Le Président français Jacques Chirac a déclaré la semaine dernière que la France n'hé­siterait pas à utiliser ses armes nu­cléaires contrer des « états terro­ristes ».Notre ministre des Affaires étrangères a déclaré deux jours plus tard au journal De Standard que les armes nucléaires françai­ses devaient recevoir une place au sein de la défense européen­ne.  Ces deux déclarations vont clai­rement à l'encontre du Traité de non-prolifération nucléaire (JNP), qui a posé dès 1968 les bases juri­diques d'un désarmement nu­cléaire total. Plus grave encore, ces déclarations renforcent les tendances au sein du pouvoir ira­nien qui utilisent la même logi­que pour promouvoir le dévelop­pement éventuel de leur propre arsenal nucléaire.

En effet, si la France, la Belgique et l'Europe toute entière peuvent baser leur politique de sécurité et de défense sur les armes nucléai­res, pourquoi Téhéran ne pourrait-il pas faire de même?
Ces dernières années, des trou­pes américaines se sont installées en nombre sur le territoire des quatre voisins directs de l'Iran, avec la création de dizaines de bases militaires en Afghanistan, en Irak, au Pakistan et en Turquie, Des armes nucléaires sont même stationnées sur la base de l'OTAN de Inçirlik, en Turquie.
On peut donc se poser La question : qui me­nace qui ? Le fait que la diploma­tie occidentale se taise sur Israël et son arsenal nucléaire secret n'aide en rien à résoudre ces pro­blèmes.
La dernière conférence de révision du TNP en mai 2005 s'est sol­dée par un échec inquiétant.

Pour­tant, une grande majorité des pays représentés à l'Assemblée générale des Nations Unies de­mandent toujours le lancement de négociations multilatérales en vue d'un désarmement nucléaire total. Cette demande a été confir­mée juridiquement le 8 juillet 1996 par la Cour internationale de justice de La Haye, qui a répété l'obligation de tous les pays signa­taires du TNP de négocier de bon­ne foi un désarmement nucléaire total.
En 1968, le Traité de non-prolifé­ration nous promettait une sortie de la folie de l'armement nucléai­re. Avec l'objectif d'empêcher d'autres pays de se doter égale­ment de l'arme nucléaire, les pays nucléaires officiels acceptèrent de négocier un traité interdisant toutes les armes nucléaires.
Le TNP a été aujourd'hui signé par ISS pays. Seuls Israël, le Pakis­tan et l'Inde n'ont pas signé ce traité. La Corée du Nord s'en est retirée. Dans ce cadre, ces résolu­tions visant à un désarmement nucléaire progressif et total sont déposées chaque année à l'Assemblée générale des Nations Unies, et sont approuvées par une grande majorité des pays membres. Malheureusement, la majorité des pays occidentaux, parmi lesquels La Belgique et la France, rejettent systématique­ment la plupart de ces résolu­tions. En effet, celles-ci s'oppo­sent diamétralement aux doctri­nes nucléaires défendues jusqu'à aujourd'hui par Bruxelles, Paris, Londres et Washington.
« Après la débâcle de la guerre contre l'Irak, le gouvernement belge ne veut plus contrarier Washington »
Il est essentiel aujourd'hui de ne pas oublier qu'une grande ma­jorité de la population mondiale souhaite une interdiction des ar­mes nucléaires et que 110 gouver­nements de pays du Sud se sont organisés en six zones officielle­ment sans armes nucléaires, couvrant ainsi presque tout l'hémis­phère sud. Créer une telle zone sans armes nucléaires au Proche-Orient pourrait fournir une solu­tion aux tensions croissantes en matière d'armement nucléaire dans la région. Mais nos diploma­tes devraient alors être prêts à aborder également la question des armes nucléaires israéliennes. Il faut ajouter que les médias de nos pays ignorent systématique­ment les voix des gouvernements du Sud.  La presse occidentale par­ticipe depuis des mois à la diaboli­sation de l'Iran sans dire un mot, par exemple, des 120 millions de dollars que les Etats-Unis dépensent quotidiennement pour l'en­tretien et la modernisation de leur arsenal nucléaire ou des refus américain, français ou britanni­que de satisfaire à leurs obliga­tions de désarmement. Pas un mot non plus sur le groupe de pla­nification nucléaire de l'OTAN ou sur le programme secret israélien en matière d'armes biologiques chimiques et nucléaires.

Le Parlement belge a approuvé en 2005 deux résolutions deman­dant entre autres le retrait d'Euro­pe des armes nucléaires américai­nes et une approche équilibrée du TNP. Les résolutions approu­vées insistent sur les engage­ments de désarmement de nos al­liés découlant de l'article VI du TNP. Malheureusement, ces réso­lutions restent jusqu'à présent let­tre morte. Après la débâcle de la guerre contre l'Irak, le gouverne­ment belge ne veut plus contra­rier Washington, expliquent diffé­rents cabinets ministériels. Il est clair que nous devons continuer à rappeler à notre gouvernement ses engagements et ses obliga­tions en matière de désarme­ment. Nous devons donc dénon­cer l'existence d'un fossé sépa­rant le gouvernement du parle­ment et des autres forces démo­cratiques.