Il est vrai que Saddam Hussein est un dictateur sans scrupules. Comme des dizaines d’autres sur la planète, tolérés, soutenus ou même installés par les USA. Depuis longtemps, il n’est plus une menace pour ses voisins, encore moins les Etats Unis (CIA dixit). Néanmoins les préparatifs de guerre se poursuivent sans relâche. Elle est quasi certaine, seule la date de son déclenchement n’est pas fixée. Toutes les protestations n’y feront rien. Voire…

 

Le gouvernement américain a cru qu’un matraquage continu de propagande allait convaincre le public de lier le problème de l’Irak à la lutte contre le terrorisme. Or, l’opinion s’informe de plus en plus largement sur internet et est de plus en plus réticente. Elle sait que cette campagne va causer plusieurs centaines de milliers de morts, en immense majorité des civils innocents, ou même plus d’un million si l’arme nucléaire est utilisée, comme on en menace l’Irak. Elle sait aussi que légalement,: aucune guerre préventive n’est admissible pour la Charte des Nations Unies et les lois internationales. L’opposition de très nombreuses associations, de toutes les églises et autres autorités morales et de l’opinion publique croit partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis où l’opinion est de moins en moins convaincue du bien fondé de cette aventure. De grandes manifestations de refus à Washington et à San Francisco sont prévues pour ce week-end. L’équipe Bush oublie qu’on ne peut commencer une guerre si les gens ne croient pas qu’elle se justifie.

Sans doute, la morale et la loi ne pèsent pas bien lourd en politique étrangère, face aux intérêts égoïstes auxquels on obéit cyniquement. Un pouvoir qui a pour objectif de mettre le second plus riche gisement de pétrole du monde sous le seul contrôle des grandes compagnies pétrolières internationales, considère que tout cela est du sentimentalisme périmé sans aucune pertinence.

Mais, l’opinion commence à comprendre aussi qu’il y a d’excellentes raisons politiques de s’abstenir. Des raisons bien plus grave que l’effet néfaste pour l’économie mondiale d’une hausse du prix du pétrole. Contrairement à  1990, où l’Irak avait attaqué un de ses voisins arabes, les opinions musulmanes sont aujourd’hui très montées. Elles dénoncent à juste titre les deux poids et deux mesures qu’appliquent les USA vis-à-vis de l’Irak par rapport à Israel. Tous les gouvernements arabes, même s’ils se méfient de Saddam Hussein pour des raisons religieuses, sont sans exception opposés à cette guerre, craignent qu’elle soit longue et déstabilise la région. Ils savent aussi qu’ils risquent d’être débordés par leurs opinions publiques, prenant fait et cause pour la solidarité musulmane. En tous cas, El Qaida est loin d’être vaincu et ses les nouvelles recrues vont se multiplier au delà de ses espérances. On risque de se dirige vers une confrontation entre civilisations, aussi absurde et inutile que prolongée.

C’est malheureusement ce que de prétendus «philosophes» appellent de leurs vœux aux Etats-Unis (voir Le Choc des Civilisations, de Samuel. Hutchinson).

L’idéologie des mouvements fondamentalistes est aux antipodes de la dictature laïque irakienne. Mais selon l’adage que les ennemis de nos ennemis sont nos amis, une alliance contre nature pourrait bien se nouer. Les Etats-Unis s’étaient bien associés à l’Union soviétique pour vaincre le péril bien plus grave du Nazisme. On va inévitablement renforcer le terrorisme contre lequel on prétend lutter.

Nous, Européens, ne pouvons que perdre dans cette histoire. Plusieurs de nos pays ont déjà marqué leur distances devant cette aventure, l’Allemagne en tête. Curieusement, les seuls qui soutiennent l’intervention américaine - de façon ambiguë pour ne pas heurter leur opinion qui y reste hostile - sont ceux où siègent des compagnies pétrolières d’importance mondiale, la Grande Bretagne, la France et les Pays Bas (Royal Dutch, BP, TotalFina). La Belgique n’est pas dans ce cas. Nos autorités partagent notre analyse négative. Le Chef de l’Etat Major général belge déclare ne pas trouver de justification à l’envoi de nos troupes dans la région, et plusieurs partis politiques, tant de la majorité que de l’opposition, condamnent sans équivoque toute idée de participation. Quant au  Ministre des Affaires étrangères, il souffle le chaud et le froid. Il dénonce un antiaméricanisme systématique (mais non, Monsieur le Ministre, nous soutenons nos amis américains), mais affirme qu’une intervention des USA sans l’aval unanime du Conseil de Sécurité serait une «catastrophe ». Il s’engage hélas peu, car il connaît les pressions énormes qui s exercent là comme ici, alliant carotte et bâton, ou pour le dire plus poliment, intimidation et cajolerie. Rares sont, parmi nos hommes politiques, ceux qui, comme un ancien Premier Ministre que l’on aurait cru plus subtil, font semblant de croire que l’Irak nous menace ! Ils ont succombé à la propagande ou font preuve d’une étonnante et naïve myopie.

Il faut absolument nous démarquer le plus complètement possible de cette guerre absurde et que nous n’y participions en rien, même à sa logistique. Le chargement qui a eu lieu cette semaine à Anvers ne doit pas servir de précédent. Contrairement à ce que plaident les porte paroles officiels, les conventions qui nous obligent, dans le cadre de l’OTAN, à apporter notre aide à un allié ont été signées autrefois pour réagir à une situation claire, la défense des pays de l’alliance. On n’avait nullement envisagé que cette aide pourrait servir à soutenir une agression illégale, immorale et contre-productive dans une autre partie du globe. Les clauses secrètes qu’on invoque ouvrent la porte à tous les arbitraires. Personne ne menace actuellement la Belgique. Elle aussi deviendra une cible, si notre gouvernement ne résiste pas aux pressions américaines. En cédant, il se révélerait incapable de défendre les intérêts bien compris du pays. Le principal slogan brandi le 17 novembre par une foule de Flamands, de Wallons et de Bruxellois mêlés était, «No War for Oil» (pas de guerre pour le pétrole). Il reste plus actuel que jamais et implique une abstention totale.

pour le Comité de l’Association Médicale pour la Prévention de la Guerre Nucléaire ;

Prof. H. Firket, président