Ce livre de 146 pages est une synthèse remarquable de ce qu’un scientifique curieux du développement des sciences, des technologies et de la société a pu écrire d’une façon sereine,simple, intelligente et objective sur l’avenir à moyen terme des conditions de vie de la communauté humaine.

 Sans aucun parti pris le prof. Michel Wautelet aborde des problèmes aussi délicats que celui de l’énergie en proposant des scénarios réalistes mais, néanmoins, alarmants. L’auteur constate, comme monsieur tout le monde, que notre société est en mutation et qu’il n’est pas aisé de formuler des scénarios probables sur notre avenir. Il rappelle très justement comment nos parents envisageaient , souvent de façon très fantaisiste, l’époque de l’an 2000.

Le chapitre 3 est consacré au pétrole, sujet d’actualité et qui devra se clôturer immanquablement par une pénurie prochaine.

Au rythme actuel de la consommation irréfléchie et inqualifiable,pour ne pas dire criminelle, les hydrocarbures qui se sont accumulés dans les sédiments depuis plus de 600 millions d’années (produits d’une infime partie de la photosynthèse qui s’est fossilisée) auront disparu. Ces derniers pourraient déjà être épuisés vers les années 2035 à moins qu’un sursaut exceptionnel permette de retarder cet épuisement de deux ou trois décades. La disparition du pétrole et du gaz aura pour conséquence évidente un chambardement évident sur les déplacements des humains et le transport des marchandises, ce qui pourrait provoquer des révoltes sociales face à un nouvel ordre écologique imposé dans la précipitation par une gouvernance désemparée.

Monsieur Wautelet envisage avec scepticisme l’avenir des véhicules futurs. La voiture électrique n’aura qu’une autonomie de plus ou moins 150 km. Avec 500 kg de batteries au plomb (les batteries nickel-cadmium pourraient stocker le double d’énergie par kilo de batterie). Quoi qu’il en soit, dit Michel Wautelet, le développement du parc des automobiles électriques nécessitera pour l’Union Européenne, un potentiel électrique installé équivalent à une vingtaine de centrales nucléaires, même avec une réduction de 50 % des distances parcourues, sans oublier la quantité de plomb nécessaire qui n’est probablement déjà plus disponible.

La voiture à piles à combustible pose des problèmes encore plus complexes malgré un rendement énergétique excellent. Ce type de voiture présente des problèmes de sécurité (hydrogène, gaz naturel)et, encore une fois, nécessite une production d’électricité énorme en vue de l’électrolyse de l’eau. Pour l’Union Européenne;la quantité d’électricité nécessaire exigerait l’équivalent d’une soixantaine de centrales nucléaires.

Que dire des camions dont le poids des batteries serait exorbitant.

En d’autres termes le camion est condamné à moyen terme et il devient urgent de réfléchir à l’utilité de nouvelles autoroutes y compris de nouveaux tunnels transalpins pour désengorger la circulation. Il est évident que la voiture hybride à très faible consommation et le développement du réseau ferroviaire pourraient retarder l’échéance de la disparition des hydrocarbures tellement précieux pour l’industrie chimique en général.

Monsieur Wautelet rappelle justement les quatre secteurs des problèmes énergétiques: l’utilisation rationnelle de l’énergie(URE), les énergies fossiles, les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire.  Il rappelle l’importance de l’URE qui implique l’augmentation du rendement énergétique, une meilleure gestion de l’énergie (cogénération) et  la lutte contre le gaspillage. Cet aspect nous paraît fondamental quand on constate la croissance continue de la consommation électrique qui, même en période de crise, dépasse les 2 %. C’est principalement dans le secteur tertiaire, privé et publique, que l’absence d’économie (soit un rendement énergétique optimum) et le gaspillage (dépense énergétique inutile, ex.: un local bien éclairé par l’énergie solaire où toutes les lampes sont allumées) sont flagrants. Il sera très difficile de modifier notre comportement pour respecter cet aspect du problème; une action pédagogique des jeunes sera indispensable pour éduquer les adultes (NDLR).

 En ce qui concerne les énergies fossiles leur sort semble fixé: une trentaine d’années pour les hydrocarbures ou un  peu plus si l’homme prend conscience du problème; quant au charbon les réserves sont encore abondantes pour une période évaluée à 300 ans. Peu de responsables envisagent l’avenir de ce secteur vu les problèmes énormes de pollution atmosphérique.

Michel Wautelet souligne l’importance des énergies renouvelables, en particulier l’éolien qui pourrait, selon lui,intervenir pour 10 à 12 %, le photovoltaïque qu’il ne chiffre pas et la biomasse (bois, biocarburants, etc.) qui peut jouer un rôle important de l’ordre de 10 % peut être et qui, par le mécanisme de la photosynthèse suivi de la combustion, n’aggrave pas la quantité de CO2  produite.

La géothermie n’est pas abordée dans l’ouvrage de Michel Wautelet de même que l’hydroélectricité dans les pays en voie de développement.

 Le problème nucléaire est examiné avec beaucoup de sérénité par l’auteur qui envisage deux possibilités à moyen terme. Dans le scénario «sortir du nucléaire» il souligne les problèmes économiques, un confort énergétique modifié mais non diminué, les efforts de tous pour s’adapter à ce nouveau style de vie et finalement un coût de la vie ou, du moins, des investissements importants difficilement abordables pour tout le monde. Dans le scénario « maintenir le nucléaire» le mode de vie restera le même avec, comme revers de la médaille, les déchets nucléaires, les risques d’accidents graves, le terrorisme nucléaire, le renouveau de la course aux armements et la multiplication de nouveaux sites pour l’implantation des futures centrales nucléaires.

Le prof. Wautelet n’envisage pas le problème du nucléaire au delà de 2050; à ce moment la teneur des gisements d’uranium sera plus pauvre avec des frais d’exploitation plus importants et, par conséquent, une production de CO2  du cycle de l’uranium équivalente et même supérieure à celle d’une centrale au gaz. Il restera à ce moment des réserves de plutonium civil et militaire susceptibles d’être utilisées dans des centrales appropriées.

Nous ne pouvons analyser tous les sujets présentés dans le livre, citons néanmoins, les nanotechnologies qui pourront apporter de très nombreuses applications en biologie et en médecine, le futur de l’informatique, l’habitat moderne devant permettre des économies d’énergie considérables. Ce dernier point nécessitera néanmoins des investissements importants. Quant à nos villes du milieu du XXI ème siècle, on peut les imaginer avec de nombreux piétonniers, beaucoup de vélos, des transports en commun généralisés, des parcs de voitures électriques ou hybrides et un renouveau du commerce de proximité.

En bref, un livre à lire, à relire et à méditer, qui nous obligera à réfléchir sur les mesures à prendre le plus vite possible pour partager les dividendes d’une croissance zéro ou négative en ce qui concerne les biens mais toujours positive dans le secteur tertiaire.

 

       Pierre Piérart