Le grand public sait que les armes nucléaires sont d’effrayants moyens de destruction. Mais après la guerre froide et la fin des essais, des illusions et idées fausses se répandent qui minimisent l’impact de leurs effets matériels et biaisent  les aspects politiques et les concepts stratégiques. Les responsables de décisions à prendre (milieux politiques, militaires, scientifiques et médicaux).doivent être mis en garde. 

On sous-estime leurs  caractéristiques techniques et les effets matériels. On croit souvent  que l’arme nucléaire ne tue pas plus que les grands bombardements aériens de la seconde guerre mondiale, ni que  armes, biologiques ou chimiques, qualifiées aussi « de destruction massive », que leurs effets les plus graves sont les cancers et les anomalies génétiques dus à leur radioactivité et que ces effets ressemblent à ceux des accidents de centrales nucléaires. D’autres veulent vendre l’idée que les bombes nucléaires miniatures ne détruisent  qu’un ou quelques bâtiments et seront plus acceptables pour l’opinion.          

Sur les plans stratégique et politique, on déclare que l’arme nucléaire,  purement « dissuasive », empêche toute guerre, et a assuré la paix depuis 1945. On croit aussi que l’arme nucléaire est le moyen de défense le moins cher, que, la guerre froide étant finie, le désarmement nucléaire est en bonne voie et que le risque d’un conflit nucléaire a quasi disparu. Le seul danger restant proviendrait d’Etats voyous irresponsables, que le Traité de Non Prolifération a pour unique but d’empêcher de se procurent ces armes. Par contre, on tente d’accréditer l’idée que l’armement nucléaire, employé seulement en défense,  ne viole pas la loi internationale.

On croit enfin que la Belgique, pays non nucléaire et qui entend le rester, n’est pas concernée, mais que, comme les gouvernements des grands pays n’obéissent qu’à des intérêts immédiats, la pression de l’opinion n’a aucune prise sur eux. Demander un désarmement nucléaire généralisé est utopique.                           

Toutes ces affirmations sont fausses ou ne s’appliquent qu’à des circonstances exceptionnelles.           

Voyons les choses plus en détail.

   A. CARACTERISTIQUES TECHNIQUES ET EFFETS MATERIELS                                                                                                                      

1. Une bombe nucléaire ne tue pas plus de monde qu’un bombardement aérien classique (quelques dizaines de milliers).

FAUX. A Hiroshima, première ville qui a reçu une bombe atomique, 60 000 personnes sont mortes sur le coup ou avant qu’on ait pu leur porter secours (1). Mais 85 000 autres sont décédées dans l’année, après des mois de souffrances. Cette seule bombe, artisanale et primitive, a tué la moitié de la population d’une ville de plus de 300 000 habitants (2). Trois à cinq km2 furent complètement détruits. En cas de guerre, on emploierait des centaines de têtes nucléaires bien plus puissantes. Des experts du Pentagone ont estimé que le tiers de la population de grands pays pourrait être anéantie en quelques semaines. 

2.- Les effets sont analogues à celle des autres armes, biologiques ou chimiques, dites « de destruction massive », qui ne discriminent pas non plus entre civils et combattants ennemis.

FAUX. Les armes chimiques (gaz toxiques, poisons), biologiques (bactéries et virus) ou même radiologiques (disséminant des produits radioactifs, possibilité jusqu’ici théorique) n’ont, chaque fois, tué ou handicapé à long terme, que quelques milliers de personnes (3). Aucune ne détruit les bâtiments. Il est vrai qu’elles ne font pas non plus de distinction entre combattants ennemis et les populations, civiles et autres, qui doivent être épargnées au maximum. Si elles sont des armes de destruction massive, les bombes nucléaires sont des armes de destruction  totale, ou « génocidaires » comme dit le Prof. Bernard Lown, fondateur et président d’honneur de l’IPPNW.                      

3.- Les termes bombes atomiques et nucléaires  sont synonymes.

FAUX. Les bombes atomiques, à base d’uranium 235 ou de plutonium 239 libèrent une énorme quantité d’énergie par la cassure (fission) de ces atomes en éléments plus petits. La détonation ne peut être provoquée par une étincelle ou un choc comme celle des explosifs chimiques. Il faut que ces éléments soient rassemblés en un volume compact tel que la grande majorité des neutrons produits par les désintégrations spontanées n’en sortent pas et y produisent de nouvelles désintégrations. La réaction s’accélère alors exponentiellement en une fraction de seconde. Pour empêcher qu’elle soit prématurée, l’explosif est réparti en petits amas bien isolés ; une faible déflagration chimique au moment choisi les précipite les uns contre les autres en une masse unique (dite critique). Le nombre de ces petits amas séparés est spatialement limité et la puissance de ces bombes ne peut dépasser 4 à 5 fois les 17 kilotonnes (équivalent à 17 000 tonnes de dynamite) de celle d’Hiroshima.                  

Les bombes nucléaires, à hydrogène, explosent par la fusion de deutérium et de tritium (isotopes 2 et 3 de l’hydrogène) en hélium 4, qui n’a pas cette limitation. La réaction n’a lieu qu’à une température très élevée, fournie par une petite bombe atomique. Quasi toutes les bombes actuelles sont à hydrogène et leur puissance usuelle est de l’ordre de 80 à 150 kilotonnes (5 à 10 fois celle d‘Hiroshima). Pour maximiser la zone atteinte, on les fait éclater à des centaines de mètres en l’air. On en a testé de plus puissantes, mais elles sont militairement inutiles. 

4.- Les effets les plus graves sont les cancers et les anomalies génétiques dus à la radioactivité.

FAUX. Les effets dépendent de la répartition de l’énergie libérée. La moitié de celle-ci est mécanique (surpressions brusques, vents de 250 à 400 Km/h). Un tiers est sous forme de chaleur à des milliers de degrés (d’où énormes incendies) et le reste est constitué de radiations (rayons X ou gamma qui se dissipent vite, et poussières radioactives persistantes).                    

Les blessures et les morts sont surtout dus à l’effet de souffle (effondrements, objets solides mal fixés transformés en projectiles mortels) et aux incendies (liquides inflammables, bois, papier et peintures prenant feu spontanément). Ces incendies fusionnent en d’immenses tempêtes de feux, sur une surface aussi  large, sinon plus, que celle détruite par le souffle. Les victimes sont gravement blessées et/ou brûlées et asphyxiées. En dessous de l’explosion, elles sont aussi fortement irradiées, mais les autres effets les auront tuées plus tôt. Plus loin du centre, chez les gens moins atteints, l’irradiation reçue réduit leurs capacités de défense immunitaires (analogie temporaire avec les malades du Sida), les rendant pendant des semaines incapables de résister aux infections dues à leurs lésions ouvertes. Le traitement de grands brûlés et de fractures multiples demande des moyens lourds, auxquels les services médicaux actuels, submergés, ne pourront pas mieux face qu’à Hiroshima, malgré les  progrès de la Médecine (4). 

Les leucémies et cancers causés par l’irradiation, apparaissant plus tard, ne pourront être individuellement distingués de ceux dus à d’autres causes. Au Japon, pendant des décennies, quelques milliers de cancers supplémentaires par rapport aux tumeurs observées dans une population témoin comparable, ont frappé les survivants (2 % de la mortalité totale). On craint des anomalies génétiques chez les descendants (comme observées dans des plantes et des animaux), mais le passage des générations étant plus lent, on ne les a pas encore décelées (5).        

La puissance plus grande Les têtes nucléaires actuelles dévasteront dix à vingt  km2 (4 à 10 fois plus) et le nombre de victimes sera augmenté en proportion,  mais avec  les mêmes types de lésions.   

5.-  Le danger est semblable dans  les centrales nucléaires.

         FAUX.  Dans les accidents de type Tchernobyl, la déflagration a des effets limités (15 à 30 mètres), mais des dizaines de tonnes de matières radioactives sont libérées dans l’atmosphère au lieu de quelques kilos après l’explosion de bombes. Une vaste zone gravement contaminée devra être interdite d’accès pendant des siècles. Les substances radioactives causent un nombre élevé (difficile à préciser) de cancers jusqu’à des centaines de Km ou plus, toujours après un délai de plusieurs années. Les effets génétiques, bien établis dans d’autres espèces, apparaissent chez l’homme. A Tchernobyl, il faut comptabiliser aussi le bon millier de « volontaires », mal informés, qui sont morts en quelques mois de l’irradiation reçue alors qu’ils participaient à la neutralisation du réacteur. Toute victime est de trop, mais il faut raison garder. Ces accidents et les fuites radioactives, que tous cherchent à éviter, ont fait moins de morts que d’autres industries (asbeste, charbon, plomb, etc). L’usage de bombes nucléaires qui tuerait mille fois plus de monde serait, au contraire, délibéré. 

 6.-  Les bombes nucléaires miniatures, détruisant un ou quelques bâtiments, aux effets quantitativement plus proches de ceux des armes conventionnelles, seront plus acceptables pour l’opinion.

FAUX. La précision accrue des lanceurs et le besoin d’anéantir des cibles profondément enterrées a fait penser à des mini-bombes nucléaires de puissance réduite (mini-nukes). Elles ne devraient exploser qu’après avoir pénétré de plusieurs mètres dans le sol, évitant au maximum les « dommages collatéraux » du jargon militaire. Leurs promoteurs espèrent que leur puissance moindre les rendra plus tolérables. Or, elles creuseraient des cratères de 100 à 150 mètres de diamètre et imprégneraient les milliers de tonnes de terres remuées de poussières radioactives. La surface dévastée restera longtemps contaminée et les équipes de secours ne pourront y pénétrer que quelques minutes. 

B. SUR LES PLANS STRATEGIQUE ET POLITIQUE                                                                                            

7.-  L’arme nucléaire est « dissuasive ». Le vainqueur d’une guerre nucléaire subirait quasi autant de destructions et de victimes que le vaincu. Aucun enjeu ne la justifierait, ce qui a assuré la paix depuis 1945.

FAUX. L’idée que c’est la dissuasion qui a empêché la guerre depuis 1945, est peu vraisemblable. Aucun fait historique ne démontre que l’hostilité idéologique entre Russes et Américains aurait pu déboucher sur des attaques actives, même quand l’un d’eux était en difficulté (Américains lors du blocus de Berlin, Russes lors de révoltes des pays d’Europe de l’Est). Tous deux étaient conscients que l’économie complexe et intégrée d’un pays technologiquement développé, est trop vulnérable, même en cas de guerre classique. Les deux propagandes prétextaient cependant que  l’adversaire potentiel  planifiait une attaque éclair qui détruirait la grande majorité de leurs silos nucléaires et de leurs villes, ce qui lui aurait donné d’un coup un avantage décisif. Cela justifiait d’énormes crédits  pour pouvoir riposter sans délai, par un considérable surplus de bombes qui aurait fait autant de destructions chez l’agresseur que chez l’agressé.

 

Alors qu’il n’y avait pas de frein nucléaire, l’Europe, continent le plus belliqueux des derniers siècles, a  connu de longues périodes de paix, au XIXe siècle par exemple (7). Depuis 1945, il y a eu entre 120 et 150 guerres (8), faisant au total plus de victimes que le conflit mondial. Aucune d’elles n’a opposé directement des pays développés.                                                                                                                                                                               

 La théorie de la dissuasion comporte par contre un risque caché, majeur. Elle exige que des systèmes de vigilance permettent de riposter en 20 minutes avant que les premières cibles soient atteintes par les fusées ennemies. La décision de lancer des armes nucléaires serait, dit-on, réservée aux dirigeants suprêmes, responsables et informés, des Etats en cause. Tout lancement dépendrait d’un système de double clef, l’une au sommet politique et l’autre au niveau des commandements locaux. La propagande ment. La décision, qui doit être prise très vite, ne dépend que des commandants des sites de fusées ou de ceux des sous-marins, plus isolés encore (9). Un de ces décideurs pourrait devenir fou, ivre ou drogué, mais surtout les systèmes d’alerte ont connu divers ratés, qui ont failli induire de terribles erreurs (10).

 

8.- L’arme nucléaire est bon marché. Le rapport efficacité/coût est meilleur que pour les autres armements. 

FAUX.  Même si on la tient pour une défense imparable, elle constitue une protection fort chère. Une étude historique américaine (1998) a calculé leur coût depuis 1945, incluant les frais de fabrication et purification des explosifs radioactifs, de leur nécessaire renouvellement  (toutes les quelques années pour le tritium),  de stockage des déchets,  le développement des missiles à longue portée (inutiles pour d’autres armements), etc. Près d’un tiers des budgets militaires (en partie camouflés sous divers intitulés du Ministère de l’Energie) lui a été consacré aux Etats-Unis, ce qui est beaucoup pour une arme destinée officiellement à n’être qu’une « menace diplomatique ». La part du budget militaire que d’autres pays nucléaires y consacrent est sans doute du même ordre, mais aucun chiffre n’a été publié.

 

9.- La guerre froide finie,  le désarmement nucléaire est en bonne voie.

FAUX. Actuellement, Russes et Américains ont encore près de 12 000 têtes chacun, soit 95 % du total dans le monde. Le nombre de missiles stratégiques a été réduit de moitié, mais aucun accord n’a été signé pour les armes tactiques, bombes d’avion ou obus d’artillerie, dont le recensement est imprécis. Cela convient fort bien aux deux grandes puissances. Elles se sont accordées pour ne pas remplacer les explosifs périmés, ce qui réduira leurs arsenaux à + 2 000 têtes chacune, mais seulement en 2012 ! De quoi anéantir encore toutes les grandes villes du globe. Chaque sous-marin nucléaire porte une bonne centaine de fusées porteuses de têtes égales à plusieurs « hiroshimas », qui peuvent atteindre n’importe quel  point du globe.

 

10.- Un tabou empêche tout usage de l’arme nucléaire. Le danger a pratiquement disparu.

FAUX. Le risque de guerre nucléaire a, au contraire, augmenté, surtout ailleurs que chez nous:

a) Plus il y a de gens jouant avec des allumettes près de matières inflammables, plus grand est le danger d’incendie. L’augmentation du nombre de pays nucléaires accroît le risque. Imaginer que ces nouveaux nucléaires sont des « Etats voyous » qui voudraient sans raison attaquer une grande puissance est une hypothèse invraisemblable. Quel que soit le jugement qu’on porte sur leur régime, leurs dirigeants ne sont pas fous et ne se lanceraient pas dans une telle aventure, sachant que leur pays serait annihilé dans les 24 heures. Cependant, ces pays sont vulnérables, souvent en conflit avec des voisins ressentis comme agressifs. Une guerre conventionnelle pourrait envahir profondément leur territoire. Par exemple, une attaque bien ciblée de l’armée indienne couperait le Pakistan en deux. De même, la Corée du Nord se croit menacée par la population plus nombreuse, plus riche et techniquement plus moderne du Sud. La tentation irrationnelle d’utiliser l’arsenal nucléaire si le régime concerné se sent devant un péril très décisif pour la survie du pays ou de sa civilisation, risque de devenir insurmontable. Cette hypothèse-ci n’est pas théorique. Un épisode de la crise de Cuba en 1962 le montre (11). Si une décision dramatique dépend d’un petit groupe psychologiquement isolé, elle risque plus d’être aberrante. Mais, une fois le tabou levé, tout deviendra possible.                                                                                                                                                                                                        b) Pendant la guerre froide, on n’envisageait l’emploi d’armes nucléaires que contre un ennemi qui en disposait aussi. Mais le pouvoir actuel de la plus grande puissance mondiale a modifié cette stratégie. Depuis trois ans, des rapports officieux (Nuclear Posture Review), puis des discours officiels ont déclaré que les USA n’hésiteraient pas à utiliser son armement nucléaire contre un pays considéré comme menaçant parce qu’il possède des armes chimiques ou biologiques … ou pourrait s’en doter. Cette attitude, très subjective, ouvre la porte à toutes les dérives. Elle ne peut qu’encourager les Etats qui se sentiraient des cibles potentielles à - eux aussi – se procurer des armes nucléaires.

                                                  

 c) La probabilité du commerce frauduleux des explosifs nucléaires s’accroît (désorganisation russe, etc) et la technologie est connue. Un groupement terroriste fanatique pourrait fabriquer de telles bombes, ou s’en procurer par des complicités occultes, et les introduire clandestinement, en pièces détachées s’il le faut, dans un pays cible (pas besoin de fusées intercontinentales !). Contrairement aux imaginaires « voyous », il hésiterait sans doute d’autant moins à utiliser ces armes nucléaires que ses militants seraient prêts à se sacrifier et qu’il n’a pas de base territoriale vers laquelle le pays victime pourrait  orienter une riposte.

 

d) Le développement des fusées anti-missiles est un autre facteur encourageant la prolifération. Comme leur objectif réel n’est pas celui que l’on prétend  (détruire en vol les fusées lancées sans provocation contre un pays pacifique), ces engins incitent des pays marginaux à vouloir plus d’armes nucléaires. Ils violeraient d’ailleurs le traité anti-missiles balistique (ABM).

 

11.- Le Traité de Non Prolifération (TNP)  doit surtout empêcher de nouveaux pays de s’en procurer car  le plus grand danger provient d’Etats  irresponsables.

FAUX.. Sans doute, depuis 1970, le Traité de Non Prolifération a pour objectif d’interdire à de nouveaux pays de se doter d’armes nucléaires, ce qui accroîtrait automatiquement le risque. Mais, en échange de leur renoncement, la grande majorité des nations exigèrent que les cinq pays nucléaires (membres permanents du Conseil de Sécurité) s’engagent à se débarrasser à terme de cet armement. Cependant, la course aux armements nucléaires se poursuivit pendant près de deux décennies dans ces pays …et bien d’autres : Israël (aidé par la France), l’Afrique du Sud (collaborant avec Israël (12), l’Inde (aidée de l’URSS), le Pakistan (aidé de la Chine et des USA). La Corée du Nord (aide pakistanaise) et l’Iran (aide russe) sont moins avancés. D’autres, signataires ou non du traité, y pensent. On vilipende aujourd’hui un scientifique pakistanais de faire ce que les grandes puissances ont fait longtemps pour des clients ou alliés, en totale violation du traité (art. I, (note 13). Israël, l’Inde et le Pakistan n’ont pas signé le TNP;  la Corée du Nord  s’en est récemment dégagée.   

 

L’inefficacité du traité est due à plusieurs graves défauts intrinsèques :                                                             - Il introduit une sorte d’apartheid, mal ressentie (14) entre deux catégories de pays ;                                      - Il ne précise ni les modalités, ni les délais du désarmement des puissances nucléaires ;                                   - L’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA, en anglais IAEA), doit, à  la fois s’assurer du respect du traité et encourager l’utilisation de l’énergie nucléaire, objectifs en partie antagonistes ;                                          - Il permet aux adhérents de se dégager, en un délai court, des obligations qu’il impose.                                                                                                                                                                                

Rendu permanent en 1995, le TNP est revu tous les 5 ans, en fonction des carences constatées. Les pays  « non nucléaires » qui possèdent ces armes  -  adhérents du traité ou non - et à qui on reproche de ne pas respecter celui-ci, ont beau jeu de souligner que les grands, cent ou mille fois plus armés, ne le font pas non plus ; ils ne s’en privent pas. Comment soutenir sérieusement que ceux qui ont quelques têtes nucléaires (1 ou 2 à quelques dizaines), menacent plus la paix du monde que ceux qui en ont cent fois plus ? Ces Etats fragiles refuseront de se débarrasser de leurs bombes tant que les grandes puissances garderont leurs gigantesques arsenaux. Il est impossible de soutenir en Droit international qu’il y aurait des armes nucléaires vertueuses et d’autres qui ne le seraient pas.  C’est un des nœuds du problème. Si les puissances nucléaires n’appliquent pas en contrepartie leur propre désarmement (art. VI, note 15), il sera impossible d’empêcher la prolifération (art.II, note 16). Nous avons expliqué plus haut pourquoi un pays fragile n’emploierait ses quelques bombes que dans des circonstances  exceptionnelles (paragr.10).

 

12.- Utilisé en défense, l’armement nucléaire n’est pas interdit par la loi internationale

FAUX. .Les armes chimiques et biologiques sont interdites depuis le début du XXe siècle car elles violent un principe essentiel du Droit de la guerre en ne faisant pas de discrimination entre les combattants ennemis, cibles légitimes, et les populations à protéger ; de plus, souvent, le nombre des victimes est hors de commune mesure avec les objectifs à atteindre. Les mines anti-personnels sont dans le même cas. L’arme nucléaire présente les mêmes tares à beaucoup plus grande échelle, mais diverses autorités ont tenté de faire croire qu’elles ne sont pas interdites. Il est peu de points sur lesquels les gouvernements ont tant menti.                                                                                                                                                                        L’Organisation Mondiale de la Santé, dépendant des Nations Unies, a pu introduire une demande d’avis auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye, chargée depuis un siècle de juger les litiges entre Etats. Ses juges viennent d’une quinzaine de pays répartis dans le monde (17). Ils peuvent individuellement justifier leur position, surtout si elle s’écarte de celle de la majorité. Le respect des arrêts de la Cour dépend de la bonne volonté des pays en cause. Une partie de son avis du 9 juillet 1996, votée par la moitié des membres (la voix présidentielle étant prépondérante), fournit une réponse circonstanciée et complexe. Elle constate que l’emploi d’armes nucléaires, par leur nature même, ne respecte pas les règles universellement admises du Droit de la guerre, et qu’elles sont, en général, illégales. Cependant, dit l’avis, il est des cas, quand l’existence même d’un pays est en jeu, où leur utilisation serait justifiée. Aucun des opposants, dont les opinions individuelles sont annexées, ne considérait les armes nucléaires comme légitimes, mais ils refusaient cette partie du texte parce qu’ils auraient voulu au contraire une condamnation  plus absolue, sans aucune exception.

                                                                                                           

Rappelant ensuite une décision ancienne qui déclare que les cas non prévus doivent obéir aux principes généraux du droit de la guerre, la Cour précisa, à l’unanimité cette fois, l’injonction que le TNP fait aux pays nucléaires, de négocier sans délai, avec obligation de résultats « rapides », un désarmement nucléaire complet. Alors qu’on ne lui demandait pas son avis sur ce point, la Cour unanime insiste sur la nécessité d’appliquer le traité et d’éliminer cet armement (15).

 

13.-  Tout cela ne concerne pas la Belgique, pays non nucléaire, et qui entend le rester.

FAUX. Pays n’ayant pas le droit d’acquérir des armes nucléaires, « ni d’en contrôler directement ou indirectement » (art. I et II du TNP), la Belgique héberge néanmoins quelques têtes nucléaires américaines. Comme quatre autres membres non nucléaires de l’OTAN dans une situation analogue, nous fournissons divers services (eau, électricité, vivres, etc) aux troupes US qui les desservent. Surtout, nous faisons ipso facto partie du Nuclear Planning Group de l’OTAN qui s’occupe de leur gestion, tout cela en vertu d’accords secrets. On a longtemps nié l’existence de ces bombes, ce qui prouve combien nos autorités étaient conscientes que leur statut juridique est fragile. Aujourd’hui, leur présence sur la base aérienne de Kleine Brogel est un secret de polichinelle, le Ministre des Affaires étrangères lui-même l’ayant reconnu. Nous ne respectons donc pas l’article II du traité (16). Des arguties juridiques prétendent que le « contrôle » est relatif à leur emploi et pas aux services annexes, qu’il y a d’ailleurs une sorte d’extraterritorialité de l’espace utilisé, etc. Mais le Planning Group doit effectivement contrôler leur emploi. La Belgique n’y a qu’une voix parmi d’autres, mais on ne peut nier qu’elle participe à ce contrôle. Nous violons les objectifs et l’esprit du traité. Lors de plusieurs réunions, des officiers supérieurs de l’OTAN ont confirmé que cette situation dépendait uniquement du pays d’accueil. Plusieurs alliés de l’OTAN (Espagne, Grèce) qui se trouvaient dans la même situation fausse, se sont arrangés pour ne plus héberger d’armes nucléaires américaines. D’autres les ont toujours refusées.                                             

 Cette douzaine de têtes B61, d’un calibre probablement égal à un ou quelques  « hiroshimas », qui ne peuvent être lancées que d’avion, sont des armes périmées qui n’entrent plus dans les calculs stratégiques actuels. Mais, en principe, elles mouillent  la Belgique et l’empêcheraient de protester au cas où l’OTAN (où un seul a plus poids que tous les autres réunis) déciderait d’utiliser des armes nucléaires.        

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14.- Un désarmement nucléaire généralisé est utopique car, de toutes façons, les gouvernements ne tiendront pas compte des demandes de l’opinion et on ne les fera pas changer d’avis.

FAUX. Il est vrai que les gouvernements des grands pays (les autres aussi d’ailleurs) obéissent surtout à leurs intérêts, étroitement conçus. Quand cela leur paraît nécessaire, ils n’hésitent pas à cacher la réalité, à violer les traités et à présenter des excuses boiteuses auxquelles il est impossible qu’ils croient eux-mêmes.  Ils sont ce-pendant plus sensibles à la pression des opinions publiques qu’on le pense. Sans remonter aux guerres que les USA menaient au Vietnam et l’URSS (encore dictatoriale à l’époque) en Afghanistan, où la pression des opinions publiques nationales ont obligé leurs gouvernements à mettre fin à ces aventures, l’intervention dans le domaine nucléaire de nombreuses Organisations Non Gouvernementales (ONG) pacifistes place les pays puissants sur la défensive, dans une situation moralement inconfortable. Il y a quelques années, l’indignation des opinions, internationale et locale, obligea la France à interrompre prématurément ses essais nucléaires à Mururoa. Aujourd’hui, le gouvernement russe est gêné par les réactions qui condamnent, sinon sa politique, du moins ses méthodes, en Tchétchénie. Et le gouvernement américain sait qu’il ne pourra longtemps négliger une opinion mondiale, majoritairement hostile à sa politique irakienne. Lors de la dernière révision du Traité de Non Prolifération en 2000, les grandes puissances, qui auraient préféré continuer une diplomatie secrète permettant tous les atermoiements, ont dû se joindre au vote unanime de l’ONU et accepter le plan de désarmement nucléaire en 13 points précis (18), présenté par le « mouvement des non alignés » et les ONG, qui se coordonnent de mieux en mieux. Lors de la récente réunion préparatoire (mai 2004) de la prochaine révision du TNP à l’ONU, les ONG, jadis reléguées dans les couloirs, ont été admises aux séances plénières en y participant activement. Les progrès sont  lents, mais il ne faut pas laisser tomber les bras.

                                     Il faudrait que, dès la révision de 2005, soixante ans après Hiroshima, des pas décisifs soient faits vers l’abolition de la plus terrible menace qui ait jamais plané sur la survie de la civilisation. Seule la pression accrue et permanente des opinions publiques les permettront.

 

En fonction de ce qui précède, il faut EXIGER que :

1. - les gouvernements « nucléaires »  honorent leurs engagements de désarmement nucléaire progressif, pris lors de la révision 2000 du Traité de Non Prolifération, et acceptent en 2005, un plan chronologique précis de mise en oeuvre des 13 points définis alors, et en respectent les délais.

2. - tous les gouvernements ratifient le traité d’interdiction totale des essais nucléaires (CTBT), de façon à pouvoir mettre en train les instruments de contrôle.

3. -  ils  respectent tous le traité ABM interdisant les armes nucléaires dans l’espace.

4. - les Etats « non nucléaires » respectent leurs engagements selon le TNP et que l’on fasse pression sur les quelques pays qui n’ont pas encore signé ce traité pour qu’ils y adhèrent. Il faudra aussi le modifier pour  interdire toute désaffiliation.      5.- la Belgique (et les membres non nucléaires de l’OTAN dans le même cas) fasse   rapidement  évacuer les armes nucléaires étrangères illégalement entreposées sur son territoire.

                                                                                

NOTES

1.- Après les grands tremblements de terre, une semaine ou plus s’écoule avant qu’on ait repéré toutes les victimes encore vivantes. Ce délai serait  plus long encore après un bombardement nucléaire.

2.- L’incertitude est due au grand nombre de réfugiés mal recensés, que la ville hébergeait. Le nombre de victimes à Nagasaki fut moindre parce que la bombe explosa au dessus d’un faubourg.

3.- A chaque fois que des gaz ont été utilisés de façon massive en 14-18, le nombre des victimes n’a jamais atteint dix mille. Les bombardements chimiques de S. Hussein sur les kurdes ont fait environ 5 000 victimes.

4.- Par exemple, la Belgique, assez  bien équipée à ce point de vue,  peut soigner correctement de 100 à 150 grands brûlés en même temps.  Cent mille, c’est impensable.                

5.- Dans les villes japonaises, beaucoup de femmes enceintes ont avorté et il y eut des malformations chez les bébés qui naquirent dans les mois suivants. Une partie de ces accidents doit être attribuée aux terribles conditions de survie matérielle et psychologique des jeunes mères, même apparemment indemnes.

6. - Aucun pays développé ne peut ‘tenir’  sans électricité. La Serbie, qui n’est  pas à  la pointe des technologies, a été obligée de capituler en quelques jours quand on a bloqué toutes ses centrales électriques.

7.- Il y a eu pratiquement un siècle de paix de 1815 à 1914. Des guerres locales d’un été se sont déroulées de 1853 à 1871 (indépendance italienne, Crimée, guerres de la Prusse contre l’Autriche, le Danemark puis la France), mais le reste du continent a été épargné. Les guerres coloniales étaient des épisodes marginaux qui ne pesaient pas sur l’économie et n’inhibaient pas la prospérité générale.  

8.- Etablir le nombre exact de guerres au cours de cette période dépend de la définition adoptée. A partir de quel niveau de violence et de durée peut-on parler de guerre ? Une rébellion prolongée d’une partie de la population, pour des raisons ethniques ou culturelles, peut faire autant de victimes qu’une guerre formelle entre armées nationales organisées. C’est le cas de la majorité des conflits récents.

9. - Plusieurs officiers retraités, russes et occidentaux, qui ont eu « le doigt sur le bouton » en ont témoigné.

10. - Des orages magnétiques ou d’aspect particulier ont été pris pour des signes de lancement. L’annonce de l’envoi d’une fusée de recherche scientifique, dûment signalée à l’avance, n’avait pas été répercutée vers les commandants locaux, etc. Plusieurs « ripostes » ont été arrêtées in extremis. Après chacun de ces épisodes, des contrôles plus stricts ont été introduits, mais sans imposer de délai supplémentaire.

11.- L’entourage de Fidel Castro (y compris l’ambassadeur russe en poste à  La Havane !)  demanda qu’on utilise les missiles soviétiques déjà sur place, ce qui aurait entraîné une riposte immédiate annihilant l’île. Krouchtchev en fut effaré. Le Monde du 15 .8 .97 a publié la correspondance  échangée à ce propos.    

12.- L’Afrique du Sud est le seul pays nucléaire qui a, par la suite, renoncé à cet armement et l’a éliminé.

13.- L’article I du TNP dit, que « Tout Etat doté d’armes nucléaires ..  s’engage à ne transférer à qui que ce soit directement ou indirectement des armes nucléaires…ou le contrôle de telles armes… , ni d’aider, encourager ou inciter un Etat non doté d’armes nucléaires à  fabriquer ou acquérir de quelque manière que ce soit des armes nucléaires…ou le contrôle de telles armes… ». (Les points ci-dessus remplacent chaque fois l’expression ou d’autres dispositifs nucléaires explosifs).

14.- Les réticences furent  nombreuses. Même en Belgique, des hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères mirent en garde contre cet engagement. L’Allemagne hésita pendant plusieurs années. Quatre pays (Israël, Pakistan,  Inde, Corée du Nord) ne l’acceptent pas, et refusent les inspections de l’Agence internationale.

15.- Article VI : « Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international efficace. »

16.- Article II : « Tout Etat non doté d’armes nucléaires, …s’engage à n’accepter de qui que ce soit, ni directement, ni indirectement, le transfert d’armes nucléaires ou ….  à ne fabriquer ni acquérir de quelque autre manière des armes nucléaires ou…. ; et à ne rechercher ni recevoir une aide quelconque  pour la fabrication d’armes nucléaires ou…. ». (même remarque qu’à la note  13,  ci-dessus ) 

17.- Il ne faut pas confondre cette Cour, chargée d’arbitrer les conflits entres Etats, pour autant que ceux-ci veulent bien les lui soumettre, avec le Tribunal pénal international, plus récent,  qui siège aussi à La Haye et doit juger des crimes de guerre. L’OMS, organisation dépendant des Nations Unies, mais qui n’est pas un Etat souverain, ne pouvait donc demander qu’un « avis ». 

18.- Ces 13 points, aux aspects techniques parfois très complexes, sont en partie répétitifs dans leur formulation. Il faudra faire pression, lors de la révision 2005 du TNP pour les mettre en route. En voici  la liste :

Point  1.- Ratification du Traité d’Interdiction des Essais Nucléaires  (sigle anglais : CTBT), qui seule permettra la mise en place  d’un système de vérification du respect de ce traité.

Point 2.- Maintien du moratoire actuel en attendant.

Point 3.- Moratoire de production des matériaux fissiles, préparation d’un traité interdisant celle-ci et inventaire des stocks existants.

Point 4.- Création d’un comité de discussion sur le désarmement nucléaire, séparé de la Conférence générale du Désarmement, siégeant à Genève  (qui est tout à fait inefficace depuis des années).

Point 5.-  Réaffirme le principe de non rétroactivité : toute mesure déjà prise de désarmement est définitive.

Point 6.-  Révision des politiques de sécurité et élimination des arsenaux existants.

Point 7.- Poursuite des négociations et de la mise en route des traités START  II et START III et du traité d’Interdiction des missiles anti-missiles  (traité ABM).

Point 8. - Transfert du contrôle des matériaux fissiles à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

Point 9.- Définition de six étapes du désarmement nucléaire compatibles avec la stabilité et la sécurité. Entre autres mesures importantes, désamorçage des bombes existantes.

Point 10. - Initiatives pour l’élimination des matériaux fissiles en excès.

Point 11.- Réduction générale des dépenses militaires et renforcement des traités de désarmement, notamment en ce qui concerne les armes biologiques.

Point 12.- Remise régulière de rapports sur l’état d’avancement de tous ces points.

Point 13.- Organisation des systèmes de vérification.

 

Ce texte a été composé par l’Association Médicale pour la Prévention de la Guerre Nucléaire  à la demande d’Abolition 2000 et du CNAPD.. Version flamande  sur demande.  Editeur responsable : H. Firket, AMPGN, 48, avenue des Platanes, 4000 Liège