Hiroshima n’a pas provoqué le choc escompté auprès des
responsables militaires et même politiques de l’empire du Levant.
Il n’en sera pas de même le 8 août avec l’entrée en guerre de
l’URSS en Manchourie qui va atteindre sérieusement le moral du
Japon. Les militaires américains responsables du programme
Manhattan sont déçus et vont agir dans la précipitation pour
larguer la bombe au plutonium sur Nagasaki et apparemment sans
l’autorisation présidentielle!! Les tracts qui devaient être lancés
sur les villes japonaises ne seront prêts que le 10 août….Les
prétextes de ce second crime sont variés, on peut en retenir les
principaux:
 
1)  le coût de la bombe ( plus ou moins un milliard de dollars )
 
2)  faire croire que les E.U. disposent de plusieurs bombes
 
3)  tester une bombe au plutonium sur une population civile
 
4)  comparaison avec Hiroshima
 
5)  intimider l’URSS
 
    Hiroshima et Nagasaki, qui ne représentent que 2% des
    destructions des infrastructures, ont eu très peu d’impact sur les
    Japonais qui ignoraient la nature exacte de ce type de
    bombardement et le comparaient à un bombardement
    conventionnel de mille ou deux mille forteresses volantes.
    L’entrée en guerre, le 8 août, de l’URSS a été beaucoup plus
    efficace pour accélérer les négociations de paix, d’autant plus
    que les E.U.  voulaient stopper l’avance de l’armée rouge afin
    de se réserver exclusivement l’occupation du Japon. Enfin
    l’acharnement des militaires à poursuivre ce massacre inutile
    s’est encore manifesté avec la proposition du général Groves qui
    informa le président Truman qu’il disposerait vers le 12 et le 13
    août de suffisamment de plutonium que pour faire exploser une
    troisième bombe le 17 ou le 18 août…Truman refusa.
 
    Plusieurs historiens  de valeur dont Liddell Hart et Gar
    Alperovitz sont  arrivés à la conclusion que Hiroshima et
    Nagasaki ont plus contribué à déclencher la guerre froide qu’à
    mettre fin à la deuxième guerre mondiale. Malgré les avis des
    généraux Douglas Macarthur, Dwight Eisenhower et William
    Leahy, qu’il n’y avait pas de nécessité militaire à utiliser le feu
    nucléaire, Truman en a décidé autrement. Ainsi l’occupation de
    la Manchourie, l’invasion de la Chine, Pearl Harbor, les sévices
    subis par les prisonniers américains et anglais et les milliers de
    femmes coréennes soumises aux divertissements des militaires
    japonais ont été vengés….Une logique qui ne peut mener qu’à
    une escalade dans l’horreur et l’apocalypse.
 
    Quant à l’histoire elle ne retiendra, le plus souvent, qu’une
    contre-vérité et une énormité, à savoir, que la bombe a mis fin à
    la guerre et qu’elle a épargné la vie à 500.000 ou 1.000.000 de
    soldats américains soit une fois et demi ou trois fois plus que
    toutes les pertes subies par l’armée des Etats-Unis pendant la
    seconde guerre mondiale!
    La sacralisation de la bombe a commencé ….
 
    Pierre Piérart