plus évidente des associations de consommateurs et d’écologistes. Car, aux yeux de ceux-ci, le marché « créera trop peu de gagnants et trop de perdants ». Il conduira à la surproduction et à la sous-consommation, à la destruction écologique, à une concentration toujours plus grande de richesses, à un rejet toujours plus systématique des plus faibles dont le nombre ne cessera d’augmenter. Cette croissance constante des improductifs pourrait bien provoquer un affrontement catastrophique, pas seulement entre les civilisations, mais dans tous les espaces sociaux actuels.

Et de conclure cette première partie du « rapport » en préconisant que, si les responsables souhaitent préserver le système libéral et garantir le bonheur et le bien-être de la grande majorité des gens, il y lieu de veiller à réduire de manière drastique la population totale de la planète, ce au moindre coût possible. A cet effet, les stratégies de prévention doivent tenir compte de quatre piliers fondateurs: l’idéologie, l’économie, la politique et la psychologie. Autrement dit, présenter clairement aux citoyens concernés les avantages du libéralisme intégral via la manipulation idéologique de l’opinion, créer les conditions d’un pouvoir international fort à même de renforcer, entre autres, les programmes d’ajustement structurel avec l’aide des instances internationales. Ceci via le renforcement du pouvoir politique des organisations supranationales telles que l’OMC et l’AMI ainsi que les entreprises multinationales capables de réguler les marchés financiers, en opposant à la notion de citoyenneté une politique « identitaire » favorisant l’hostilité et donc les affrontements entre les différents groupes éthico-idéologiques.

Les moyens concrets de cette politique doivent viser non plus à promouvoir la reproduction mais bien la mortalité, non la longévité mais bien la brièveté. A cet effet, le Nord où se concentrent les trois quarts des investissements et l’essentiel des capacités de production, ne doit plus hésiter à intervenir dans les affaires du Sud, là où se posent réellement les problèmes, et se doter d’une réelle force de combat avec recours éventuel à des unités combattantes privées.

Afin d’équilibrer l’offre et la demande, de gérer efficacement les  ressources physiques, eau terre, semences, intrants agricoles, le moyen le plus simple consiste à respecter le déroulement « naturel » des choses et laisser faire sélection naturelle, guerres intestines et trafic d’armes, famines et maladies - sida notamment -, misère et analphabétisme. Mais les « Stratégies de Réduction des Populations » passent également, toujours selon les auteurs de ce rapport fictif, par la concentration planifiée des terres et des capitaux, des moyens de production alimentaire et autres, de la science et de la médecine entre les mains d’un petit nombre de responsables qui « ne craignent pas de regarder la réalité en face » et de faire leur « la maxime romaine: Necessitas non habet legem, la nécessité ne connaît pas de loi »

« Dans ce livre à la fois drôle et dramatique, Susan George fait comprendre la force de la prophétie néo-libérale et l’absurdité du système économique qu’elle nous promet », nous dit Pierre Bourdieu. Elle le fait avec clarté et logique, passion et précision. Des situations tout à fait actuelles, telles d’une part les missions humanitaires et l’aide alimentaire, et d’autre part le commerce des armes et des drogues, la prise de pouvoir des grands pétroliers par exemple, sont analysées, disséquées, mises en perspective, chiffres à l’appui.

Dans un dernier chapitre consacré aux réflexions personnelles de l’auteur Susan George, celle-ci rappelle, sérieusement cette fois, que « si l’on ne peut ignorer la contribution de l’ignorance et de la bêtise, la plupart des choses ne s’en produisent pas moins d’une certaine manière et pas d’une autre parce que les puissants l’ont voulu ainsi ».

Le Rapport Lugano nous apprend comment faire barrage à cette volonté perverse et reconstruire l’économie de la planète à partir de fondements moraux et sociaux équitables, sur des principes plus justes et plus sains.

Geo Werbrouck

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Brève anatomie d’un meurtrier

« Et puis, ce scandale exprime enfin l’immoralité d’un monde qui ne sait, ne veut plus distinguer entre bourreaux et victimes. »  B-H Lévy : La pureté dangereuse On avance généralement deux hypothèses concernant l’attitude de Slobodan Milosevic et les terribles dysfonctionnements qui lui sont attribués. Selon la première, il serait le seul responsable de tous les désordres survenus au cours des guerres en Yougoslavie et il suffirait de l’éliminer d’une façon ou d’une autre pour que tout rentre dans l’ordre.  Selon la seconde, les Serbes seraient une tribu de fanatiques ayant déjà un long passé de violence et d’exactions, et, Milosevic éventuellement disparu, un autre dictateur non moins corrompu et assoiffé de sang prendrait aussitôt sa place. Les choses ne sont pas aussi simples et aucune analyse ne donne la solution définitive du problème.

L’homme que les médias comparent régulièrement à Hitler est né le 22 août 1941 à Pozarevac, une petite ville située à une heure de voiture de Belgrade et réputée pour sa prison où furent enfermés nombre d’anticommunistes après la guerre. Son père était un prêtre orthodoxe et sa mère une enseignante qui avaient émigré cette année là du Monténégro vers la Bosnie, avec son frère de trois ans. Milosevic avait quatre ans lorsque les communistes prirent le pouvoir après une guerre fratricide entre les tenants d’un pacte de neutralité avec Hitler et les partisans de Tito, opposés à l’occupation nazie. Il grandit durant les années de famine et de misère dominées par un régime policier et l’endoctrinement communiste. Ses deux parents se suicidèrent: son père qui avait défroqué et abandonné sa famille, par balle, en 1962, sa mère par pendaison dix ans plus tard. Une photo de Milosevic à dix-neuf ans, sagement assis auprès de Mira, sa future femme, évoque deux jeunes gens bien habillés, bon chic, bon genre, sportifs, studieux, prêts à aider un aveugle à traverser la rue. Tous deux ont les yeux tournés vers l’appareil photo et rien dans leur regard ne donne à présager les horreurs à venir.

Membre du parti communiste à 18 ans, Milosevic gravit rapidement les échelons de la hiérarchie et dès ses 21 ans était nommé responsable du département idéologique du parti. Avec l’appui de Ivan Stambolic, issu d’une puissante famille communiste et nommé premier ministre de Serbie en 1975, le jeune homme devint successivement chef du bureau d’information gouvernemental, directeur général de la Société Nationale de l’Energie, ce en remplacement de Stambolic lui-même, et enfin, président de la Beobanka, la plus importante banque gérée par l’état. En fait, Milosevic mina sournoisement l’aura de celui qui l’avait toujours soutenu et encouragé et finit par lui ravir, dans la fin des années 80, son titre de leader du peuple serbe. Peu soucieux d’idéologie, Milosevic laissa tomber ses prétendues convictions en un monde meilleur et communiste pour brandir la bannière d’un nationalisme dur et pur. A l’image de Staline qu’il admirait, il eut vite compris que pour gagner le pouvoir, les convictions d’ordre intellectuel n’étaient que des obstacles à écarter au plus tôt.

Le 24 avril 1987, Milosevic fut envoyé au Kosovo afin de calmer les Serbes qui, révoltés par l’hostilité dont ils étaient l’objet de la part des Albanais, se préparaient à quitter le pays. Milosevic était censé dispenser un discours de conciliation. Bien au contraire, lors d’une réunion fort houleuse, il prit parti pour ses auditeurs serbes et lança son fameux: «  Cette terre est la vôtre » Ce fut un triomphe et, pour Milosevic, le commencement d’une campagne à base de meetings nationalistes de masse fort applaudis.

Il faut dire que, dans les Balkans, la revendication d’autonomie avait, depuis la mort de Tito, été fortement soutenue par les élites intellectuelles qui évoquaient à tous vents les différences culturelles mises sous le boisseau par les uns et les autres.  En 1986, l’Académie serbe publia, sous la signature d’éminents professeurs et écrivains, un document accusant l’administration de Tito d’avoir subordonné l’économie serbe à celle de la Croatie et de la Slovénie et d’avoir autorisé les Albanais à perpétrer un véritable « génocide » au Kosovo.

Cette guerre des mots se fit guerre véritable en mai 1991 suite à la déclaration d’indépendance de la Croatie et de la Slovénie. En Slovénie, les élections avaient été gagnées par une coalition de centre droit et en Croatie, le parti nationaliste mené par Franjo Trudjman avait pris la place des anciens communistes. En Serbie et au Monténégro, les communistes survécurent aux premières élections. Milosevic, quant à lui, avait déjà négocié secrètement avec les dirigeants slovènes leur émancipation de la fédération yougoslave et il était bien décidé à réunir tout le peuple serbe en une seule nation, quitte à s’emparer de force d’une partie de la Croatie. En Croatie même, 600 000 Serbes avaient été réduits à un statut d’infériorité par la nouvelle constitution proclamant, avec l’encouragement des journalistes et des intellectuels occidentaux, le territoire « état national du peuple croate ».

Dès le début des guerres tant en Croatie qu’en Bosnie, la violence gratuite fit rage sous tous les drapeaux. Milosevic encouragea sans scrupules cette violence. Avec son approbation, les services secrets serbes fournirent aux unités paramilitaires les armes utilisées pour leurs exactions (les services secrets de Trudjman faisant de même pour les paramilitaires croates). Radovan Karadzik, Ratko Mladic et Arkan ont sévi avec l’aide de Milosevic, après avoir mis au point une stratégie d’intimidation sans précédent: d’abord créer une situation de chaos telle que seuls les Serbes pouvaient se sentir en sécurité et, ensuite, dresser les citoyens les uns contre les autres grâce à une propagande médiatique totalement sous la coupe de Milosevic; enfin, autoriser les groupes armés à commettre toutes les forfaitures possibles, y compris meurtres, vols et viols, en impliquant au maximum les innocents civils.

Il y eut des opposants à cette terrible stratégie, des politiques et des militaires. Ils ont demandé de l’aide aux Etats occidentaux et aux Etats-Unis afin de disqualifier Milosevic. Mais personne ne les écouta sérieusement et après les accords de Dayton, le « boucher des Balkans » devint, aux yeux des responsables occidentaux, la « cheville ouvrière » de la stabilité dans la région des Balkans. Les sanctions économiques, appliquées dès 1992, au temps où Milosevic ne jouissait pas encore de tous les pouvoirs, ne firent que renforcer son influence en détruisant le commerce indépendant et en appauvrissant les propriétaires ruraux. Par ailleurs, dans leur aveuglement, les autorités américaines ont laissé à Milosevic et à son parti le contrôle de l’activité économique du pays, leur donnant par la même occasion la possibilité de s’enrichir à outrance. De même, la psychose entraînée par les bombardements de l’OTAN permit au leader encore incontesté d’établir la censure « de guerre », d’interdire ce qui restait comme presse d’opposition, radio et télévision incluses, et de traiter ses adversaires d’ennemis du peuple, traîtres à la solde de puissances étrangères.

De 1991  à cette année, Slobodan Milosévic avait gagné presque toutes les élections grâce à une stratégie calculée de division et de corruption de ses opposants. Ses services secrets avaient même créé de toutes pièces des partis politiques prétendument indépendants pour donner le change à des observateurs myopes. Il a dominé la Serbie avec une coalition de partis à sa dévotion, dont le parti fasciste de Vojislav Seselj et un parti « gauchiste » entraîné par sa femme Mira, Mirjana Markovic.  Il s’est aussi assuré les services du crime organisé et il a caché en Russie ou à Chypre une bonne partie des 10 milliards de dollars de réserves en devises de l’ex-Yougoslavie.

Contre toute attente, le pays est aujourd’hui libéré. Mais la haine subsiste, l’armée est sauve et la police intacte. L’opposition, longtemps restée faible et divisée, a enfin pris le sort du pays en mains, pour quel avenir exactement, nul ne sait. La KFOR, au Kosovo, est confrontée à une situation nouvelle: il s’agit à présent d’aider à consolider le nouveau gouvernement dans la région et au sein de l’Europe, et de veiller à la réinsertion pacifique des populations de quelque bord qu’elles soient.  Il reste une question lancinante: pourquoi tant de citoyens serbes n’ont-ils pas hésité à suivre Slobodan Milosevic vers ce qui, dès le début, avait l’allure d’un suicide collectif?  On peut faire rappel du passé et de la défaite du héros serbe Tsar Lazar face aux Turcs en 1389, dont Milosevic fêta, le 28 juin 1989, le six centième anniversaire par un appel au massacre des Albanais. On peut évoquer le fatalisme, la superstition, les humiliations au cours des temps passés. S’il n’existe pas de bilan chiffré des victimes des guerres engagées par Milosevic pour purifier la « terre sacrée », les estimations de multiples sources évoquent plus de 200 000 morts de 1991 à 1999 et 5 millions de réfugiés. Mais il faut aussi reconnaître que les Serbes ne sont pas les seuls à se livrer à des guerres fratricides et des actes de barbarie: ceux-ci sont désormais perpétrés par bien d’autres, Albanais et Croates y compris. Comme le dit Bernard Kouchner, représentant spécial de l’ONU au Kosovo, « une minorité peut toujours en cacher une autre, une oppression en masquer une autre, c’est la règle. On n’est pas quitte avec l’oppression pour avoir libéré des opprimés, hélas! ».

Et dans un petit livre merveilleux, intitulé « Trois chants funèbres pour le Kosovo », le poète albanais Ismail Kadaré attribue au sultan Mourad, celui qui a lutté contre les peuples des Balkans au Champ des Merles en 1389, le triste constat d’inimitiés éternelles: « Quant à eux, au lieu de s’atteler à quelque tâche utile, à nouveau, tels des fauves libérés de leurs chaînes, ils se ruèrent les uns contre les autres. Leurs chants étaient aussi farouches que leurs armes. Les prophéties et échéances qu’ils annonçaient étaient effrayantes. Sept cents ans durant, chantaient leurs rhapsodes, je brûlerai ta maison. Sept cents ans durant, je massacrerai tes chiens. Et ce qu’ils annonçaient là serait immanquablement accompli; et ce qu’ils auraient accompli viendrait s’ajouter à leurs chants comme le poison s’ajoute au poison. » Dans une entrevue accordée en juin de cette année à une journaliste du journal Le Monde, Ivan Stambolic déclarait: « Slobodan Milosevic fait toujours ce qui est nécessaire pour se maintenir au pouvoir. L’opposition, quant à elle, ne fait pas tout ce qu’elle pourrait faire. Pendant ce temps, Milosevic érige autour de la Serbie une muraille de Chine. Il vit de l’isolement et de la paupérisation de son peuple. Il ne peut se maintenir au pouvoir qu’en transformant la Serbie en prison. » Selon certaines sources, Ivan Stambolic s’apprêtait à faire un retour en politique à l’occasion des futures élections présidentielle et législatives. Ivan Stanbolic a disparu à Belgrade le 25 août. Le pouvoir de Slobodan Milosevic s’est effondré le 5 octobre sous la pression de la rue, appelée à manifester massivement par l’opposition. Un nouveau président a été démocratiquement élu et porté au pouvoir. Que deviendra l’ancien? Sera-t-il enfin traduit pour ses crimes devant un tribunal national ou, de préférence, international? Nul ne sait à ce jour. Le président Kostunica se montre toujours très évasif à propos des crimes commis par son prédécesseur. Selon l’écrivain serbe Vidosav Stevanovic, « dans le souvenir des futures générations serbes, cet homme conservera le visage d’un monstre mythique ». Est-ce bien certain?

Geo Werbrouck

Références

·        Milosevic: portrait of a tyrant  by D. Doder and L. Branson Free Press  1999

·        Anatomy of a murderer - NY Review of Books  - Jan 20, 2000

·        Kosovo, un an après - Le Monde, suppément  25 mars 2000

·        Exit Milosevic  10 ans de guerre  -  Le Monde, supplément  8/9 octobre  2000

·        Trois chants funèbres pour le Kosovo - Ismail Kadaré - Fayard 1998

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BON A SAVOIR

D’après B.S. Lambeth, auteur du livre « The transformation of American Air Power » publié aux Presses Universitaires de Cornell University, la météo, l’astuce paysanne et la technique dans sa forme la plus modeste ont eu raison des armes extrêmement sophistiquées et coûteuses de l’OTAN lorsque cette dernière a voulu anéantir l’armée serbe au Kosovo. Il s’avère, en effet, que le recours aux bombes à laser est très aléatoire par temps couvert. Or, le printemps au Kosovo est particulièrement nuageux. Les missiles de croisière visent à détruire les radars des systèmes de défense: les Serbes ont donc enclenché les radars durant quelques secondes puis les ont désarmorcés aussi sec et les pauvres missiles, complètement désorientés, ont prolongé leur voyage jusqu’en Bulgarie. L’un d’entre eux a   même atterri dans une salle de bain à Sofia. Par ailleurs, les Serbes ont multiplié les appâts trompe-l’oeil sous forme notamment de ponts en plastique: l’OTAN les a consciencieusement bombardés.  Ils ont aussi alimenté nombre de fourneaux à bois en donnant à leur cheminée la forme d’un embout de canon: l’OTAN ne les a pas ratés.  D’énormes bûches peintes et posées sur des camions pouvaient ressembler à des fusées et là encore, l’OTAN y a fermement cru. Si tout cela est bien exact, on pense avec indignation aux vies qui auraient pu être sauvées en Afrique, par exemple, grâce aux millions de dollars gaspillés à l’occasion d’aussi funestes plaisanteries. Dans les désordres d’une guerre, rien ne va nécessairement comme prévu. Il y a outrecuidance à croire que la guerre « haute technologie » ferait exception à la règle.

(extrait de The New York Review of Books - september 21, 2000)

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A MÉDITER

Ces brefs extraits du remarquable rapport du Secrétaire général des

Nations-Unies intitulé: « We the People »

« La mondialisation présente de grands avantages, certes. mais à l’heure actuelle, les bénéfices qui en résultent sont très mal répartis tandis que son coût est assumé par tous. En conséquence, le principal défi auquel nous devons nous attaquer aujourd’hui est de faire en sorte que la mondialisation devienne un atout positif pour tous les habitants du monde sans plus en précipiter des millions dans une noire misère... »

« L’objectif de la non-prolifération n’est pas encouragé par le fait que les nations qui possèdent l’arme nucléaire veulent faire croire que cette arme entre leurs mains conforte la sécurité, tandis qu’entre d’autres mains elle représente une menace pour la paix. »

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AUX ÉTATS-UNIS, LES ÉLECTEURS SONT FICHÉS AU BÉNÉFICE DES PARTIS.

« Les partis sont désormais en mesure de connaître le profil précis de chaque électeur. Ils savent si vous êtes favorable à l’avortement, si vous portez des armes à feu, si vous avez des enfants en bas âge et à quel type de discours vous serez sensible. (...) Il est également possible de centrer la recherche sur les personnes dont le prénom aurait une consonance hispanique, asiatique, italienne ou bien encore juive... »

Ce grâce à la banque de données de l’entreprise Aristotle Publishing, fondée en 1983 et spécialisée dans « l’identification de l’électeur ». Basée aux Etats-Unis, son expansion vers l’Europe est annoncée...

(extrait de Le Monde - 15 novembre 2000)

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Ghislaine Vankeerberghen